Mardi matin, La Voix de l’Est rapportait qu’un joueur des Panthères de Granby avait bu une petite quantité d’un mélange d’eau et de détergent par inadvertance, ignorant que ce que contenait la bouteille était destiné à être inhalé par ses coéquipiers, à la manière des sels d’ammonium consommés par certains athlètes professionnels.

Inhalation d’ammoniaque: aucun impact sur les performances, disent des experts

La solution à base d’ammoniaque ingérée dimanche soir par un joueur des Panthères de Granby n’aurait aucun effet sur la performance sportive des hockeyeurs qui en ont inhalé les effluves, estiment le directeur de la Santé publique de l’Estrie, Dr Alain Poirier, et le professeur Claude Goulet, du Département d’éducation physique de l’Université Laval.

Mardi matin, La Voix de l’Est rapportait qu’un joueur des Panthères de Granby avait bu une petite quantité d’un mélange d’eau et de détergent par inadvertance, ignorant que ce que contenait la bouteille était destiné à être inhalé par ses coéquipiers, à la manière des sels d’ammonium consommés par certains athlètes professionnels.

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Une méthode inefficace qui n’a d’autre effet que de provoquer une montée d’adrénaline de très courte durée, estiment les deux spécialistes interrogés par La Voix de l’Est, mardi.

« Il aurait pu demander à son chum de lui donner une claque dans la face ; ça lui aurait fait le même effet », illustre M. Goulet, qui s’intéresse aux déterminants psychosociaux du dopage et de l’amélioration des performances sportives dans le cadre de ses recherches.

« Ça n’a aucune utilité et ça ne devrait pas être encouragé. Ça ne donne strictement rien, c’est un stimulant qui procure un petit boost d’adrénaline qui ne dure que quelques instants. Après, c’est fini », confirme pour sa part le Dr Poirier.

L’inhalation d’ammoniaque a longtemps été une pratique médicale utilisée pour réanimer un patient après une perte de conscience.

« Mais ce n’est plus recommandé, précise le médecin, car ça donne un choc au patient. Sa réaction rapide, si son état est précaire, peut nuire davantage qu’aider. »

Claude Goulet est professeur au Département d’éducation physique de l’Université Laval.

En cas d’ingérence d’une substance acide comme l’ammoniaque, le Centre antipoison du Québec recommande de boire beaucoup d’eau ou de lait pour apaiser les brûlures, mentionne Dr Poirier.

« L’ammoniaque est une substance très irritante, même en petites quantités, explique le directeur de la santé publique. Elle peut irriter les yeux, la peau, le nez et la gorge. »

Bien qu’il n’ait pas examiné le hockeyeur et qu’il ne peut commenter son cas en particulier, Dr Poirier explique que de façon générale, les lésions au système digestif guérissent assez bien. « Notre système digestif est fait comme l’extérieur de notre corps. Il est composé de cellules qui se renouvellent constamment », explique le médecin.

La performance au détriment du plaisir

Les jeunes sportifs sont plus nombreux qu’on croit à adopter « une conduite dopante », mentionne Claude Goulet.

Un sondage mené auprès de 3500 sportifs québécois dont l’âge moyen était de 16 ans, en 2008, avait permis de révéler que 25 % d’entre eux avaient consommé, à au moins une occasion dans la dernière année, un produit interdit par le Comité international olympique.

« Des anabolisants, des stimulants..., énumère le professeur. Déjà, à l’époque, ça semblait beaucoup. Et ça ne concernait que les produits interdits. »

Rappelons en effet que l’ammoniaque n’est pas interdite par l’Agence mondiale antidopage.

« Parmi les facteurs qui prédisent le plus une conduite dopante, il y a la perception de l’athlète face à celle-ci, mais aussi l’approbation qu’en fait son entourage. Si des équipiers ou un entraîneur cautionnent ce type de pratique, le jeune a plus de chances de se doper pour améliorer ses performances », explique le professeur.

« Mais en plus des risques sur la santé du jeune joueur, ce qui me désole le plus, c’est qu’on semble oublier le principal but de la pratique sportive chez les jeunes, qui est d’avoir du plaisir et de pratiquer une activité physique », renchérit-il.

Dr Alain Poirier est directeur de la Santé publique en Estrie.