Colin Ratt s’est rapidement fait remarquer au camp du Phœnix et tentera d’obtenir l’un des postes disponibles à l’attaque.
Colin Ratt s’est rapidement fait remarquer au camp du Phœnix et tentera d’obtenir l’un des postes disponibles à l’attaque.

De la réserve amérindienne au Palais de sports

Jérôme Gaudreau
Jérôme Gaudreau
La Tribune
Trois heures. C’est le temps que Colin Ratt et ses parents devaient passer sur la route pour un seul entraînement ou une seule partie de hockey. Celui qui a grandi sur une réserve amérindienne a dû quitter sa famille à l’âge de 15 ans pour évoluer dans un niveau supérieur en espérant un jour faire carrière dans le monde du hockey.

« Je viens d’une petite réserve au Québec appelée Rapid Lake, explique le joueur invité au camp 2020 par le Phœnix. C’est très rural comme endroit. Il n’y a presque rien dans notre village et surtout pas d’aréna. Je devais rouler chaque fois pendant environ 1 h 30 pour aller jouer au hockey et 1 h 30 pour revenir, évidemment. Je devais me rendre jusqu’à Hawkesbury en Ontario. »

L’ancien membre des Mustangs de Maniwaki n’avait qu’un but en tête : devenir hockeyeur.

« J’ai reçu une invitation du Phœnix de Sherbrooke cet été, explique le jeune attaquant qui aura 17 ans en décembre. J’étais très excité à l’idée de pouvoir avoir ma chance de jouer dans la LHJMQ. J’ai vraiment travaillé fort pour en arriver là. »

C’est à coup de sacrifices que Colin Ratt est parvenu à se faire remarquer. 

« J’ai multiplié les heures d’entraînement, je me suis bien alimenté et j’ai mis une croix sur plusieurs soirées entre amis pour me concentrer sur le hockey. J’ai laissé faire les partys et je me suis entraîné. J’ai fait beaucoup de sacrifices. Ma famille aussi. Ce sera ma troisième année que je serai loin de ma famille. J’ai habité chez mes grands-parents près d’Ottawa pendant trois ans pour jouer avec le Sommet Academy U18. »

Membre de la nation algonquine, Colin Ratt s’est amélioré à une vitesse fulgurante.

« J’ai joué un peu dans le simple lettre avec mes amis et ensuite dans le BB et un peu dans le AA en prenant un peu plus le hockey au sérieux. J’ai appris beaucoup lors des deux dernières années. J’ai progressé rapidement. »

Sans complexe 

Colin Ratt s’est présenté au camp du Phœnix il y a une semaine avec la ferme intention de surprendre. Jamais repêché, il a su se faire remarquer par les recruteurs du Phœnix et est arrivé sans complexe à Sherbrooke.

Lors des fusillades organisées à la fin des parties intraéquipes, il n’a d’ailleurs pas eu peur de jouer d’audace en effectuant une spectaculaire feinte pour ainsi déjouer le gardien d’une brillante façon. Assez pour impressionner ses coéquipiers et les entraîneurs. 

« J’ai confiance en moi. J’espère vraiment pouvoir me tailler une place au sein de l’équipe. Je veux prouver que je peux faire partie de la LHJMQ et que je suis un bon coéquipier capable de tout faire sur la patinoire. »

Celui qui se décrit comme un attaquant de puissance admet aimer le jeu robuste.

« Les gars au camp sont bons et sont forts. Le niveau de jeu est très haut. J’ai beaucoup à apprendre des entraîneurs et de mes coéquipiers », confie le joueur de centre utilisé à l’aile gauche.

Un potentiel énorme

L’entraîneur et directeur général du Phœnix voit en Colin Ratt un beau potentiel à exploiter. 

« Quand on va chercher un joueur qui évolue en Ontario, on doit être pas mal certain de notre coup, explique Stéphane Julien. Ça coûte des sous, le faire venir ici. On croit donc qu’il peut jouer avec nous. On ne pouvait pas inviter plus de 34 joueurs cette année et on a choisi de l’inclure dans le groupe pour le comparer aux autres. Je ne le connaissais pas du tout. Je me suis fié aux recruteurs. Il est un gros bonhomme, il a un bon coup de patin, mais il a besoin d’être plus structuré. Il était l’un de nos meilleurs sur la glace lors de la première journée du camp. »

Avec environ quatre postes disponibles à l’attaque, il aurait été facile de croire que le Phœnix allait miser sur des joueurs repêchés rapidement lors des derniers encans de la LHJMQ.

Alors que certains joueurs sélectionnés en 4e ou 5e ronde ont déjà vu leur camp se terminer plus tôt cette semaine, Colin Ratt demeure parmi les 30 candidats toujours présents. 

« Il y aura toujours des joueurs exceptionnels repêchés en première, deuxième ou troisième ronde qui ont un talent hors du commun à l’âge de 16 ou 17 ans et qui perceront notre équipe à la première année. Il y a aussi ceux qui ont été repêchés un peu plus tard, comme en quatrième ronde, et qui doivent acquérir de l’expérience. Finalement, il y a ceux qui ont été repêchés tardivement à 16 ou 17 ans, ou même jamais été repêchés, et qui ont connu une belle progression et qui feront partie de notre club. Tout dépend de la préparation d’un joueur. »

En perçant l’alignement du Phœnix, Colin Ratt deviendrait le troisième joueur d’origines amérindiennes de l’histoire de l’organisation après Trevor Stacey et Israel Mianscum, un membre de la nation crie qui en sera cette année à sa deuxième campagne dans la LHJMQ.