Audrey Marcoux et Émilie Routhier font des pieds et des mains pour recueillir l’argent nécessaire pour se rendre au Pérou afin de permettre au Canada de se qualifier pour les Jeux de Tokyo 2020.

Des Sherbrookois dénoncent le programme À nous le podium

« C’est une injustice totale. » L’ancien policier sherbrookois René Dubreuil n’a que de mauvais mots pour décrire le programme national À nous le podium. Pendant que ce programme offre plus de 40 millions aux organismes de sports d’été, deux joueuses de handball de Sherbrooke visant les Jeux olympiques doivent débourser tous les frais pour participer aux tournois de qualifications pour Tokyo 2020.

Audrey Marcoux et Émilie Routhier se préparent pour les Jeux panaméricains présentés au Pérou, à Lima, du 20 au 1er août. Elles doivent recueillir pas moins de 4200 $ simplement pour ce voyage. Parce que les deux athlètes qui rêvent aux Olympiques ne reçoivent pas un sou de Handball Canada, puisque cet organisme n’est pas soutenu par le programme À nous le podium. 

« Je vois une injustice dans ce programme. Chez les athlètes, on a les mêmes objectifs, on fait les mêmes sacrifices, mais on n’a pas le même support financier ou les mêmes moyens pour atteindre nos buts. On est restreints au handball », explique Audrey Marcoux, membre de l’équipe nationale depuis plus de six ans. 

« Tu regardes les Jeux olympiques et tu peux apercevoir deux athlètes : celui de gauche ne reçoit rien et doit tout payer et celui de droite reçoit un financement important, fait remarquer René Dubreuil. Tout dépend de la discipline pratiquée ou des chances de médailles. C’est un non-sens. C’est un cercle vicieux. Comment espérer que celui qui ne reçoit pas un sou obtienne une médaille un jour s’il n’a aucune aide! »

Une soirée de financement

Même les entraîneurs de l’équipe, comme la Sherbrookoise Nadia Lefebvre, doivent débourser de leur poche tous les frais. Voilà pourquoi les trois amies organisent une soirée de financement jeudi soir au pavillon Armand-Nadeau.

« Depuis que je suis jeune, je sollicite toujours les mêmes personnes pour financer mes tournois et mes entraînements : ma famille et mes amis, indique Audrey Marcoux. Ça devient gênant à la longue. Le fait de ne pas être appuyé parce que l’on joue au handball ou à certains autres sports, ça amène les gens à porter un jugement négatif sur notre discipline. Même nous les athlètes des fois, on se dévalorise en se disant que l’on pratique une discipline de deuxième classe parce que notre sport n’est pas perçu comme les autres qui ont meilleure réputation. »

« Je connais bien Audrey et quand j’ai appris qu’elle devait débourser 4200 $ pour participer aux Jeux panaméricains, je n’en revenais pas, explique René Dubreuil. Juste avec les vêtements aux couleurs du Canada, elle doit payer 1300 $. Elle commence dans l’enseignement et pour elle, ce sont des dépenses importantes. On parle pourtant d’un sport olympique et le Canada souhaite faire bonne figure cette année au Pérou lors des qualifications olympiques pour Tokyo 2020. Lors de la dernière compétition au Mexique, le coût par athlète était de plus de 2000 $. Ça devient lourd comme engagement financier. »

Voilà pourquoi il a multiplié les efforts lors des dernières semaines.

« Quand j’ai commencé mes démarches, j’ai appelé beaucoup de monde, dont la députée de Compton-Stanstead Marie-Claude Bibeau. J’ai rencontré son attachée politique et j’ai obtenu une bonne écoute. Maintenant, est-ce qu’elle agira? Ça reste à voir. Mais le contact a été très bon. »

Quand le succès vient avec l’argent

René Dubreuil croit que le manque de financement devient un frein au développement pour plusieurs athlètes. 

« Évidemment, le handball n’a pas la popularité du hockey, de l’athlétisme ou du ski. Il n’en demeure pas moins que ces athlètes sacrifient temps et argent pour représenter fièrement leur pays », a-t-il indiqué dans sa requête officielle envoyée au gouvernement.

« On est conscients qu’il n’y a que deux pays d’Amérique du Nord qui obtiennent des billets pour les Jeux olympiques et que le Brésil et l’Argentine gagnent souvent ces deux places, mais si l’on ne reçoit aucune aide année après année, il est difficile de se sortir de ça, rappelle Audrey Marcoux. L’argent a un lien direct avec le succès et dans ce cas, je trouve cela très dommage de voir que notre sport ne reçoit pas l’appui espéré. »

La solution selon René Dubreuil?

« Je crois que chaque athlète doit être traité de façon égale. L’organisme doit donner le même montant à chaque athlète qui représente son pays et surtout, fournir au moins le linge pour qu’il représente les Canadiens. Je ne demande pas nécessairement une plus grande enveloppe budgétaire, même si l’idée ne me déplait pas, mais l’argent doit être réparti autrement. Les sports moins reconnus sont perdants sur toute la ligne et les athlètes mangent leur bas », conclut René Dubreuil, espérant une mobilisation nationale.