Après avoir évolué avec le Phœnix de Sherbrooke, Jacob Gervais-Chouinard a connu beaucoup de succès à l’Université McGill, sur les bancs d’école comme sur la glace.

Jacob Gervais-Chouinard : de hockeyeur à intello

SHERBROOKE — Sans le gardien Jacob Gervais-Chouinard, le Phœnix de Sherbrooke aurait sans aucun doute connu une saison atroce à son arrivée dans la LHJMQ. Le Sherbrookois d’origine avait connu un début de saison difficile, à l’image de son club, et avait rebondi par la suite. Maintenant retraité du monde du hockey depuis cette année, Gervais-Chouinard s’est découvert un côté plus intello lors de son passage à l’Université McGill.

Le premier gardien partant du Phœnix en 2012 rêvait d’une carrière professionnelle après son départ de la LHJMQ. Et c’était bien parti. Dès la fin de la série contre le Drakkar de Baie-Comeau, Jacob Gervais-Chouinard a reçu l’appel du Canadien de Montréal : les Bulldogs, son club-école, avaient besoin de renfort devant le filet.

« J’ai disputé trois parties et tout a bien été, admet Gervais-Chouinard. La vérité, c’est que je visais vraiment la signature d’un contrat professionnel, ce qui n’est jamais arrivé. Mon agent a donc vérifié du côté de la East Coast Hockey League. J’étais prêt à faire ce processus. J’étais conscient que les opportunités ne pleuvaient pas. Après tout, il n’y a que deux postes de gardien disponibles par équipe. Finalement, j’ai opté pour le circuit universitaire canadien. »

Le gardien de but se dit curieux de savoir ce qui aurait bien pu se passer s’il avait pris le chemin des ligues professionnelles plutôt que celui de l’école.

« Curieux, oui. Amer, non. Je ne regrette rien. J’ai découvert une nouvelle passion à l’université. Je suis tombé en amour avec le monde de la finance. J’ai transféré ma passion pour le hockey vers les études et je me suis découvert un petit côté intello qui sommeillait déjà en moi. Finalement, j’aimais peut-être mieux cette vie-là que celle du hockey. »

Jacob Gervais-Chouinard remarque que ses qualités d’étudiant sont les mêmes que celles de hockeyeur.

« J’étais un gardien très technique et je faisais beaucoup attention aux détails. En économie, c’est pareil. J’analyse des données et des statistiques en étant à la maîtrise en économie. »

Gervais-Chouinard a bien sûr profité de l’occasion pour enfiler les jambières avec les Redmen, équipe avec laquelle il a connu beaucoup de succès.

« À la première saison, on a perdu en demi-finale en deuxième prolongation. J’ai adoré mon expérience dans le circuit universitaire. C’était le style de jeu parfait pour moi. Le jeu est plus hermétique et ma force a toujours été l’anticipation. L’an dernier, je ne devais pas jouer, je devais plutôt étudier en travaillant, mais après Noël j’ai finalement décidé de rejoindre le club après un appel de l’entraîneur et on s’est rendus jusqu’aux Nationaux. Ça me fait spécial un peu de ne plus jouer. Maintenant, je me concentre sur ma maîtrise, j’habite à Montréal avec ma blonde qui poursuit ses études en médecine à McGill et je fais mon petit pool de hockey tranquille avec mes amis! »

Le déclic attendu

Lorsque Jacob Gervais-Chouinard a appris qu’il participerait à la première saison de l’histoire du Phœnix et qu’il devait quitter Rimouski, un mélange d’émotions l’a envahi.

« Je retournais dans ma région natale. J’allais vivre une année d’expansion et je m’apprêtais à assumer de grandes responsabilités. J’allais obtenir une vraie chance de me faire valoir comme numéro 1. J’étais aussi content de retrouver mon bon ami Alexandre Comtois. J’étais par contre déçu de quitter Rimouski. On venait de participer à la finale, on avait un esprit d’équipe exceptionnel et je quittais ma copine qui habitait là. Mais je savais qu’une belle année m’attendait. »

Il est toutefois vite tombé de son nuage lorsque la réalité d’un club d’expansion l’a frappé de plein fouet.

« On a connu un début de saison très difficile en subissant la défaite à nos neuf premiers matchs. On comptait sur de nombreux jeunes. Tout le monde souhaitait voler la vedette. Normalement, une recrue s’intègre à un noyau de vétérans solide et doit respecter la culture de l’équipe. Ça ramène sur terre le jeune qui vient d’être sélectionné dans les premières rondes. Mais à Sherbrooke, on partait de rien. On devait bâtir cette culture et personne ne se connaissait. C’était très différent. »

Ce début de saison a ébranlé le gardien de 20 ans, qui a aussitôt rencontré un psychologue sportif.

« Pour moi, c’était le déclic attendu. J’ai repris confiance en moi-même et cette confiance était contagieuse. J’avais gagné la confiance des autres. En voyant l’organisation me soutenir et miser sur moi comme elle l’a fait, c’était bon pour mon égo et mes performances. »

Après avoir aidé son équipe à atteindre les séries à sa première campagne, Gervais-Chouinard confie qu’il était prêt à tourner la page sur sa carrière junior.

« Je ne retiens que de beaux souvenirs de la LHJMQ, que ce soit à Val-d’Or, Rimouski ou Sherbrooke. Et pour nouer la boucle, j’ai terminé ma dernière saison junior chez les pros. Je suis fier de tout ça et je ne regrette rien. J’aurais toutefois aimé être encore plus mature. Dans le junior, on est encore jeunes, on ne profite pas nécessairement du moment, on chiale pour rien et on est moins solides psychologiquement. Aujourd’hui, je vivrais l’expérience de façon bien différente. »