Coureur des bois

Une armée de soldats pour surveiller les tiques

CHRONIQUE / Randonneurs, chasseurs, travailleurs forestiers, en particulier ceux qui entrent dans le blitz de la récolte d’arbres de Noël, redoublez de vigilance. Nous sommes dans l’une des périodes où les tiques sont les plus assoiffées de sang.

« L’espèce la plus dangereuse pour l’humain, la tique à pattes noires, n’aime pas s’exposer au soleil et aux vents qui pourraient la cuire durant les températures chaudes. Elle suit également le cycle des mammifères, qui limitent leurs déplacements durant l’été et redeviennent plus actifs en automne, à l’approche de l’hiver » compare Jade Savage, docteure en biologie et membre du corps professoral de ce département à l’Université Bishop’s. 

À ce moment-ci de l’année, l’avantage est cependant de pouvoir facilement détecter des spécimens de taille adulte sur le corps ou dans la nuque alors qu’au printemps, les nymphes sont nombreuses et plus difficiles à voir à l’œil nu.

Tout en veillant à mieux se protéger individuellement, les Estriens sont invités à augmenter les bénéfices de cette surveillance collective en alimentant le site Etick.ca, l’outil avec lequel les scientifiques de Bishop’s colligent des signalements depuis le printemps 2017. 

Ils récoltent également des échantillons, qu’il s’agisse de tiques de la famille propageant la maladie de Lyme  ou de celle de la tique d’hiver, moins risquée pour les humains, mais qui a décimé le cheptel d’orignaux de l’Estrie et causé de lourdes pertes dans celui de la Nouvelle-Angleterre.

« L’armée de citoyens qui se déploie permet de quintupler et même décupler le nombre de techniciens que nous pourrions envoyer sur le terrain, y compris dans les secteurs moins fréquentés où nous n’aurions probablement jamais mis les pieds. Les gens peuvent nous communiquer un signalement en nous envoyant une photo ou l’insecte lui-même ».

Durant notre entretien, Mme Savage n’a eu aucune hésitation à prendre dans sa main une tique à pattes noires qu’un de ses collègues du campus a détachée de son chien quelques jours auparavant.

« Voyez, ses pattes bougent, elle est encore vivante. Elle ne mourra qu’après avoir converti ses réserves de sang en œufs, qu’elle pondra. Il faut faire attention en manipulant les tiques, mais elles ne sont pas des fauves affamés. Même pas un moustique pressé de vous piquer pour avoir de votre sang. L’humain n’est pas une cible naturelle par les tiques, seulement un accident. Oui, il faut gérer la menace. Mais il faut aussi briser la peur ». 

La scientifique affirme qu’une paille sectionnée, puis enrubannée aux deux extrémités, peut très bien servir de mode de transport, du bureau de poste jusqu’aux laboratoires. 

« Ça voyage dans une enveloppe et pour le prix d’une lettre alors que l’utilisation d’un contenant de plastique nécessitera un emballage plus coûteux à expédier. Nous voulons des photos et des tiques à longueur d’année en échange de l’engagement à transmettre les résultats de l’expertise à l’expéditeur, en lui précisant le groupe d’appartenance et toutes les nuances qui s’imposent. Nous éliminerons ainsi beaucoup de confusion, car la plupart des gens croient que toutes les 12 espèces de tiques répertoriées au Québec sont dangereuses. Or, ce n’est pas le cas ».

À partir de la collaboration citoyenne, les cartes disponibles sur Etick.ca (site bilingue) se remplissent peu à peu d’information pointue et à petite échelle. 

« Nous aurons ainsi d’ici quelques années un échantillonnage assez élaboré pour transmettre de l’information rigoureuse quant à la situation prévalant dans l’environnement de tel ou tel réseau de sentiers pédestres par rapport à d’autres », utilise comme exemple la professeure Savage afin de démontrer l’utilité qu’en retireront à leur tour les Estriens. 

Lancé avec un appui financier de 5000 $ de l’Université Bishop’s et de 20 000 $ du ministère de la Santé, voilà un autre projet effectuant beaucoup de chemin avec peu d’argent. 

