Une diminution importante du financement du programme À nous le podium à Ski de fond Canada pourrait faire très mal à la relève.

De la distorsion aux oreilles de Gilles Lefebvre

Comme plusieurs intervenants dans le monde du ski de fond, Gilles Lefebvre, entraîneur du Club de ski de fond du parc du Mont Orford, redoute une diminution importante du financement du programme À nous le podium à l’endroit de Ski de fond Canada pour la saison prochaine, ce qui sonne faux à ses oreilles.

Rappelons les faits. À nous le podium, c’est connu dans le milieu, investit où les chances de médailles sont réelles. Or, comme Alex Harvey a laissé planer sérieusement un doute sur sa présence aux Jeux Olympiques de 2022, les fonds disponibles pour Ski de fond Canada pourraient fondre comme neige au soleil, car il semblerait que la relève de l’athlète de Saint-Ferréol-les-Neiges ne sera pas tout à fait prête pour 2022 à Pékin. On parle d’un manque à gagner qui pourrait se chiffrer autour de 500 000 $ même si l’organisme À nous le podium n’a encore rien annoncé à cet effet.

Le Club du parc du Mont Orford est actuellement un des mieux nantis, du moins au Québec, lorsqu’on parle d’athlètes qui pourraient être reconnus comme espoirs olympiques à moyen terme. Pensons seulement au dernier Gala Sport Québec où Olivier Léveillé (gagnant niveau provincial ski de fond) et Léo Grandbois (gagnant niveau national biathlon) ont été honorés. Une amputation du financement à Ski de fond Canada ferait en sorte que les athlètes de la relève seraient assurément les premiers à écoper.

« Pour voir Olivier et Léo atteindre leur plein potentiel, j’estime qu’il leur en coûtera annuellement autour de 15 000 $. Il en sera ainsi jusqu’à ce qu’ils soient reconnus espoirs olympiques. Le chemin est long et avec un demi-million en moins dans la cagnotte, ça réduira également le support en Coupe du monde et aussi dans les centres nationaux d’entraînement. Il y aura moins d’entraîneurs rémunérés, moins de support technique, moins de farteurs. Je ne lance pas la serviette pour autant et je vais y aller une année à la fois avec les athlètes. Le recrutement d’entraîneurs sera plus difficile et il faudra aussi dénicher des fondeurs prêts à s’investir », soutient Lefebvre.

À l’image de l’Australie


Peu importe la hauteur des appuis financiers, Lefebvre doit continuer à penser en fonction du bien-être de ses fondeurs et de leur développement. « J’aime ce qui se fait en Australie. Ce pays a compris, sans négliger le développement à long terme, que c’est payant de mettre le focus quotidiennement sur les faiblesses de ses athlètes dans l’espoir de gonfler le nombre de représentants aux Jeux. Notre ministère de l’Éducation, du Loisir et Sports doit revoir un peu sa politique. Est-ce vraiment le nombre de médailles qui doit être la priorité? Les fédérations doivent nécessairement développer beaucoup plus d’entraîneurs certifiés qui travailleront à temps plein avec les athlètes, mais la perte éventuelle de financement nous fera reculer », fait valoir celui qui possède la certification niveau 4 du PNCE.

Pour son sport, Lefebvre aimerait augmenter les échanges entre pays pour les camps et les compétitions. « C’est en fréquentant les meilleurs des puissances mondiales que nos athlètes peuvent réaliser davantage ce qui leur manque pour passer à un autre niveau. Il y a une culture du sport à instaurer et ça commence localement », explique Lefebvre qui faisait allusion aux difficultés rencontrées par les fondeurs québécois à s’entraîner l’été en skis à roulettes sur nos routes.

« Au lieu de les encourager par un signe approbateur de la main, on loge une plainte à la SQ. On part de loin comparativement à d’autres pays. »