La première édition des Cantonniers a surpris en terminant au quatrième rang du classement général avant de s’incliner en demi-finale des séries éliminatoires de la Ligue de hockey midget AAA contre les Gouverneurs de Sainte-Foy.

De véritables pionniers

MAGOG — Ils détiennent une place de choix au tableau d’honneur des 40 éditions qui ont ponctué l’histoire des Cantonniers de Magog. Ils sont considérés à juste titre comme les pionniers de la concession. La première édition des Cantonniers en 1979-80 a fait vivre des moments inoubliables qui resteront gravés à jamais dans la mémoire des partisans de la première heure.

Pour une équipe d’expansion, les Cantonniers avaient effectué une entrée pour le moins fracassante dans la Ligue midget AAA du Québec en terminant au quatrième rang, seulement quatre points derrière les Angevins de Bourassa, couronnés champions de la saison régulière. On peut se demander ce qui serait advenu si le gardien vedette de l’équipe et de la ligue, Mario Gosselin, n’avait pas raté les cinq premières parties de la saison en raison d’une blessure. C’est seulement à leur 6e match de la campagne que les Magogois avaient été en mesure d’emmagasiner leur première victoire à vie, un gain de 8-4 sur les Lions du Lac St-Louis. Le reste de la saison a été éblouissant.

« C’était beaucoup demandé aux joueurs en début de saison, se souvient Christian Lord, un des deux entraîneurs de l’époque. On effectuait nos premiers pas dans le midget AAA et on affrontait des équipes aguerries avec sept ou huit vétérans dans leur alignement. On alignait des guerriers et après une courte période d’adaptation, l’équipe s’est mise en marche. »

Capitaine Gilbert

Si Mario Gosselin était la tête d’affiche de l’équipe, le capitaine et Magogois Alain Gilbert en était le chef de file, le véritable leader. « Je souhaite à tout entraîneur de hockey d’avoir à ses côtés un capitaine comme Alain, soutient Michel Lacroix, entraîneur-chef de l’équipe en 79-80. Alain prêchait par l’exemple sur la glace et dans le vestiaire, c’était le meneur. Il y avait des caractères forts dans l’équipe, mais quand Alain parlait, il prenait toute la place. Un gars beaucoup plus mature que ses 16 ans. «

Ce dernier avait aussi montré des statistiques intéressantes en terminant au second rang des pointeurs de l’équipe (voir tableau). Pourtant, on se souvient peut-être davantage de ses mises en échec percutantes dont lui seul avait le secret. « Quand je longe les bandes à l’aréna aujourd’hui, j’entends encore les bandes qui craquent », de renchérir Lord, mi blagueur mi sérieux, en faisant allusion au jeu physique de son ancien capitaine.

Le beau parcours de la formation magogoise s’était arrêté en demi-finale contre les Gouverneurs de Sainte-Foy, éventuels champions des séries.

Lacroix et Lord à la rescousse

Bien malin celui qui aurait pu prédire pareil succès aux Cantonniers en cette année d’expansion. Le duo d’entraîneurs Lacroix-Lord est arrivé avec l’équipe alors que le camp d’entraînement était déjà amorcé. Lacroix et Lord n’avaient pas été le premier choix du directeur-général Pierre Phaneuf qui s’était tourné vers un dénommé Croteau de Sherbrooke dont on a perdu la trace. Pour des raisons mystérieuses, celui-ci n’avait pas fait long feu. Toutes sortes de rumeurs ont couru à son sujet.

« J’étais professeur d’éducation physique à l’école secondaire la Ruche. Mon expérience à la tête d’une équipe de hockey était limitée. Le défi était passionnant. Je ne pensais jamais me retrouver à la tête des Cantonniers. J’ai toujours connu mes forces et mes faiblesses et j’ai demandé à un moment donné qu’on m’associe un autre bon technicien et tacticien, car Christian était encore étudiant à l’Université de Sherbrooke en éducation physique. Il ne pouvait se présenter à toutes les pratiques dans le jour. J’ai obtenu une réponse négative. Nous avons quand même soutiré le maximum des gars. Avec du recul, il y a des erreurs commises que j’aurais aimé avoir la chance de corriger, mais je ne referai pas l’histoire. «

Michel Lacroix s’est servi de sa formation d’éducateur pour compenser son manque d’expérience et mener les Cantonniers à bon port. « Il n’y a pas un élève de secondaire V qui dira à son professeur qu’il l’aime. C’était la même chose pour moi dans le vestiaire. Je n’étais pas le gars le plus populaire, mais c’était le dernier de mes soucis. Je n’ai jamais eu de misère à contrôler un groupe de jeunes, à les regrouper pour la même cause, leur donner confiance, former une famille. Aujourd’hui quand je revois certains gars, plusieurs me disent que j’ai eu un impact positif sur eux quand ils sont entrés dans le monde des adultes. Juste entendre ça m’indique que ça valait le coup d’aller diriger les Cantonniers au pied levé. »

Christian Lord, lui, est toujours associé aux Cantonniers, 40 ans plus tard, à titre de gouverneur et vice-président hockey. « Il y a du positif à retenir de chaque saison. Mais cette première édition des Cantonniers, de voir où nous étions partis, c’est un souvenir qui n’a pas de comparable. C’était la grosse affaire à Magog avec des assistances qui approchaient et dépassaient 1000 spectateurs régulièrement. Les joueurs étaient connus à travers la ville. C’était presque surnaturel. Et nous avons connu une saison exceptionnelle », fait-il valoir.

Une équipe intimidante

La première cuvée des Cantonniers de l’Est (avant de devenir les Cantonniers de Magog) en 1979-80 était aussi très intimidante pour les visiteurs à l’aréna de Magog. Les Alain Gilbert, Bertrand Lavoie, Sylvain Charland, John Martin et François Desharnais obligeaient les joueurs adverses à patiner la tête haute. Et ça se passait aussi de la même façon sur la route. Cette saison-là, un entraîneur était suspendu lorsque son équipe dépassait le cap de minutes de punitions imposé par la ligue dans une partie. « À tour de rôle on a regardé quelques joutes dans les gradins », se rappelle Christian Lord, un des deux mentors des Cantonniers.

Michel Lacroix se souvient des craintes qu’on émettait à son égard lorsqu’on lui a confié le poste d’entraîneur des Cantonniers. « Je pense qu’il y en a plusieurs qui me voyaient déjà tirer des bouteilles d’eau vers les arbitres. Je suis un gars de la place et apparemment qu’on m’identifiait comme un homme au caractère bouillant », raconte Lacroix, sourire en coin.

Le logo des premiers Cantonniers qu’on peut voir sur la photo d’équipe est encore pour plusieurs amateurs le plus beau affiché par la formation magogoise sur leurs chandails au fil des années. Et vous, quel est votre avis?

Sur le party les porte-couleurs de la première édition des Cantonniers? Le bruit a déjà circulé, mais Christian Lord soutient que cela a été exagéré. D’ailleurs, c’est le capitaine Alain Gilbert qui déclarait récemment qu’avec Ernest Bélanger comme directeur à l’école secondaire la Ruche, que les joueurs fréquentaient, et Michel Lacroix au poste d’entraîneur-chef, ça ressemblait davantage à l’armée qu’à un club social.