La formule d’adhésion volontaire est similaire à celle qui permet au personnel de la Faune d’assurer une surveillance préventive continue sur la maladie débilitante du cerf (MDC) à partir des restes de bêtes récoltées par les chasseurs. Lorsqu’un cas de MDC a été déclaré dans une ferme d’élevage de cerfs rouges des Laurentides, il a été utile et rassurant pour tous d’apprendre qu’aucun des 1300 chevreuils de l’Estrie examinés depuis 10 ans n’était porteur de cette maladie hautement contagieuse.

Le grand décompte sur l'île d'Anticosti

CHRONIQUE / C’est une année de recensement sur l’île d’Anticosti où les résultats de chasse viendront bonifier le travail des scientifiques ayant procédé au cours des derniers mois à un inventaire aérien ainsi qu’à la collecte de données sur le terrain afin de fixer le cheptel de chevreuils à la fin de l’automne.

Quand on se compare, on se console. Québec nous a promis deux inventaires rapprochés, un au début et l’autre à la fin du programme expérimental de protection des jeunes mâles mis à l’essai pour cinq ans dans les zones 6 sud et 6 nord de l’Estrie. Or, la dernière opération du genre remonte à 2005 à Anticosti.

Bien que les cerfs n’aient pas de prédateurs naturels sur l’île à l’exception des chasseurs, personne ne s’attend à une hausse des 166 000 bêtes estimées il y a une douzaine d’années.

« On pense plutôt entre 100 000 et 120 000, on verra. Nous aurons à tout le moins des données fraîches à fournir aux clients qui nous posent des questions après trois saisons difficiles au cours desquelles la récolte a chuté à 1,73 cerf/chasseur. Cette année, des signes encourageants donnent à penser que nous pourrons revenir au ratio plus normal de 1,85 cerf/chasseur » commente le responsable du service à la clientèle de la Sépaq Anticosti, Robin Plante.

Une prudence dictée par des hivers successifs éprouvants, un facteur de mortalité bien plus important que la récolte par les chasseurs. Celle-ci est passée de 8609 cerfs en 2005 à 6032 bêtes en 2017 sur les territoires de la Sépaq et des pourvoiries de l’île d’Anticosti.

Si les inventaires sont aussi rares, c’est qu’ils sont coûteux. Québec doit y consacrer trois quarts de million de dollars. Ce prix paraît exorbitant jusqu’à ce qu’on réalise que pour couvrir une superficie équivalente à celle de l’île, il faudrait recenser les chevreuils de Sherbrooke jusqu’à Lévis!

Le cheptel d’Anticosti n’est pas en danger, loin de là. Une séquence favorable de quelques hivers cléments, comme c’est le cas pour l’Estrie, provoquerait la même explosion que celle observée ici. Mais il était essentiel pour les dirigeants de la Sépaq Anticosti de connaître l’évolution réelle de la ressource.

« Le temps de savoir, l’offre de séjours a été quelque peu réduite afin de faire notre part en diminuant la pression de chasse » a précisé M. Plante lors d’une présentation à des chroniqueurs spécialisés invités sur l’île. J’étais du nombre.

L’image de prestige de l’île d’Anticosti de même que ses attraits naturels lui assurent toujours une bonne cote de popularité. N’en reste pas moins que le programme de restriction de la taille légale des bois (RTLB) expérimenté en Estrie fera naître de la concurrence à « l’île aux trophées ».

Le segment des mâles, le plus recherché, n’a représenté que 46 % de la récolte totale l’an dernier à Anticosti alors que ce ratio était de 54 % en 2005. Pendant ce temps en Estrie, bien que la protection des jeunes mâles ait obligé les chasseurs à se montrer plus sélectifs et qu’elle ait entraîné une baisse de 28 % de la récolte totale de cerfs à l’automne 2017, les mâles adultes ont tout de même représenté 44 % des bêtes abattus dans la zone 6 sud, où le projet RTLB en sera à sa deuxième année d’application. Cette proportion devrait augmenter car, à peine un an plus tard, le nombre de mâles arborant un panache convoité est déjà impressionnant sur les deux territoires désignés pour le RTLB.

