Les résultats de la chasse d’automne compléteront la mise à jour du cheptel de chevreuils entreprise au cours de l’été sur l’île d’Anticosti, une opération d’envergure qui n’avait pas été effectuée depuis 2005. Bien peu de gens s’attendent à un résultat aussi élevé que les 166 000 bêtes qui avaient alors été estimées.

Le grand décompte sur l'île d'Anticosti

CHRONIQUE / C’est une année de recensement sur l’île d’Anticosti où les résultats de chasse viendront bonifier le travail des scientifiques ayant procédé au cours des derniers mois à un inventaire aérien ainsi qu’à la collecte de données sur le terrain afin de fixer le cheptel de chevreuils à la fin de l’automne.

Quand on se compare, on se console. Québec nous a promis deux inventaires rapprochés, un au début et l’autre à la fin du programme expérimental de protection des jeunes mâles mis à l’essai pour cinq ans dans les zones 6 sud et 6 nord de l’Estrie. Or, la dernière opération du genre remonte à 2005 à Anticosti.

Bien que les cerfs n’aient pas de prédateurs naturels sur l’île à l’exception des chasseurs, personne ne s’attend à une hausse des 166 000 bêtes estimées il y a une douzaine d’années.

« On pense plutôt entre 100 000 et 120 000, on verra. Nous aurons à tout le moins des données fraîches à fournir aux clients qui nous posent des questions après trois saisons difficiles au cours desquelles la récolte a chuté à 1,73 cerf/chasseur. Cette année, des signes encourageants donnent à penser que nous pourrons revenir au ratio plus normal de 1,85 cerf/chasseur » commente le responsable du service à la clientèle de la Sépaq Anticosti, Robin Plante.

Une prudence dictée par des hivers successifs éprouvants, un facteur de mortalité bien plus important que la récolte par les chasseurs. Celle-ci est passée de 8609 cerfs en 2005 à 6032 bêtes en 2017 sur les territoires de la Sépaq et des pourvoiries de l’île d’Anticosti.

Si les inventaires sont aussi rares, c’est qu’ils sont coûteux. Québec doit y consacrer trois quarts de million de dollars. Ce prix paraît exorbitant jusqu’à ce qu’on réalise que pour couvrir une superficie équivalente à celle de l’île, il faudrait recenser les chevreuils de Sherbrooke jusqu’à Lévis!

Le cheptel d’Anticosti n’est pas en danger, loin de là. Une séquence favorable de quelques hivers cléments, comme c’est le cas pour l’Estrie, provoquerait la même explosion que celle observée ici. Mais il était essentiel pour les dirigeants de la Sépaq Anticosti de connaître l’évolution réelle de la ressource.

« Le temps de savoir, l’offre de séjours a été quelque peu réduite afin de faire notre part en diminuant la pression de chasse » a précisé M. Plante lors d’une présentation à des chroniqueurs spécialisés invités sur l’île. J’étais du nombre.

L’image de prestige de l’île d’Anticosti de même que ses attraits naturels lui assurent toujours une bonne cote de popularité. N’en reste pas moins que le programme de restriction de la taille légale des bois (RTLB) expérimenté en Estrie fera naître de la concurrence à « l’île aux trophées ».

Le segment des mâles, le plus recherché, n’a représenté que 46 % de la récolte totale l’an dernier à Anticosti alors que ce ratio était de 54 % en 2005. Pendant ce temps en Estrie, bien que la protection des jeunes mâles ait obligé les chasseurs à se montrer plus sélectifs et qu’elle ait entraîné une baisse de 28 % de la récolte totale de cerfs à l’automne 2017, les mâles adultes ont tout de même représenté 44 % des bêtes abattus dans la zone 6 sud, où le projet RTLB en sera à sa deuxième année d’application. Cette proportion devrait augmenter car, à peine un an plus tard, le nombre de mâles arborant un panache convoité est déjà impressionnant sur les deux territoires désignés pour le RTLB.

On peut donc s’attendre à ce que le gouvernement provincial subisse d’énormes pressions au cours des prochaines années pour étendre ce mode de gestion aux autres régions du sud et du centre du Québec ainsi qu’à l’Outaouais, ce qui viendrait multiplier les opportunités d’une chasse de qualité à coûts moindres.

Conscients d’une possible évolution en ce sens de leur marché, les dirigeants de la Sépaq Anticosti entendent plus que jamais miser sur « l’expérience client ». Je vous en reparlerai, c’est tout simplement grisant.