Jean-Pierre Turcotte était avec le Phoenix depuis le jour 1 de l’organisation. Il quitte la formation afin de rejoindre sa famille.

Jean-Pierre Turcotte, d’une famille à une autre

C’est avec le cœur gros que le responsable de l’équipement du Phœnix de Sherbrooke quittera bientôt le Palais des sports, sa deuxième maison depuis qu’il s’est joint à l’équipe dès son premier jour en 2012. Jean-Pierre Turcotte laisse derrière lui une famille qu’il apprécie énormément afin d’en rejoindre une autre : la sienne.

Le responsable de l’équipement faisait partie des meubles de l’amphithéâtre depuis le retour du hockey junior à Sherbrooke. Des patins, il en a aiguisé. Des secrets, il en a gardé. Et des souvenirs, il en conservera plusieurs.

« Je suis arrivé à Sherbrooke afin de travailler au Complexe Thibault GM et par la suite, Jocelyn Thibault et les autres actionnaires ont créé le Phœnix de Sherbrooke pour finalement embaucher le directeur général Patrick Charbonneau. C’est lui qui est venu me chercher puisqu’il me connaissait à cause de notre implication chez les équipes du Québec. Je suis préposé à l’équipement depuis l’âge de 15 ans et j’ai été col bleu pendant 20 ans : j’étais toujours à l’aréna! »

Jean-Pierre Turcotte a travaillé dans l’ombre pendant de nombreuses années sans nécessairement obtenir le crédit qui lui revient même si son travail a toujours été apprécié.

« Sans gérant d’équipement, il n’y a pas d’équipes de hockey. Mon travail n’était pas seulement d’aiguiser les patins. Je devais préparer la chambre de nos joueurs et celle des visiteurs, effectuer les commandes de bâtons et beaucoup d’autres choses. Tout reposait sur le détail. Je suis assez perfectionniste. Je pouvais travailler une quinzaine d’heures lors des jours de match. Être payé à l’heure, je serais riche. Mais c’est une passion pour moi. Je n’avais pas l’impression de travailler. J’avais la chance d’être payé pour faire du hockey. L’aréna, c’était ma vie. »

Ce n’est donc pas de gaieté de cœur qu’il quitte cet emploi.

« J’ai adoré la ville de Sherbrooke. Ce qui me manquera le plus, c’est le volet humain de mon travail. Je vais m’ennuyer des joueurs, du personnel de soutien et des entraîneurs, de Jocelyn et des employées qui sont à l’administration. Mon travail est une routine qui tourne sans cesse. Je suis également souvent seul dans la vie. Au travail aussi puisque je commençais parfois très tôt le matin et je terminais aussi très tard à l’occasion alors que tout le monde était déjà parti. Dans la vie, je n’ai pas beaucoup d’amis. Je suis assez solitaire. Mais cet emploi chez le Phœnix m’a fait sortir de ma coquille », explique-t-il.

Il est d’ailleurs difficile pour lui de cibler un seul fait marquant de son passage à Sherbrooke.

« L’un de mes plus beaux souvenirs est la victoire de notre équipe en première ronde contre les Huskies de Rouyn-Noranda cette année. J’étais très émotif en sautant sur la glace pour féliciter tout le monde. L’ambiance qui régnait dans le vestiaire et dans l’autobus en revenant de Rouyn-Noranda, c’était particulier. Je vais aussi me souvenir longtemps de l’hommage que le Phœnix m’a rendu lors de mon 400e match avec l’organisation. J’avais les larmes aux yeux. J’ai revu aussi Chase Harwell et notre ancien capitaine Carl Neill ce soir-là. Deux personnes que je respecte énormément. »

Son rôle allait bien au-delà de l’entretien de l’équipement.

« Le gars de l’équipement en sait plus que les entraîneurs, le directeur général ou les parents des joueurs. J’étais le confident des jeunes. Le plus important, c’était le respect. Quand les entraîneurs me posaient des questions, je filtrais souvent ce que je disais. Ils n’étaient pas obligés de tout savoir, seulement ce qui était important pour eux. J’ai vu grandir les jeunes chez le Phœnix. J’ai vu Thomas Grégoire arriver à 16 ans. J’ai aussi vu tout le parcours de Nicolas Poulin ou Daniel Audette, une personne que j’adorais. »

Déjà nostalgique

Jean-Pierre Turcotte n’avait pas encore quitté le Palais des sports que déjà, il se montrait nostalgique.

« Je vais m’ennuyer des discussions de hockey. Je devrai m’adapter à ma nouvelle vie. J’aimais les voyages en autobus. C’était le seul moment où je pouvais relaxer en écoutant un film ou en jasant de tout et de rien avec le personnel ou les journalistes. J’aimais manger au resto avec tout le monde. C’était tout un trip de gang. J’ai passé cinq ans avec Camille Lussier, qui a été remplacée par le thérapeute Nicolas Borelli. Je voyais plus souvent Camille que ma femme. On était toujours ensemble. J’ai donc une pensée pour elle aujourd’hui. »

La famille d’abord

Cette décision difficile, il l’a prise pour sa famille. Père de quatre enfants, dont certains sont maintenant rendus vieux, Jean-Pierre Turcotte tient à s’occuper davantage de sa plus jeune fille.

« Ma fille a trois ans. Je veux lui accorder plus de temps et rester près d’elle. Je veux aussi voir plus souvent mes petits-enfants. Depuis que ma fille est née, j’ai dû travailler beaucoup et j’étais souvent sur la route. Ma famille reste à Saint-Eustache pendant que moi j’étais à Sherbrooke ou dans l’une des 17 autres villes de la LHJMQ. J’ai négligé beaucoup ma famille. Ma blonde a été incroyable. Elle ne m’a jamais reproché d’être à l’extérieur pendant qu’elle élevait notre enfant. Ma carrière de hockey, je lui dois à elle. Je crois sincèrement que je retournerai dans le monde du hockey un jour. Comme responsable de l’équipement, mais aussi peut-être en tant que recruteur. Ça fait longtemps que je suis dans le hockey. Mais pour l’instant, ma priorité est ma famille et on verra au mois de septembre ce qui arrivera. »