Avant de quitter pour les États-Unis, Jason Bégin a évolué pour le programme de l’ABC (Académie de baseball du Canada).
Avant de quitter pour les États-Unis, Jason Bégin a évolué pour le programme de l’ABC (Académie de baseball du Canada).

Jason Bégin au pays des cowboys

Sébastien Lajoie
Sébastien Lajoie
La Tribune
Pandémie ou pas, Jason Bégin a mis le cap vers les États-Unis, il y a quelques semaines, afin de vivre son rêve : jouer au baseball et décrocher un diplôme universitaire. Le Sherbrookois de 18 ans est déjà sur le campus de l’Université Southwestern Oklahoma State, dans le Midwest américain, où il apprend à vitesse grand V sur les bancs d’école et sur le losange. Portrait d’un rêve qui se concrétise.

Jason Bégin aurait pu choisir le hockey. Après tout, il avait aussi un grand talent pour ce sport, lui qui a entre autres remporté la médaille d’or aux Jeux du Québec en février 2017 avec les Harfangs de l’école secondaire du Triolet.

Mais l’appel du baseball était plus fort. 

C’est au printemps 2017, lorsqu’il a été sélectionné sur l’équipe du Québec 17U et invité à poursuivre son entraînement à l’Académie de baseball du Canada (ABC), qu’il a pris la décision d’accrocher ses patins.

Quelques mois plus tard, au cours de l’été 2017, Jason a remporté le titre du championnat des frappeurs lors des Jeux du Canada tenus à Winnipeg. Et ce, même s’il se retrouvait à jouer contre des joueurs qui avaient généralement deux ans de plus que lui. 

Il a commencé à jouer au baseball à l’âge de 8 ans. Reconnu pour ses qualités de frappeur, Jason est aussi un excellent joueur de premier-but et de champ.

Il a passé deux saisons avec l’ABC et il a complété la saison 2019 avec le Rocket South Shore de Coaticook, en 2019.

Et depuis bientôt un mois, il apprend la vie à Weatheford, en Oklahoma, une petite ville d’environ 12 000 personnes, où le football et le baseball sont rois.

Et il se retrouve avec les couleurs des Bulldogs de l’Université Southwestern Oklahoma State, qui évoluent en NCAA division II.

Comme il l’a fait lorsqu’il a quitté la maison pour s’établir à Montréal, pour joindre l’ABC, Jason Bégin doit s’adapter à un tout nouvel environnement.

« Je suis arrivé depuis le 14 août. J’ai passé la fin de semaine à défaire mes bagages, je suis hébergé dans les résidences du campus, et je commençais mes cours le 17 août! Tout s’est fait très vite », a dit le Sherbrookois de 18 ans, qui étudie en finance.

Incertitude

Jason Bégin a quand même vécu de longs moments d’incertitude, liés principalement à la COVID.

« Au début, ce n’était pas évident, c’était vraiment l’incertitude la plus totale. Je venais étudier ici pour jouer au sein d’un calibre compétitif, et je ne savais même pas s’il y aurait une saison, à cause de la COVID. Il y avait même des rumeurs voulant que l’on ne ferait que s’entraîner, qu’il n’y ait pas de matchs. Là, j’ai juste hâte que la saison commence », a-t-il expliqué.

En attendant de retrouver le losange pour les matchs, l’acclimatation, elle, se poursuit sur plusieurs fronts.

« Participer aux activités de l’ABC m’a permis de me préparer à ce genre de changement. Je vis par moi-même 24 heures par jour, sept jours sur sept, et ça va très bien. Les entraînements ont commencé, et avec les cours et les nombreux travaux à faire, je n’arrête pas vraiment. Ça fait un bel horaire occupé! »

La vie est différente, à Weatheford, Oklahoma.

Située sur la mythique route 66 qui traverse les États-Unis, la petite ville qui doit son nom à son premier postier est également reconnue pour son musée de l’aéronautique, le Stafford Air & Space Museum.

Le plus émérite citoyen de la ville, Thomas P. Stafford, a participé à six missions spatiales pour la NASA, dont Appollo 10.

