Le club de judo Asbestos-Danville est en pause depuis le mois de mars. Les responsables n’ont aucune idée quand la reprise pourra se faire. Sur la photo, Charles Roy, directeur technique, Mélody Grenier, athlète, Léanne Dussault, athlète et Stéphane Giguère, entraîneur.
Le club de judo Asbestos-Danville est en pause depuis le mois de mars. Les responsables n’ont aucune idée quand la reprise pourra se faire. Sur la photo, Charles Roy, directeur technique, Mélody Grenier, athlète, Léanne Dussault, athlète et Stéphane Giguère, entraîneur.

Des judokas d’élite en pause forcée

Les sports de combat ne font pas encore partie du plan de déconfinement de la Santé publique et les récentes propagations de la COVID-19 dans des équipes sportives de hockey-balle à Mirabel et Sherbrooke n’augurent rien de bon pour la suite des choses. Cette pause forcée qui dure depuis presque cinq mois déjà commence à avoir des conséquences sur plusieurs athlètes d’élite du club de judo Asbestos-Danville.

Léa Roy, 19 ans, fait partie de l’équipe du Québec et de la relève pour l’équipe nationale. En mars, elle se préparait pour une tournée de compétitions en Europe (Allemagne, Portugal). 

« Plus ça va, l’espoir que ça recommence est un peu plus faible et c’est difficile de voir tous mes amis sportifs recommencer tandis que le judo tire de la patte, admet Léa Roy, qui s’entraîne à l’Institut national du sport à Montréal. On a commencé à faire des entraînements regroupés à l’extérieur, mais on n’a pas encore accès à notre salle de musculation et à notre dojo. Ça fait quatre mois que je n’ai pas mis mon judogi, j’ai hâte! »

L’arrêt fait encore plus mal puisque les athlètes de l’Alberta peuvent, depuis le 13 juin, pratiquer les sports de combat. L’équipe canadienne s’entraîne d’ailleurs à Lethbridge durant l’été. Le judo a aussi repris dans plusieurs pays à travers le monde.

« Dès qu’il y aura des compétitions, je veux pouvoir y aller, souligne Léa Roy. J’ai l’impression qu’on tire de la patte parce que certains peuvent continuer à s’entraîner. Je ne veux pas arriver là-bas et ne pas être assez prête. C’est pour ça que j’essaie de compenser le plus possible avec l’entraînement musculaire et la course. Je fais de mon mieux pour ne pas traîner derrière. »

Léa Roy, en bleu, fait partie de l’équipe du Québec et de la relève pour l’équipe nationale. Elle est en arrêt forcé depuis plusieurs mois.

La réalité est la même pour les athlètes plus jeunes. Léanne Dussault, 13 ans, venait de se classer en première position chez les U16 et les U18 à l’international d’Edmonton lorsque la COVID a frappé. Elle devait se rendre à Vancouver la semaine suivante pour l’international du Pacifique mais la compétition a été annulée. Elle avait aussi les Championnats canadiens du mois de mai dans sa mire.

« C’est le sport qu’on aime, c’est plate que ce soit arrêté, avoue celle qui a remporté le Victor athlète de la relève au dernier Mérite sportif estrien. On joue au soccer aussi et il n’y a pas de distanciation sociale plus que dans le judo. Quand ça va recommencer, on risque d’être un peu plus mélangé avec les prises, mais je continue à m’entraîner avec mon frère chez moi. »

« À son niveau, ses adversaires sont de l’Alberta et ça fait un peu plus suer, affirme son entraîneur et directeur technique du club, Charles Roy. En judo, il faut se battre. Au Québec, tout le monde est arrêté donc c’est égal, mais c’est moins égal quand on regarde les autres provinces. Les athlètes internationaux se comparent aux athlètes d’autres pays. »

Mélody Grenier, 12 ans, était quant à elle classée première dans sa catégorie au niveau régional et provincial en U14. Elle se préparait pour le championnat provincial prévu au début avril. Elle déplore elle aussi l’interdiction des sports de combat au Québec pour le moment.

« Je continue à m’entraîner, mais je trouve ça vraiment plate parce qu’il y a d’autres provinces et d’autres pays où c’est recommencé. »

Cinq phases

Judo Québec a mis en place un plan de déconfinement qui comprend cinq phases. Nous en sommes présentement à la phase 2.

« On peut pratiquer à l’intérieur, mais avec une distance de deux mètres, explique Charles Roy. C’est de l’entraînement individuel pour l’instant plus que du judo et on n’a pas recommencé à en faire. Les athlètes de haut niveau s’entraînent chez eux. »

La phase 3 consiste à un entraînement à deux, mais toujours avec la même personne. La quatrième phase est un entraînement en groupe. Dans les deux phases, les athlètes portent des masques.

« Est-ce que c’est idéal de s’entraîner avec un masque? Non, mais si on nous dit qu’on peut recommencer à s’entraîner, on le ferait, admet M. Roy. Ça va tester le souffle de nos athlètes et on devra se trouver de bons masques pour qu’ils tiennent. »

Léanne Dussault.

Tous les athlètes rencontrés par La Tribune aimeraient pouvoir recommencer à s’entraîner, même si ça implique de toujours porter un masque. Charles Roy amène toutefois un petit bémol du point de vue du club.

« Les compétiteurs, même si on doit mettre un masque, ils vont être là, mentionne-t-il. Mais si on fait nos inscriptions avec monsieur et madame Tout-le-Monde et qu’on leur demande de porter un masque, ça ne marchera pas. Donc dépendamment de la phase où on est rendu, on va gérer les inscriptions différemment. »

Le nombre d’inscriptions varie entre 170 et 200 membres par année. Le club a son dojo principal à Asbestos, mais en a aussi un à Saint-Georges-de-Windsor, à Saint-Camille et à Danville. Le club est un organisme à but non lucratif et tous les entraîneurs sont des bénévoles.

En attendant un déconfinement des sports de combat, Judo Québec s’assure que la Santé publique soit au courant de la réalité du sport au Québec.

« On ne fait rien d’agressif parce qu’on sait que c’est une question de santé publique, mais on veut être sûr que notre réalité soit comprise », résume Charles Roy.