Embauché par le «grand club»

«Bonjour, bienvenue à Anticosti. Je m'appelle Tristan Bédard et je serai votre guide».
En regardant le jeune homme plutôt frêle qui s'est offert à prendre mes bagages à l'aéroport, sa barbichette trahissant son âge, j'avoue m'être demandé si les rôles n'auraient pas dû être inversés.
«Je vois l'étonnement chez les chasseurs qui me rencontrent pour la première fois. Ça ne m'offense pas, ça m'envoie le signal que j'aurai à les convaincre de ma compétence. Leur perception change durant le séjour».
Ce fut mon cas.
Même s'il n'a que 22 ans, Tristan Bédard en est déjà à sa quatrième saison comme guide de chasse à la Sépaq Anticosti. Il passe l'automne en forêt, puis vient retrouver les siens à Lac-Mégantic où il a grandi et occupe un emploi complémentaire.
Certains jeunes rêvent d'une carrière au sein de l'élite sportive, lui, c'était de jouer pour le «grand club» convoitant les trophées de chasse.
«Dans ma tête, il n'y a jamais eu d'autres options que de vivre de la chasse et de la pêche et sans jamais avoir vu Anticosti, je savais que ça se passait ici. L'île est renommée et je voulais venir y travailler».
Inscrit au programme Protection et exploitation des territoires fauniques, offert à Duchesnay, l'étudiant a fait des pieds et des mains à l'âge de 18 ans pour obtenir un stage à la Sépaq.
«Les premières réponses ont été négatives. J'ai réessayé. C'était quasiment du harcèlement. Quand ce privilège m'a été accordé pour trois semaines, j'ai tout donné. J'aurais travaillé jour et nuit pour faire mes preuves».
La Sépaq Anticosti n'avait rien à offrir au jeune Bédard au terme de son stage. Mais, même en si peu de temps, les patrons avaient remarqué sa passion, son entrain et son talent. Il s'est vu offrir un job l'année suivante.
«Mon grand-père»
« Tristan, c'est la relève. Les clients l'apprécient. En plus de bien connaître son territoire, il est toujours de bonne humeur et il rend les séjours de nos clients agréables», dépeint François Mckinnon, guide en chef à Chicotte-la-Mer, le secteur de chasse où j'ai pu apprécier la semaine dernière les conseils du jeune guide estrien.
« Cette passion me vient de mon grand-père, de mon père Bruno et de mes oncles. Les Bédard sont des chasseurs et j'ai toujours été dans leurs bottes. Moi, je trippe dans le bois ! »
«On lui donnait des trucs et il apprenait très vite par lui-même. Ça me fait chaud au coeur que Tristan soit allé au bout de son rêve», se réjouit grand-papa Gilles, âgé de 77 ans.
« Même si j'avais voulu le couver sous ma jupe, j'aurais eu bien de la difficulté. C'est ce qu'il voulait. Je suis Gaspésienne et j'ai vu des gens de ma famille s'exiler pour aller travailler. J'ai donc toujours accepté ses choix, car je sais qu'il est heureux sur son île», enchaîne sa mère Nathalie Gagnon.
L'automne, Tristan vit ses amours à distance via Facetime avec sa fiancée Karianne Létourneau.
«Karianne accepte les inconvénients de mon travail. Elle sait que cette passion m'habite. Je suis toujours un peu tiraillé quand je la quitte pour revenir sur l'île, mais Anticosti est aussi ma maison. À compter des Fêtes, quand je serai rentré, nous aurons plus de temps pour nous ».
En dehors de sa période active à la Sépaq, le Méganticois travaille de nuit à l'usine Bestar. À travers cela, il prévoit suivre des cours par correspondance durant l'hiver afin de parfaire ses connaissances en administration.
« Si une opportunité d'avancement se présente à la Sépaq, je veux être prêt».
Pour le moment, beau temps mauvais temps, sept jours par semaine, Tristan Bédard est dans le bois et il ne se voit nulle part ailleurs !