On peut donc s’attendre à ce que le gouvernement provincial subisse d’énormes pressions au cours des prochaines années pour étendre ce mode de gestion aux autres régions du sud et du centre du Québec ainsi qu’à l’Outaouais, ce qui viendrait multiplier les opportunités d’une chasse de qualité à coûts moindres.

Conscients d’une possible évolution en ce sens de leur marché, les dirigeants de la Sépaq Anticosti entendent plus que jamais miser sur « l’expérience client ». Je vous en reparlerai, c’est tout simplement grisant.

On tue la une!

CHRONIQUE / La redoutable maladie débilitante du cerf (MDC) est entrée au Québec. Même si la première victime est un cerf d’élevage d’une ferme des Laurentides, une sérieuse menace pèse sur notre abondant cheptel de cerfs sauvages si les risques de propagation ne sont pas contrés rapidement et efficacement.

Il aura cependant suffi que le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) évoque une possible interdiction de chasse localisée pour que la manchette se répande comme le scénario sombre d’une saison à oublier dans tout le Québec. Il n’en est rien

Chasseurs de l’Estrie, à vos armes : la saison de chasse à l’arc au chevreuil débutera, comme prévu, ce samedi dans la zone 4, et le samedi suivant dans les zones 6 nord et 6 sud. À moins d’une hécatombe et selon les variantes du calendrier de chasse, ce sera d’ailleurs le cas dans l’ensemble de la province à l’exception des zones 9 ouest et 10 est.

« S’il devait y avoir interdiction de chasse, elle ne frapperait pas l’entièreté de ces zones. Elle se limiterait au voisinage du secteur concerné afin de sécuriser ce périmètre et bien évaluer le rayon de propagation. Notre vigilance sera par contre renforcée dans l’ensemble du Québec pour être à l’affût du moindre signe de contamination », précise le porte-parole du MFFP, Nicolas Bégin

L’élevage de cerfs rouges étant considéré comme une production agricole, la filière administrative de l’Agriculture s’emploie de son côté à reconstituer le parcours de la bête infectée, son origine autant que ses déplacements, afin d’identifier d’autres points de vérification.

La maladie débilitante du cerf s’apparente à celle de la vache folle. Elle évolue lentement, mais les dommages causés au cerveau condamnent l’animal à une mort certaine.

« Une période de 18 à 48 mois peut s’écouler entre la contamination et l’apparition des symptômes. Les 9500 analyses effectuées de manière préventive au cours des dix dernières années sur des carcasses de cerfs de Virginie nous sécurisent par contre, puisqu’il n’y a encore jamais eu de cas en milieu naturel au Québec », précise M. Bégin.

« Le gouvernement du Québec n’a aucun intérêt à brimer les chasseurs puisqu’ils sont les précieux collaborateurs fournissant les bêtes à analyser. Nous partageons les préoccupations et nous souscrivons au devoir de vigilance. La transmission d’informations aux chasseurs ainsi qu’à la population en général est fondamentale afin de démontrer à quel point l’enjeu est grand », réagit pour sa part Alain Cossette, directeur général de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs (FédéCP).

L’information disponible sur le site mffp.gouv.qc.ca permet notamment d’apprendre que la Montérégie et l’Estrie sont les deux régions où ces vérifications ont été les plus fréquentes entre 2006 et 2017 puisqu’elles sont les plus propices à une contamination en provenance de la Nouvelle-Angleterre.

Le dernier cas de MDC répertorié avait été signalé en 2005 dans l’État de New York. Le plan d’intervention alors déployé par nos voisins américains a porté fruit.  

Le Québec a tout de même pris la décision d’interdire l’importation de carcasses de cerfs sur son territoire à moins que la tête n’en soit détachée. Auparavant, ce n’était qu’une formalité aux douanes canadiennes de rapporter une carcasse entière d’une excursion de chasse au Vermont ou au New Hampshire.

Le comportement grégaire des chevreuils ainsi que la forte densité de son cheptel font de l’Estrie un territoire à très haut risque. La vitesse de propagation de la grippe ou de la gastro chez les humains durant les rencontres familiales du temps des fêtes est une bonne façon de décrire le danger d’une possible épidémie.