Au pays des cowboys, les réflecteurs des grandes villes sont plutôt distants.

« Je suis pas mal resté sur le campus, depuis mon arrivée. Je me suis promené un peu en ville, mais c’est vraiment une petite ville, alors on fait le tour assez vite! On est situés à environ une heure à l’ouest d’Oklahoma City. Ici, il y a une école secondaire, où les sports sont très populaires, et une université. Pour les matchs, il y a beaucoup beaucoup de monde. Le football et le baseball sont les deux plus sports, et de loin », a dit Jason Bégin, qui aurait pu également ajouter le rodéo.

« Il faut aussi s’adapter à la température. À mon arrivée, il faisait 102 degrés Fahrenheit. Alors quand j’ai dit à mes coéquipiers que je jouais au hockey, ils ont été un peu surpris! On s’entend qu’ici, le hockey, c’est pas mal moins gros qu’au Québec. Non, je n’ai pas apporté mes patins! En fait, je ne pense pas qu’il y ait de patinoires intérieures ici. »

Chez les Bulldogs, Jason Bégin s’est immédiatement lié d’amitié avec Alexandre Bédard, un joueur de la région de Québec.

« C’est sa dernière année ici, c’est un vétéran bien implanté dans le club. Il connaît la place, et il m’a montré comment ça marchait. Ça m’a beaucoup aidé, jusqu’ici. Quand j’avais des questions, au début, c’est vers lui que je me tournais. »

Bon calibre

Son passage à l’ABC lui a également permis de se développer comme baseballeur. Et les voyages organisés par le programme, qui affrontait régulièrement des équipes de la NCAA.

« L’ABC nous prépare très bien pour le baseball qui est pratiqué ici. On a fait beaucoup de voyages et nos entraînements étaient solides. Alors je me sens prêt. Pour les classes, tout est en anglais, c’est un nouveau contexte, mais j’apprends des choses en ce moment que j’ai déjà vu au cégep. Et tous les gars du Québec vont dire la même chose; la première année universitaire aux États-Unis, ça ressemble beaucoup à notre première année au cégep. Ça permet de prendre le « beat » ».

« Le calibre de balle est bon, ici. L’an passé, avec l’ABC, on a joué contre une équipe D2, comme celle de Southwestern, et c’est vraiment fort. C’est un bon calibre, et je suis vraiment à ma place. Je vais voir de la bonne balle, tout en étant capable de performer à travers tout ça. »

« Si tout se passe bien, la saison va commencer au printemps. Pour mon rôle, je ne sais pas encore, ça fait juste une semaine qu’on s’entraîne avec les gars. On est dans notre adaptation. Je ne sais pas ça va ressembler à quoi. Dans les discussions avec mon entraîneur (Zach Saunders), avant que je m’entende avec eux pour venir ici, il m’a dit que je serais premier-but ou dans le champ, soient les deux positions que j’ai pratiquées à l’ABC. C’est différent cette année, c’est encore un peu vague. Avant, on pouvait faire des matchs hors concours contre d’autres programmes, mais là on ne peut pas, à cause du COVID. Et on ne peut même pas faire des pratiques tous ensemble. On doit évoluer en petits groupes de six qui sont séparés. Si on peut, on va sûrement faire des matchs inter équipes à la fin de l’automne, mais ce n’est pas encore décidé », a dit le Sherbrookois.

Le baseball, donc, mais pas seulement le baseball.

Celui qui a toujours excellé sur les bancs d’école veut d’abord et avant tout se décrocher un diplôme de qualité.

« Mon but premier, c’est de sortir d’ici avec un diplôme universitaire, et de continuer à jouer du baseball de haut niveau. Je savais que si je voulais ce calibre de balle, je devais m’exiler aux États-Unis. Mais mon but premier, c’est une bonne scolarité. Si jamais j’ai des débouchés dans le baseball, tant mieux, mais ce n’est pas le principal objectif. »

Tout au long de son parcours sportif, Jason Bégin a su concilier avec succès ses études et sa passion pour le sport. Et même, à une certaine époque, sa passion pour deux sports.

Qui sait où cette incursion chez l’Oncle Sam le mènera?