Il est inacceptable qu’un citoyen tronque la vérité et s’approprie la légitimité et la crédibilité du gouvernement, encore moins en situation de crise.

La chasse aux âneries

Quiconque a déjà vu un orignal ravagé par le ver des méninges approuve le geste professionnel et humain de mettre fin à son calvaire. Ce parasite attaquant le cerveau, l’animal est désorienté, il perd peu à peu son instinct de survie jusqu’à devenir carrément apathique.

J’ai déjà rapporté des cas de ce genre en Estrie sans avoir jamais entendu le moindre reproche envers les agents de protection de la faune ayant abattu une bête à la suite d’un signalement.

Or, un bon gérant d’estrade a commenté sur les médias sociaux une vidéo ayant été tournée à Vallée-Jonction, en Beauce, en insinuant que c’est le garde-chasse « qui aurait mérité une balle entre les deux yeux » pour avoir agi de cette façon à l’égard d’un orignal qui, selon les gestionnaires fauniques, avait développé un comportement erratique à cause de cette maladie. 

J’appuie sans réserve la plainte logée à la Sûreté du Québec et défendue par le syndicat des agents de protection de la faune puisqu’en patrouille ou dans le cadre d’opérations planifiées, ces gardiens de l’ordre se retrouvent pratiquement toujours en présence de personnes armées. Davantage que les policiers, mêmes! C’est pourquoi ils doivent être protégés contre toutes les formes de menaces, sérieuses ou frivoles, explicites ou indirectes.

Au même titre que les policiers d’ailleurs, les agents de protection de la faune ont de plus en plus souvent à travailler en présence de témoins captant des images qui sont ensuite rendues publiques sans mise en contexte.

La faute n’est pas là, elle est dans la propension à rendre des jugements tranchants au mépris de la connaissance des faits. C’est un autre exemple de débordement sur les réseaux sociaux pour lequel il faut tracer des limites. 

Dans le même rayon, parlons de l’imposture commise avec la diffusion d’un message qui portait le logo du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) et qui annonçait une interdiction de chasse en Montérégie jusqu’à la fin de la saison au chevreuil, sous prétexte qu’il y avait eu prolifération de cas de cerfs atteints de la maladie débilitante chronique (MDC) dans ce secteur.

« FAUSSE NOUVELLE », ont vite rectifié les autorités provinciales après avoir été informées du canular qui avait été affiché sur un babillard de la Caisse populaire de Dunham.

« Une pareille initiative n’était pas souhaitable sur un sujet aussi sensible. Des vérifications sont effectuées, mais il ne sera pas aisé d’en découvrir la source », commente un porte-parole du ministère, Nicolas Bégin.

La province est toujours en alerte, redoutant une contamination du cheptel de chevreuils sauvages qui, fort heureusement, est toujours exempt de la MDC. Mais un troisième cas vient d’être confirmé au sein du troupeau de cerfs rouges d’une ferme d’élevage des Laurentides.

Autant la menace visant un agent de protection de la faune est à prendre au sérieux, autant le MFFP devrait se montrer déterminer à trouver l’auteur du document truqué s’avérant un méfait public, en se référant au Code criminel. 

Car, l’initiative visait délibérément à tromper, non seulement un agent de la paix pour l’envoyer sur une fausse piste d’enquête, mais à brimer des citoyens dûment autorisés à pratiquer la chasse, avec la conséquence possible d’engendrer d’inutiles conflits avec celles et ceux qui désapprouvent ce mode de gestion de la ressource faunique.

S’approprier la légitimité et la crédibilité du gouvernement dans une pareille situation de crise est un manque de jugement plus grave et encore moins tolérable.

J’ai songé à titrer cette chronique « La chasse aux cons ». Je me suis ravisé, car j’aurais ainsi propagé le mépris se cachant derrière les comportements dénoncés. 

En choisissant plutôt « La chasse aux âneries », je limite pour le moment mon jugement aux gestes, accordant à ceux ou celles qui les ont posés la possibilité de se justifier. Mais qu’on les force à s’assumer!