Épargné par un troisième hiver clément consécutif, le cheptel de chevreuils de l’Estrie est à la hausse, un accroissement naturel qu’accentue également la mesure de protection des jeunes mâles mise à l’essai pour une période de cinq ans dans la région.

Un œil sur l’abondance, l’autre sur le changement

CHRONIQUE / L’hiver est cette année comme une mauvaise toux qui traîne, mais il n’est pas facteur d’inquiétude quant à la santé du cheptel de chevreuils de l’Estrie.

Au contraire, il pose aux gestionnaires de la Faune le double défi de contrôler l’accroissement naturel de la population en même temps que les impacts de la protection des jeunes mâles, une mesure spéciale instaurée sur une base expérimentale dans les zones 6 Nord et 6 Sud de la région.

Les relevés des derniers mois situent l’indice de rigueur à 71 % d’un hiver moyen dans la zone 6 Sud et à 70 % dans la zone 4. Ces dernières couvrent les deux tiers du territoire estrien et sont aussi les plus sensibles aux hivers éprouvants qui augmentent la mortalité chez les chevreuils.

« Ces deux zones viennent de connaître un troisième hiver consécutif sous la moyenne et même une bordée tardive ne viendrait pas changer la trame de fond favorisant une expansion des populations. Dans les deux cas, une augmentation du nombre de permis pour la chasse aux cerfs sans bois est indiquée », observe le biologiste Éric Jaccard, responsable de la grande faune en Estrie.

À 114 %, l’indice NIVA (calculé à partir du couvert de neige de même qu’en tenant compte du nombre de jours au cours desquels le niveau d’enfoncement a atteint le seuil critique pour les cerfs) dépasse toutefois la moyenne pour une deuxième année de suite dans la zone 6 Nord.

Un hiver dit rigoureux est cependant moins dévastateur dans les secteurs agricoles de Richmond, Valcourt ou Drummondville qu’au milieu de l’épais couvert forestier retardant la fonte des neiges dans les secteurs montagneux longeant la frontière.

« L’historique étant propre au climat de chaque zone, c’est un facteur de pondération important. Le nombre de faons observés ces temps-ci dans les champs indique d’ailleurs qu’il n’y a pas eu de mortalité sévère non plus dans la zone 6 Nord à cause de l’hiver » relève le biologiste.

La restriction de la taille des bois (RTLB) dans les zones 6 Nord et 6 Sud est un autre facteur poussant le cheptel à la hausse puisqu’au terme de la première de cinq années d’expérimentation, la protection des jeunes mâles a entraîné des baisses de la récolte par les chasseurs de 22 % et de 28 % dans ces deux zones l’automne dernier.

« Tous les indicateurs pointent dans le même sens : il faut viser un plus grand prélèvement durant la chasse » résume M. Jaccard.

La frappe supplémentaire que les gestionnaires de la faune jugent nécessaire ne sera toutefois pas assurée tant que le taux d’utilisation des permis émis par tirage au sort pour récolter un cerf sans bois demeurera aussi faible. Dans la 6 Nord, les permis disponibles n’ont même pas tous trouvé preneurs, faute de postulants.

La réalité étant que l’abondant cheptel de chevreuils dans la région nourrit depuis plus de 20 ans la préférence « d’attendre le gros buck » jusqu’au dernier jour...

« Le projet RTLB a démarré dans une certaine confusion et il ne fallait pas s’attendre à ce que toutes les perceptions changent dès la première saison d’application. Précipiter les choses avec d’autres changements risquerait de nous plonger dans un épais brouillard ».

Le biologiste Jaccard convient que plus les années passeront, plus l’attrait du trophée sera fort étant donné que les mâles matures seront plus nombreux.

« La réaction des chasseurs, l’accès aux différents segments, l’équilibre qui devrait se créer et qui est souhaitable pour répondre à la volonté des participants d’améliorer la qualité de chasse, tout cela fait partie de l’adaptation dans le temps ainsi que de l’analyse qui se fera durant la période expérimentale de cinq ans », ajoute-t-il.

En parallèle du RTLB, les gestionnaires de la Faune sont à préparer le prochain plan de gestion du cerf de Virginie devant s’appliquer à compter de 2020.