Il n’est pas recommandé de manger la viande d’une bête qui est atteinte de la MDC. Comme rien ne porte à croire que ce soit le cas en Estrie ou ailleurs au Québec, les chasseurs n’ont pas à craindre de consommer la venaison rapportée.

Coureur des bois

La pêche aux électeurs se poursuit

Les chasseurs et les pêcheurs du Québec ont droit de la part de certains partis à une attention n’ayant pas été aussi manifeste au cours des dernières campagnes provinciales. J’ai recensé les engagements annoncés ça et là en contactant les quatre principales formations politiques.

Sans favoritisme, simplement parce que la Coalition Avenir Québec (CAQ) a été la première à prendre le parti des pêcheurs en promettant de s’attaquer aux mesures restreignant l’accès aux plans d’eau, voici d’autres intentions de ce parti.

Un gouvernement de la CAQ se soucierait de moderniser le système de vente des permis en considérant la vente en ligne. Il s’inspirerait d’une pratique instaurée dans les ZECS pour offrir la gratuité aux moins de 17 ans pour la pêche ainsi que pour la chasse au petit gibier. 

D’autre part, le parti de François Legault veut mettre fin à la hausse jugée « exorbitante » des baux de villégiature décrétée par le gouvernement libéral et promet un examen rigoureux afin de déterminer si l’augmentation du prix des permis de pêche et de chasse est la principale cause de la baisse dans les ventes totales de permis.

Le Parti Québécois, lui, stimulerait le parrainage de la relève en offrant un rabais de 20 % sur le permis de pêche et de 50 % sur un permis de gros gibier au mentor d’une recrue. Il offrirait lui aussi la gratuité pour pêcher jusqu’à l’âge de 18 ans de même qu’au cours de l’année d’initiation à la chasse.

Avant de réviser la tarification des baux de villégiature, le PQ veut en doubler le nombre estimant que plus de Québécois devraient pouvoir profiter de telles opportunités à la suite de tirages au sort. Un gouvernement péquiste rétablirait une table de concertation qui aurait le mandat d’établir la juste tarification.

Sur la question de l’immatriculation des armes à feu, péquistes et caquistes se présentent en gardiens pour éviter de possibles dérives comme celle qui s’était produite avec l’ancien registre fédéral. Mais aucune des deux formations politiques va aussi loin que l’ex-premier ministre conservateur, Stephen Harper, qui a tenu sa promesse d’abolir le registre des armes d’épaule qu’il jugeait trop coûteux et inutile.

Le PQ serait cependant enclin à repousser la date limite du 22 janvier 2019 à partir de laquelle les délinquants à cette nouvelle réglementation provinciale seront passibles d’amende pouvant atteindre 5000 $.

Les caquistes rappellent que François Legault est le seul chef à avoir permis à ses députés de voter librement sur le projet d’immatriculation des armes. Le tiers des membres du caucus s’y est d’ailleurs opposé.

À cela, les libéraux rétorquent qu’au même titre que tous les autres chefs impliqués dans la présente campagne, M. Legault a voté en faveur de la Loi 64  dont le gouvernement sortant maintient le bien-fondé. Le contrôle instauré suivrait son cours sans remise en question à la suite d’une réélection des libéraux.

De la même façon, un gouvernement libéral poursuivrait le projet expérimental de chasse au cerf de Virginie mis à l’essai pour cinq ans en Estrie. La protection des jeunes mâles vise à rehausser la qualité de chasse avec la récolte prévisible d’ici quelques années de plus de mâles matures.  

Le programme RTLB (en référence aux restrictions sur la taille légale des bois imposées dans les zones 6 Nord et 6 Sud de la région) ne serait pas compromis par un changement de gouvernement. Caquistes ou péquistes n’en manifestent en tout cas aucunement l’intention pour le moment.

Le Parti libéral du Québec n’a communiqué aucun autre engagement, prétextant que c’est le chef Philippe Couillard qui pourrait le faire d’ici la fin de la campagne. La formation Québec solidaire a quant à elle décliné l’offre d’exposer sa vision de la chasse et de la pêche.