Le registre québécois sera vraiment simple et fluide alors que les visions contradictoires de Québec et d’Ottawa sur la gestion des armes à feu nous ont menés à la Cour suprême?

Si simple... et tellement efficace !

CHRONIQUE / Sans prétendre offrir un gilet pare-balles aux Québécois, le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a vanté ces derniers jours l’utilité du rétablissement de l’enregistrement obligatoire des armes de chasse au Québec. « Cet outil supplémentaire de prévention, réclamé par plusieurs regroupements et associations dont les organisations policières, permettra un meilleur contrôle des armes à feu sur le territoire québécois, ce qui évitera bien des drames », a-t-il justifié.

Ce n’est évidemment que coïncidence, si la mise en application de cette loi provinciale s’intercale dans les bulletins de nouvelles entre les reportages du premier anniversaire de la tuerie de Québec.

« Il n’y a aucun lien entre les deux », assure le ministre Coiteux

Hasard, as-tu souvenir d’autres inquiétudes ayant déjà été exprimées par nos protecteurs politiques concernant la sécurité?

Le hasard a des défauts, mais l’intégrité est une question d’honneur pour lui. C’est pourquoi il m’a répondu dans l’heure qui a suivi, me renvoyant à une lettre de protestation que le gouvernement Couillard avait expédiée à Ottawa à l’été 2014.

« Après l’abolition du registre des armes d’épaule, il est décevant de constater que votre gouvernement semble vouloir assouplir encore davantage le contrôle des armes à feu au pays » reprochait Québec dans une lettre cosignée par deux ministres : Lise Thériaut, alors à la Sécurité publique, et Jean-Marc Fournier, à titre de responsable des Affaires intergouvernementales.

Les représentations québécoises portaient sur plusieurs volets, notamment sur le fait qu’Ottawa avait autorisé par décret et sans consultation l’utilisation les armes de type CZ 858 pour le tir récréatif alors qu’aucun champ de tir québécois ne détenait la certification provinciale requise.

La CZ 858 est une arme semi-automatique s’apparentant davantage à une mitraillette qu’à une carabine utilisée pour chasser l’orignal ou le chevreuil. Richard Henri Bains s’était présenté au Métropolis avec l’une de ces armes, en 2012, avec l’intention d’éliminer Pauline Marois qui venait d’être élue première ministre du Québec. Un technicien de scène est tombé sous ses balles.

La Gendarmerie royale du Canada avait annoncé en 2014 le retrait imminent de ce modèle de la liste des armes autorisées au Canada. Le gouvernement de Stephen Harper a décidé du contraire tout juste avant d’être renversé à l’élection fédérale d’octobre 2015.

En plus des deux pistolets à autorisation restreinte, qui auraient dû lui être retirés de manière préventive selon les règles applicables aux détenteurs d’armes soignés pour des dépressions, l’auteur de l’attentat à la mosquée de Québec, Alexandre Bissonnette, détenait le même type d’arme que Bains, avec un chargeur pouvant contenir jusqu’à 30 cartouches contre seulement cinq pour la majorité des armes utilisées par un chasseur. Fort heureusement, dans un cas comme dans l’autre, le mécanisme de l’arme s’est enrayé à l’heure de la folie.

Encore aujourd’hui, vous n’aurez aucune difficulté à trouver sur internet un fournisseur prêt à vous en livrer ce type d’arme au Canada. Le gouvernement Couillard a-t-il abdiqué, pourquoi est-il devenu aussi silencieux et préfère-t-il mettre son registre à l’avant-plan?

Une autre coïncidence, évidemment.

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Mon père a perdu la forme et l’intérêt pour la chasse bien avant son décès, l’automne dernier, à l’âge de 86 ans. Citoyen soucieux des lois, il s’était assuré de léguer ses armes à des membres de sa famille ayant les certifications requises. Une fois ce partage effectué, il ne lui était plus nécessaire de détenir un permis de possession renouvelable aux cinq ans.

Le bureau du contrôleur des armes à feu du Québec m’a confirmé avoir fermé définitivement son dossier le 21 septembre, quelques jours après la réception de son acte de décès. Par contre, une lettre de la GRC nous est parvenue plus tard, nous informant « qu’un examen de ses dossiers avait révélé que le client mentionné ci-dessus (notre père) est détenteur d’un permis d’armes à feu ».

Au lieu de nous fournir le numéro de ce permis comme information potentiellement utile pour passer à travers le reste de la paperasse, la police fédérale nous a demandé de l’inscrire, seulement « si connu »!!!!, dans la Déclaration relative à l’autorisation d’agir au nom d’une succession.

Pour autant que les armes soient entre les mains de détenteurs de permis fédéraux, la GRC ne cherchera aucunement à savoir qui, parce que l’enregistrement n’est plus obligatoire dans le reste du pays. Aucune cession officielle sous supervision gouvernementale n’est requise. Y’a que la Sûreté du Québec qui s’en préoccupera.

Et vous essayez de me faire croire, Monsieur Coiteux, que votre registre provincial sera simple, fluide et qu’il ne se perdra pas dans des paliers superposés alors que vos visions contradictoires avec Ottawa nous ont menés jusqu’à la Cour suprême?

Ça prendra plus que vos nobles intentions pour m’en convaincre.