Après une dizaine d’années de protection des jeunes mâles, les membres du Club du Fer à Cheval ont plutôt accordé l’immunité aux femelles cette saison. Le président Marco Grégoire est parmi ceux qui ont profité de ce leurre naturel pour récolter un trophée.

Le petit laboratoire

CHRONIQUE / La majorité des chasseurs de chevreuils de l’Estrie ont rangé leurs armes depuis dimanche. Il ne reste que le segment à la poudre noire dans la zone 4, de samedi et jusqu’à mercredi, avant de passer à l’étape des bilans.

Il est évidemment trop tôt pour décrire l’impact de la première saison d’application du programme de Restriction de la taille des bois (RTLB) dans les zones 6 Nord et 6 Sud. Les gestionnaires de la Faune sont à compiler les données et présenteront dès que possible un rapport détaillé.

Pendant ce temps, à plus petite échelle, un club de la région, dont les membres avaient souscrit sur une base volontaire depuis une dizaine d’années à la protection des jeunes mâles, a vécu une saison d’adaptation. Ce sont les femelles qui ont eu droit à l’immunité quasi complète cette année sur le territoire du Club du Lac Fer à cheval.

« Comme nous n’obtenions pas de résultats significatifs au niveau de l’accroissement de mâles matures, il a fallu s’admettre que notre territoire n’était pas nécessairement propice à la rétention des jeunes mâles que nous protégions. Notre récolte stagnait et les femelles constituaient bon an mal an autour de 70 % de la récolte. Il fallait essayer autre chose » met en contexte le président de l’Association, Marco Grégoire.

Les membres ont convenu de limiter le prélèvement de cerfs sans bois à la seule saison de l’arc et de l’arbalète. Aucune femelle n’a finalement été récoltée.

À l’opposé, la récolte de jeunes mâles a été autorisée. Cette initiative locale n’allait pas à l’encontre des visées provinciales puisque les 12 000 acres que ce club loue de la forestière Domtar se trouvent dans la zone 4, donc à l’extérieur du périmètre désigné par Québec pour le RTLB.

Le tableau de chasse y a complètement changé puisque les 14 cerfs abattus par les membres sont des mâles, et certains sont particulièrement costauds. Le président Grégoire a récolté dans la pluie et le vent de dimanche dernier un mâle dominant de 10 pointes et pesant 210 lb, qui collait aux traces d’une femelle en chaleur.

« C’est carrément elle qui me l’a donné! D’autres membres ont également bénéficié de ce leurre naturel au cours de cette saison tardive qui était favorable aux chasseurs. Si vous prélevez beaucoup de femelles en début de saison, les mâles agrandissent leur zone de prospection et vous les poussez peut-être chez les voisins ».

Guy Roy est un chasseur de ce club à avoir vécu d’intenses émotions en récoltant un mâle de 240 lb.

« Je ne veux surtout pas insinuer ou présumer que le programme expérimental RTLB sera un coup d’épée dans l’eau. Nous avons un tout petit laboratoire à côté de la superficie étudiée par les scientifiques qui, elle, couvre une bonne partie de l’Estrie. Ce dont nous pouvons témoigner par contre, c’est qu’une approche linéaire n’est pas nécessairement gage de succès. Pendant combien de temps allons-nous privilégier la protection des femelles à celles des jeunes mâles? Les observations sur le terrain et la tendance des récoltes nous le dicteront », précise M. Grégoire.

Les cibles du RTLB ne changeront sûrement pas aussi radicalement, mais il est déjà écrit dans le ciel que des ajustements seront également nécessaires dans l’immense laboratoire que sont les zones 6 Nord et 6 Sud au cours de l’expérience provinciale de cinq ans. À suivre.