Les Carabins de l’Université de Montréal et les Martlets de McGill s’affronteront à Sherbrooke dimanche, au Complexe Thibault.

Exode vers les États-Unis : Le milieu québécois contre-attaque

Le hockey féminin universitaire québécois sera à l’honneur dimanche au Complexe Thibault GM, alors que les équipes féminines des Carabins de l’Université de Montréal et les Martlets de McGill s’affronteront lors de la première édition de la Classique Carabins-Martlets.

Un match de saison régulière à l’enjeu important pour les deux équipes; les Carabins, qui trônent en tête du classement québécois (fiche de sept victoires et cinq défaites), veulent consolider leur position afin d’obtenir l’avantage de la glace en séries éliminatoires. Alors que les Martlets (fiche de quatre victoires et sept défaites) s’accrochent au quatrième et dernier rang du classement québécois donnant accès aux séries.

Mais en filigrane de cet affrontement, il y a la forte volonté du hockey féminin universitaire québécois de démontrer tous les attraits de son produit, de plus en plus souvent attaqué par la NCAA des voisins du sud.

Les deux équipes se sont récemment affrontées à Québec lors d’un événement semblable.

Au terme de la rencontre, les entraîneurs-chefs des Carabins Isabelle Leclaire et des Martlets Peter Smith rencontreront de jeunes joueuses de la région et leurs parents afin de les informer sur les nombreux avantages de poursuivre leur cheminement au sein du circuit universitaire québécois.

Recrutées dès 14 ans

La NCAA a laissé tomber les règles qui empêchaient les équipes de recruter avant la dernière année collégiale. Certaines filles ont signé pour la saison 2020-2021, notamment avec les Golden Knights de Clarkson.

Certaines filles ont même été recrutées à 14 ans, soit 42 mois avant leur arrivée à l’université.

Les intéressantes bourses d’études, de même qu’une meilleure visibilité auprès des dirigeants de l’équipe nationale canadienne, sont les raisons les plus souvent avancées pour expliquer cet exode.

« C’est une excellente idée du RSEQ. Je connais beaucoup de filles plus jeunes que moi, à Sherbrooke, qui se font littéralement harceler par des équipes américaines pour joindre leurs rangs. Surtout depuis que le "verbal commit" est permis. Ça veut donc dire que tu peux t’engager très tôt auprès d’une université américaine. C’est rendu qu’elles courtisent des filles qui sont encore au secondaire! Il est beaucoup trop tôt, à cet âge, pour savoir dans quel domaine tu vas vouloir étudier à l’université! Moi-même, j’étudie aux HEC et je ne sais pas encore précisément ce que je veux faire », a indiqué la Sherbrookoise Logane Rhéaume.

Cette dernière, qui est la fille de l’ancien hockeyeur de la LNH Pascal Rhéaume, a joué son hockey collégial avec les Cougars du Collège Champlain avant de joindre les Carabins.

La pression américaine n’était alors pas aussi présente, dit-elle.

« C’est plus intense depuis deux ou trois ans. J’ai une amie qui se fait approcher depuis au moins deux ans. Et elle n’a que 15 ans. Oui, le "verbal commit" existe, mais dans les faits, tu ne peux signer officiellement ton engagement qu’un an avant de fréquenter l’institution. C’est une très grosse décision qu’il ne faut pas prendre à la légère », ajoute Logane Rhéaume.

L’Estrie est un terreau fertile pour le hockey féminin, et ce, depuis des années. Le printemps dernier, Hockey Québec a mandaté l’Estrie d’accueillir le volet féminin de la Coupe Dodge, tâche qui fut exécutée haut la main. C’était la première fois qu’une seule et même région réussissait l’exploit.

« Les jeunes filles entendent parler de la NCAA, mais elles ne connaissent pas notre calibre. Voilà pourquoi disputer un match à Sherbrooke est intéressant; elles vont pouvoir se faire leur propre idée », a dit Logane Rhéaume.

Un match important

Une belle vitrine, certes, mais n’en reste pas moins que ce match est important pour les deux formations.

Montréal domine le classement avec 18 points, devant Ottawa (15 points), Concordia (14 points), McGill (10 points) et Carleton (6 points).

« On entre dans la partie importante de notre saison, il ne nous reste que huit matchs à disputer et c’est très serré au classement. On veut terminer premières, alors que McGill veut accéder aux séries. L’enjeu est important », a conclu Logane Rhéaume.

Le calendrier régulier comprend 20 parties. Les Pandas de l’Université de l’Alberta ont remporté le titre national en 2017, face aux Martlets de McGill.

Tricia Deguire dans la mire d’Équipe Canada

Ce match entre les Carabins et les Martlets aura une connotation importante pour la gardienne sherbrookoise Tricia Deguire, qui aura ainsi l’occasion d’affronter à la maison son amie Logane Rhéaume. Les deux filles ont joué pour les Cougars du Collège Champlain.

« J’ai vraiment hâte! C’est sûr que c’est un match très spécial pour nous deux, jouer à la maison devant les parents et les amies. Pas question que je lui laisse de chances! » a lancé la jeune gardienne en riant.

« Il n’y a pas d’équipes universitaires à Sherbrooke, on est contentes de venir montrer notre calibre de jeu. Je suis tellement contente de mon choix d’aller à McGill. C’est exceptionnel. On a connu une très bonne année l’an dernier et je constate chaque jour à quel point le calibre y est excellent », a précisé celle qui en est à une deuxième année avec les Martlets.

La jeune femme revient tout juste d’Allemagne, où elle a été invitée à participer à la Coupe des nations 2018 en compagnie de l’équipe nationale de développement.

Elles étaient seulement deux Québécoises dans cet alignement, qui a affronté les équipes nationales d’Allemagne, de Russie, de Finlande et de la Suisse.

Ces joueuses font partie du talent canadien en devenir en vue du Championnat mondial féminin de l’IIHF l’an prochain et au-delà pour les Jeux olympiques de 2022.

« Ce fut une super expérience et on a connu quand même un bon parcours. Le défi d’affronter des sélections nationales était de taille, mais on a eu du plaisir! J’ai pu jouer un match complet face à la Russie, un match qu’on a perdu 2-1. »<

Si ce tournoi se voulait une vitrine d’exposition pour le jeune talent féminin en vue d’une possible accession à l’équipe nationale, Tricia Deguire refuse de s’emballer. Pour l’instant.

« D’année en année, il faut toujours se prouver à nouveau. Je suis très contente d’avoir pu faire partie de cette équipe cette fois, mais je suis consciente qu’il n’y a rien d’acquis pour autant. On va voir ce qui va arriver. Pour l’instant, je me concentre sur la saison des Martlets. »