Ancien sans-abri, Marco Poulin peut se vanter aujourd’hui de s’être sorti de l’enfer de la drogue et de l’alcool en devenant intervenant social... et marathonien.

Courir pour enterrer son passé

Ancien toxicomane sans domicile fixe et ex-détenu. Marco Poulin a déjà touché le fond du baril. Maintenant âgé de 54 ans, le Sherbrookois s’en est sorti. En retrouvant de meilleures habitudes de vie, il est devenu marathonien et court aujourd’hui sur la route de la rédemption.

Ce n’est pas sans émotion que Marco Poulin aborde le sujet de son passé. Mais il le fait sans filtre et sans détour.

« Durant mon enfance, j’ai été mis de côté par mon père. Il avait des problèmes d’alcool, ce qui a détruit le monde autour de lui. Il ne me battait pas. Il ne m’accordait juste pas l’attention que j’espérais. Il passait beaucoup de temps avec mon frère à faire des travaux manuels. Moi, j’étais plus sportif. Ça ne l’intéressait pas. Pour qu’il s’occupe de moi, je devais faire de mauvais coups. J’ai vécu beaucoup d’anxiété à l’adolescence. Je suis donc tombé dans l’alcool à mon tour. »

C’est à ce moment que Marco Poulin a croisé de mauvaises fréquentations.

« J’ai commis des crimes. Des vols à main armée, de la violence, de l’intimidation. Aujourd’hui, je demande pardon à tous ces gens à qui j’ai causé du tort. »

L’enfer a débuté à l’âge de 20 ans. Destination : la prison.

« J’ai passé une dizaine d’années en milieu carcéral. Pas d’un seul trait par contre. Et ce, pour plusieurs crimes. Parfois, j’étais bien préparé. D’autres fois, j’étais tout simplement en psychose sous l’effet de la drogue. Je n’avais pas dormi pendant des jours et je commettais un vol. Quelques heures plus tard, je ne me souvenais de rien. »

Tout cela demeure difficile à croire quand on sait qu’aujourd’hui, Marco Poulin a son billet en poche pour le prochain Marathon de Boston. Devenu intervenant social, il a retrouvé sa confiance en lui, sa santé mentale et sa santé physique.

« Je refusais de prendre mes responsabilités. Je jetais la faute sur tous les autres : mon père, les avocats, les juges. Si je m’en suis sorti, c’est que je me suis retrouvé seul et je devais me débrouiller par moi-même parce que ma famille refusait de m’aider pour se protéger », explique-t-il.

Parti de Longueuil pour s’établir à Sherbrooke en 1998, Marco Poulin a connu des hauts et surtout, des bas.

« Des fois j’allais bien. J’avais un logement et je travaillais. J’ai déjà été éboueur entre autres. Je voulais retourner aux études. Mais je n’ai pas toujours été capable de payer mon logement à cause de ma consommation. J’ai fait du pouce pour venir à Sherbrooke. Je m’étais rendu chez Partage St-François pour y être hébergé. Mais je me tenais bien souvent à l’Hôtel Albert, qui avait mauvaise réputation. J’ai encore croisé de mauvaises fréquentations et je me suis retrouvé à la prison Talbot pour ensuite suivre une thérapie. »

Marco Poulin a effectivement reçu l’aide espérée.

« Un gardien de prison a vu en moi beaucoup de potentiel. Il a cru en moi. Je le remercie et j’espère qu’il lira mon message. »

Un jour, la sonnette d’alarme a retenti.

« J’ai été atteint d’une cirrhose du foie. J’ai arrêté de boire graduellement et je suis fier de dire que depuis quatre ans, je n’ai pas bu une seule goutte d’alcool. Ça fait plus d’une quinzaine d’années que je suis sorti de prison. J’ai complété un certificat en toxicomanie et je travaille désormais à l’endroit où l’on m’a accueilli : chez Partage St-François. »

Courir pour se sentir libre

Marco Poulin a toujours aimé faire de l’activité physique.

« En prison, il n’y a pas beaucoup de choses à faire. Je levais des poids pour m’entraîner et devenir plus fort. En milieu carcéral, on se protège comme on peut. J’aimais beaucoup courir aussi. »

Plutôt que de courir dans une cour de prison, Marco Poulin serrera les cordons de ses espadrilles à la ligne de départ du Marathon de Boston en avril.

Même s’il ne court que depuis 18 mois de façon plus sérieuse, il établit des temps impressionnants.

À son premier 10 km, il a réalisé un temps de 46 minutes au Demi-marathon RBC de Sherbrooke. Maintenant, il court le 10 km en 39 minutes.

« Courir pour moi, c’est comme mon Chemin de Compostelle. Je suis sur la route de la rédemption. Je rebâtis également mon réseau social grâce à la course. Ça me donne un sentiment de liberté et ça me permet de voyager », admet-il.

Cet été, Marco Poulin s’est rendu à Rimouski pour le marathon. Il a terminé au troisième rang de sa catégorie avec un temps de 3 h 6 malgré une blessure.

« Je devais courir le marathon sous les 3 h 35 pour me qualifier pour Boston. Pendant toute la course, sous la pluie et contre le vent, mon ami et mentor Éric Messier me répétait que j’enterrais mon passé en courant. J’étais super émotif. Le prochain marathon, je serai beaucoup plus zen. »

D’ici le printemps, Marco Poulin multipliera les efforts.

« Je dois cependant éviter le surentraînement. Tomber dans l’excès, j’ai fait ça durant une bonne partie de ma vie. Je veux courir le Marathon en moins de 3 h. Boston, c’était mon rêve. Mais j’aimerais aussi aller à Berlin et même en Grèce dans la ville de Marathon, là où tout a commencé. »

Porte-parole des « écorchés de la vie »

Marco Poulin souhaite désormais partager son histoire pour inspirer ceux qui passent par le même chemin que lui.

Voilà pourquoi le mercredi 16 octobre à 19 h à la salle Alfred-Desrochers du Cégep de Sherbrooke, il offrira une conférence juste avant la Nuit des sans-abri. Tous les profits iront au Partage St-François. Le titre : La différence dans l’indifférence.

« On a souvent porté des jugements sur moi. On m’a regardé avec indifférence. Je veux lancer un message d’espoir et faire la différence dans la vie des gens. Je crois qu’un jour, nous vivons tous un marathon. Que ce soit dans la course à pied ou dans la vie. Le secret se trouve dans la détermination face à l’adversité et dans la persévérance à franchir les obstacles qui se dressent devant nous. Une persévérance que je dois à mon père, ironiquement. »