Meredith Goldhawk se dit incapable d’enfiler à nouveau ses patins depuis le harcèlement et l’intimidation qu’elle a subis d’une entraîneuse de l’Université de Windsor, en Ontario.

Des athlètes universitaires veulent en finir avec les entraîneurs abusifs

VANCOUVER — Des voix s’élèvent partout à travers le Canada pour dénoncer les comportements abusifs d’entraîneurs sportifs en milieu universitaire.

Des athlètes de l’Ontario, de l’Alberta et de la Colombie-Britannique dénoncent des techniques d’entraînement associées à la soi-disant «la vieille école» qui, selon les experts, sont excessives et déplacées. Mais les mentalités tardent à évoluer, tandis que les entraîneurs exercent une grande influence sur les sportifs et que certains persistent à croire qu’une approche quasi-militaire est la clé de la victoire.

Meredith Goldhawk a eu la piqûre du hockey dès l’âge de six ans. Mais la jeune femme dans la vingtaine se dit incapable d’enfiler à nouveau ses patins depuis le harcèlement et l’intimidation qu’elle a subis d’une entraîneuse de l’Université de Windsor, en Ontario.

Six joueuses de hockey, dont Mededith Goldhawk, ont déposé une plainte en février dernier contre l’entraîneuse Deanna Iwanicka. Elles allèguent que Mme Iwanicka les a humiliées publiquement, leur a lancé des injures et a expulsé certaines athlètes sans raison valable. L’université a fait faire une enquête, dont elle a refusé de dévoiler les conclusions complètes.

Les plaignantes disent n’avoir reçu qu’un résumé de quatre pages, qui ne tient pas compte de toutes leurs allégations et qui affirme que leurs démarches n’étaient pas fondées. Mme Iwanicka dirige toujours l’équipe de hockey féminine de l’université, qui a refusé de commenter.

Aux yeux de Margery Holman, une professeure à la retraite ayant aidé les joueuses à porter plainte, les établissements d’enseignement postsecondaire manquent de courage. Elle souligne que les entraîneurs tiennent parfois l’avenir des athlètes entre leurs mains, car ils déterminent notamment qui joue et qui réchauffe le banc, ce qui influe sur l’obtention de bourses et d’autres opportunités.

Du côté de l’Université de Lethbridge, en Alberta, une enquête a conclu en juillet 2018 que l’entraîneuse de hockey féminin Michelle Janus avait enfreint la politique de l’établissement en matière de harcèlement. L’université lui a demandé de se soumettre à un suivi psychologique et à une formation. L’élaboration d’un code de conduite pour entraîneurs a également été mise en branle.

Quatre des plaignantes ont tout de même intenté une poursuite contre Michelle Janus, contre l’université et contre son responsable des activités sportives, Ken McInnes, réclamant plus d’un million de dollars en dommages et intérêts. Elles allèguent que l’entraîneuse a intimidé des joueuses, les a traitées de «pathétiques» et «inutiles» en proférant des jurons, a lancé des bouteilles d’eau, cassé du matériel et enfoncé son poing dans des portes, entre autres. Les joueuses racontent également qu’après la tentative de suicide d’une de leurs coéquipières, Mme Janus et M. McInnes leur ont demandé de voter pour déterminer si elle pourrait réintégrer l’équipe. Aucune de ces allégations n’a subi l’épreuve des tribunaux et Michelle Janus a quitté son poste en janvier dernier.

Dans une autre affaire du genre, l’Université de Victoria, en Colombie-Britannique, a conclu pas plus tard que la semaine dernière une procédure d’appel après que trois athlètes et un entraîneur adjoint eurent porté plainte contre le responsable de l’équipe d’aviron féminine Barney Williams pour violences verbales et harcèlement.

La médaillée d’or en aviron aux Jeux du Commonwealth et professeure à l’Université Royal Roads, Jennifer Walinga, s’est intéressée à la question de ces entraîneurs qui privilégient une approche pour le moins musclée. Ses recherches ont démontré que le fait d’humilier ou de négliger les athlètes conduit généralement à de moins bonnes performances sportives.

Elle estime que cette approche qui consiste à injurier les athlètes continue d’être adoptée parce que notre société a tendance à glorifier les personnes capables d’endurer la souffrance.

Cette conception du sport comme un combat est pourtant enracinée dans «la naïveté ou l’ignorance», opine-t-elle.

Face au mouvement pour en finir avec ce style d’entraînement, le gouvernement fédéral a lancé une série d’initiatives, dont la mise en place d’une nouvelle politique pour les organisations sportives nationales ainsi que le financement du Centre de règlement des différends sportifs du Canada pour la création d’une unité d’enquête et d’une ligne téléphonique confidentielle sans frais.