L’ancien champion du monde Éric Lucas, après son premier voyage, à Orlando, en Floride.

Éric Lucas : de la boxe au camionnage

L’ancien champion boxeur Éric Lucas change de voie ; après des années passées dans le monde de la boxe, il a récemment pris le virage du camionnage. Derrière le volant de son poids lourd, il sillonne les autoroutes de l’Amérique du Nord. De boxeur à camionneur.

À la retraite de la boxe depuis 2010, celui qui a été champion du monde WBC de 2001 à 2003 a essayé plusieurs avenues professionnelles ; il a possédé une crèmerie, et un café, à Magog.

Sans compter ses années au sein du groupe Interbox, et son partenariat avec l’ancienne bannière la Cage aux sports.

Il s’est même impliqué auprès des jeunes boxeurs du Club de boxe de Sherbrooke (CBS) ; une association qui n’a pas duré.

Le cœur n’y était pas. L’enthousiasme non plus. En tout cas, pas totalement.

De son propre aveu, il se cherchait, depuis quelques années.

Et ce filon de bonheur, il croit l’avoir trouvé.

« J’ai toujours aimé conduire. Avec ma famille, on descend en Floride chaque année et je ne me tanne pas. Aussi, quand j’étais plus jeune et que j’habitais à Drummondville, je devais faire le trajet aller-retour jusqu’à Montréal chaque jour, pour aller m’entraîner. Ça ne me dérangeait pas du tout », a-t-il expliqué.

« Ça faisait longtemps que j’y pensais, mais je me mettais moi-même des bâtons dans les roues ; je voyais ça trop long comme processus, obtenir mon permis de classe 1. Je ne voulais pas passer des mois à l’école. »

Éric Lucas a d’abord acquis son permis d’apprenti et un de ses amis, qui possède la compagnie de transport GLB à Granby, lui a donné un coup de pouce par la suite.

« Finalement, je me suis donné un coup de pied au derrière et j’ai foncé. J’ai obtenu mon permis temporaire en septembre dernier et j’ai eu mon permis en décembre. Je roule depuis ce temps avec la compagnie Trans-West (Lachine). »

Pendant quelques mois, Lucas a appris les rudiments du métier en compagnie d’un camionneur d’expérience, qui lui a montré à faire ses rondes de sécurité avant ses transports.

« On travaille en équipe. J’ai un formateur qui m’accompagne pour encore un mois, je dirais. Jusqu’à présent, j’ai fait huit voyages et plus de 60 000 km. Je suis allé en Floride, en Californie, en Idaho, au Montana. C’est fantastique, les paysages ! J’ai été très impressionné quand j’ai traversé Las Vegas la nuit, sur la « main ». J’aime la route. Je roule sans radio, dans le silence. Surtout la nuit. Mon coéquipier dort dans la cabine, et je roule. Je suis bien. »

La flexibilité de l’horaire fut aussi un point pour cette réorientation professionnelle.

« Je peux me bâtir l’horaire que je veux, il n’y a pas d’imposition. Je suis revenu lundi dernier, et je vais probablement repartir samedi. Maintenant que les enfants sont grands, c’est plus facile. Cette situation est l’idéale pour moi. »

« J’étais assez craintif, au début, surtout pour certaines manœuvres ; c’est long un 53 pieds ! Mais je m’habitue. »

Loin des projecteurs

Dans le ring, le grand courage d’Éric Lucas, sa défensive hermétique et sa persévérance à toute épreuve lui ont permis de conquérir le public d’ici et d’ailleurs. Ses combats face à Fabrice Tiozzo, en France, et contre Roy Jones, aux États-Unis, le témoignent.

Sa cruelle défaite face à Marcus Beyer, en Allemagne en 2003, qui l’a dépouillé de son titre WBC, restera un moment douloureux de cette illustre carrière. Une décision controversée qui, encore aujourd’hui, laisse un goût amer à tout amateur de boxe québécois.

La boxe fut toute sa vie. Mais elle est remisée, du moins pour l’instant.

« J’ai aimé ce que j’ai vécu grâce à la boxe. J’ai fait ma job, je me suis bien adapté à tout ce que ça exigeait. Le côté « glamour », je n’ai jamais couru après ça, ni après les caméras. J’ai mis la boxe complètement de côté, mais je ne ferme pas la porte pour toujours. Si on a besoin de moi, je suis toujours ouvert. Je suis encore porte-parole pour la Cage aux sports, et pour Chagnon Honda à Granby. Je travaille aussi sur quelque chose d’autre, avec mon agent. »

« Mais là, je suis ailleurs. J’ai cherché ma voie, longtemps, à travers toutes sortes d’expérience, comme les commerces. Je regrette simplement de ne pas m’être lancé plus tôt dans le camionnage », résume-t-il.

« J’ai 47 ans et je me vois faire ça pendant plusieurs années. »

« Chaque fois que j’embarque derrière le volant, je suis content. Quand je suis sur la route, je me sens bien, ça me rend heureux. »