Maïté Bouchard avait amorcé de belle façon son dernier sprint vers une qualification pour les Jeux olympiques de Tokyo, toujours prévus pour juillet prochain.

En attente des Jeux... et de la médecine

En l’espace de quelques jours, Maïté Bouchard a vu les deux pans importants de sa vie être mis en plan par la pandémie de la COVID-19. Olympienne potentielle pour les Jeux de Tokyo en juillet prochain dans la discipline du 800 m, Bouchard ne sait toujours pas si les Jeux auront lieu. Étudiante en médecine, elle a vu son stage en médecine de famille, au CHUS Fleurimont, être annulé, la fin de semaine dernière.

« Dans les deux cas, j’y vais au jour le jour! » a-t-elle dit au bout du fil.

Si elle n’a toujours pas terminé ses études en médecine, elle avait amorcé de belle façon son dernier sprint vers une qualification pour les Jeux olympiques de Tokyo, toujours prévus pour juillet prochain.

Début mars, à Boston, pour une troisième fois cette saison, Maïté Bouchard a amélioré son record du Québec sur 800 m en salle. La Sherbrookoise a remporté une spectaculaire victoire grâce à un chrono de 2:00, 93 dans un peloton très relevé.

Mais pour l’instant, elle est en attente sur les blocs de départ. Et son enthousiasme pourrait être plus élevé, quant à la possibilité que les Jeux se déroulent comme prévu.

« En ce moment, on dit que les Jeux vont se dérouler comme prévu. Mais honnêtement, je ne vois pas comment ça pourrait se dérouler normalement, en juillet. C’est difficile de voir comment ça peut prendre place : si c’est le cas, ce sera dans un contexte très différent de celui qu’on connaît », a-t-elle avancé.

« Il faut aussi mentionner qu’il y a 50 % des athlètes qui ne sont pas encore qualifiés pour les Jeux, dont en athlétisme. Donc c’est difficile de se projeter, on ne sait même pas comment va se dérouler le processus de sélection, au Canada. Il y a tellement de variables inconnues qui nous empêchent de déterminer si oui ou non les Jeux vont se dérouler. Mais à voir comment ça se passe depuis quelques semaines, j’ai des doutes quand même qu’en juillet la situation soit entièrement rétablie et que ça se déroule comme avant. »

« Ce que j’ai entendu, dans le milieu du sport, c’est qu’il pourrait y avoir report à l’automne, ou même en 2021 ou en 2022. Ça commence à se parler. »

Comme tout le monde, Maïté Bouchard passe son temps à la maison. Ou encore dans les rues à courir. À défaut de mieux.

« Lentement, j’ai vu les compétitions être annulées, une après l’autre, depuis la semaine dernière. Je devais partir en camp d’entraînement aux États-Unis, à la mi-avril, c’est donc annulé. Au départ, c’était un peu dur à accepter. Ce fut un moment de frustration, avant d’accepter la situation. Malgré les retards, mes objectifs demeurent les mêmes, faire les Olympiques et courir le 800 m en bas des 2 minutes. C’est juste que ça va prendre plus de temps », a-t-elle dit.

Une pause également pour ses stages, une pause imposée la fin de semaine dernière, alors qu’on installait les tentes de détection, à l’Hôtel-Dieu.

« On s’est fait sortir de nos stages en fin de semaine. J’ai fait quelques jours là-bas, la situation commençait. On (les stagiaires) n’avait pas le droit de voir les patients à risque, ceux qui revenaient de voyage, ou ceux qui ressentaient des symptômes. Ce sont les médecins, après avoir revêtu leur uniforme de protection, qui s’en chargeaient. L’hôpital était fonctionnel, mais la salle d’urgence était beaucoup moins achalandée que d’habitude; visiblement, les gens ne venaient pas pour rien! C’était du jamais vu, pour ma part; arriver en poste et de n’avoir aucun patient à traiter. »

Penser aux autres

En congé pour les compétitions et pour les stages, Maïté Bouchard a du temps. Ce qui lui arrive rarement,

Dans cette crise de la COVID-19, les gens redécouvrent le temps. Et redécouvrent les autres.

« On est rendu à un point où on ne doit plus penser au niveau individuel, mais plutôt pour la collectivité. C’est déchirant et plate, de devoir rester à la maison la plupart du temps, tu vois tes plans gâcher pour cet été, mais il n’y a pas personne qui ne vit pas de déception, en ce moment, dans son domaine. Dans les écoles, certaines personnes vont perdre leur job, certains sont malades ou ont déjà attrapé le virus. Il faut mettre nos frustrations individuelles de côté et penser à la collectivité et appliquer les mesures demandées par le gouvernement », a-t-elle insisté.

« J’ai adapté mon entraînement, avec mon entraîneur. Je cours dehors, je fais de la musculation comme je peux. Je ne suis plus en stage, mais je continue d’étudier. Je dois garder le focus sur ce que je contrôle, rien d’autre. »

Entre deux entraînements, Maïté a le loisir d’apprécier la gestion de crise faite par le gouvernement du Québec.

« J’écoute les points de presse chaque jour, et le gouvernement fait un bon travail pour rassurer les gens. C’est important de rester calme, dans ce genre de situation extraordinaire. Je trouve que le Dr Horacio Arruda (directeur national de la santé publique du Québec) donne l’heure juste, il utilise les bons mots, il est rassurant. Le monde est un peu sur pause, et ça amène beaucoup d’insécurité chez beaucoup de gens. Jusqu’à présent, c’est bien géré, compte tenu du fait qu’il n’y a pas de précédent », a-t-elle dit.

Maïté Bouchard va continuer à courir dans les rues, en attendant que le portrait olympique se précise, et que ses stages recommencent.

Et dans chaque cas, elle le fera un pas à la fois.