Les résultats préliminaires d’une étude de l’Université de Sherbrooke menée auprès de joueurs de football du Vert & Or suggèrent un lien entre l’impact subi au cerveau et le temps de réaction.

Football : impacts au cerveau et temps de réaction seraient liés

Les résultats préliminaires d’une étude de l’Université de Sherbrooke menée auprès de joueurs de football du Vert & Or suggèrent un lien entre l’impact subi au cerveau et le temps de réaction. Des traces microscopiques, des sortes de petites lésions, ont aussi été détectées sur les images obtenues grâce à la technologie développée par le professeur Maxime Descoteaux.

Les données ont été obtenues grâce à des IRM (imageries par résonance magnétique) réalisées sur 18 joueurs de football du Vert & Or, en plus de la technologie en neuroinformatique développée par le laboratoire de M. Descoteaux et son équipe. Les travaux sont menés par son étudiante au doctorat, Jasmeen Sidhu. L’équipe peut aussi bénéficier d’informations du Vert & Or. 

Depuis 2014, des casques dotés de capteurs de choc permettent à l’équipe médicale du Vert & Or de recevoir de l’information en temps réel sur les impacts détectés à l’intérieur des casques. 

Les joueurs ont été suivis pendant la saison 2017-2018. Ils ont passé des IRM avant et après les matchs. Une batterie de tests a aussi été passée, en collaboration avec le professeur Kevin Whittingstall.

Du nombre, huit avaient reçu de fort coups à la tête et deux commotions cérébrales avaient été diagnostiquées; celles-ci sont très difficiles à diagnostiquer.

« Beaucoup d’analyses restent à faire », nuance-t-il, en soulignant que son étudiante est à la fin de son doctorat. 

« Les données préliminaires suggèrent qu’il y a un lien entre l’impact au cerveau et le temps de réaction et qu’il y a un lien entre certaines connexions du cerveau et le coup à la tête. »

Ainsi, chez les athlètes frappés à la tête pendant un match, par rapport à ceux qui n’ont pas été frappés, le chercheur remarque que certaines structures du cerveau ont subi « un effet de cisaillement ».

« On a deux hémisphères connectés par une bande de tissus. Quand on a un coup à la tête, c’est vraiment cette structure-là qui supporte les deux hémisphères qui absorbe le coup. Il y a une espèce d’effet de cisaillement qui ne laisse pas de trace pour les images conventionnelles – le neurologue et le radiologue ne voient pas d’anomalie –, mais ce cisaillement crée comme de microscopiques petites lésions, de petits saignements…

Avec la technologie de son laboratoire, Maxime Descoteaux, titulaire de la Chaire de recherche en neuroinformatique de l’UdeS, suit « la molécule d’eau sur le câblage cérébral ».

Débris sur la route

« Si le câble commence à être un peu affecté, c’est comme s’il y avait des débris sur la route. C’est comme si tu arrives sur une autoroute où il y a eu un glissement de terrain et qu’il y a plein de cailloux et de roches. Forcément, le flot routier va être affecté. Ça ne veut pas dire que tu ne pourras pas passer, mais tu vas ralentir. C’est très vulgarisé, très grossier, mais on a l’impression que c’est ça qui se passe. Ce n’est pas assez gros pour qu’une image satellite le voie, mais c’est assez gros pour que notre technologie basée sur la molécule d’eau le détecte. Ça laisse une signature. » 

Est-ce que le temps de réaction du joueur est affecté durablement?

« On ne sait pas. Ça peut affecter son retour au jeu clairement », pense le chercheur du Centre de recherche du CHUS 

Il n’est pas rare, non plus, que les joueurs ne disent pas tout parce qu’ils veulent retourner au jeu. Même si un joueur n’a plus de maux de tête, cela ne veut pas dire que son temps de réaction est revenu ou que l’inflammation est disparue. 

On pourrait avoir un outil diagnostique un jour qui indiquerait le niveau d’inflammation et à partir duquel on recommanderait au joueur de ne pas retourner au jeu.

« Ce qu’on cherche, c’est l’image ou le marqueur dans l’image qui nous refléterait une information pertinente à ce niveau-là. Ça c’est connu : s’il y a un retour au jeu trop précoce, qu’il y a une accumulation d’autres coups à la tête, par-dessus un cerveau déjà enflammé, ça peut laisser de vraies séquelles à long terme. C’est plus l’accumulation qui est importante que la force du coup. »

« Un jour, en travaillant avec les compagnies pharmaceutiques, on pourrait potentiellement développer des médicaments qui s’attaquent à l’inflammation. On a espoir que ça va mener à des découvertes pharmaceutiques, potentiellement une intervention. Il y a aussi des avenues au niveau des diètes et des suppléments. » 

Le professeur Maxime Descoteaux, titulaire de la Chaire de recherche en neuroinformatique de l’UdeS.