Le président du Regroupement des pêcheurs à la mouche de Sherbrooke, Jean-Pierre Tétrault, est de ceux qui se sont déjà offerts un voyage de rêve pour pêcher le saumon dans le Grand Nord du Québec. M. Tétrault et son équipe de bénévoles n’ont toutefois pas chômé au cours du dernier weekend ayant reçu pas moins de 400 personnes au parc Blanchard dans le cadre du Forum Spey.

Du Walmart aux pourvoiries du Nord

CHRONIQUE / Les bottes-pantalon du ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Luc Blanchette, ont pris l’eau dans le courant de restrictions qu’il a voulu imposer pour la pêche au saumon dans le Nord-du-Québec jusqu’à ce que la grogne populaire l’oblige à présenter des assouplissements.

Alors que le ministre Blanchette proposait au départ de rendre le séjour complet en pourvoirie obligatoire pour tous les pêcheurs fréquentant les rivières les plus au nord, il appert que les déboursés supplémentaires se limiteront au paiement d’un tarif d’accès quotidien comparable aux droits exigés pour pêcher le saumon atlantique partout ailleurs au Québec.

Le gouvernement provincial ne précise pas ce montant dans le communiqué de presse saluant « l’implication des intervenants du milieu ayant proposé de nouvelles modalités pour favoriser l’accessibilité au territoire pour l’ensemble des pêcheurs sportifs de saumon ».

« Selon ce qui ressort de nos discussions avec le ministre, il s’agirait d’une tarification maximale de 75 $ par jour », précise quant à elle Vicky Boivin de la Fédération des pourvoyeurs du Québec, l’une des trois associations provinciales ayant participé à la révision de la politique gouvernementale.

La Fédération des pêcheurs de saumon du Québec de même que le groupe Aviateurs Québec appuient publiquement cette mesure tarifaire.

« La bonne nouvelle est de voir reculer le gouvernement sur le principe. Sans document confirmant le montant, les modalités d’application et l’obligation pour tous les pourvoyeurs de s’y conformer, il nous est difficile de porter un jugement sur le dénouement », commente pour sa part le directeur général de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs (FédéCP), Alain Cossette.

Tous s’entendent cependant que cet enjeu ne concerne qu’une frange des adeptes de la pêche au saumon, incluant le président du Regroupement des pêcheurs à la mouche de Sherbrooke (RPMS), Jean-Pierre Tétrault, qui a pris part à une excursion de pêche au saumon sur la rivière Georges en 2016.

« Ne le nions pas, c’est un voyage de luxe coûtant au moins 10 000 $. Nous ne sommes pas parmi les gens en moyens s’offrant ces excursions année après année. Pour nous, c’était l’expérience d’une vie. N’ayant pas croisé dans ces secteurs isolés de pêcheurs en camping et s’étant déplacés par leurs propres moyens, je comprends que le ministre ait voulu mettre dans le ciment la réalité vécue par la majorité. Par contre, sa façon de présenter la chose a été d’une extraordinaire maladresse », juge le président du RPMS.

Luc Blanchette s’est empêtré une première fois en affirmant que « les autres Québécois voulant s’adonner à cette pêche n’ont qu’à aller dans les rivières à saumon du sud du Québec ». Il a heurté encore plus de susceptibilités en affirmant que la clientèle des pourvoiries du Grand Nord n’est pas « du type Walmart ». Une comparaison pour laquelle le ministre s’est par la suite excusé.

La pêche au saumon n’est pas qu’une affaire de bourgeois, fait valoir le pêcheur sherbrookois d’expérience.

« Il y a des gens de toutes les classes sociales qui s’initient et qui développent la passion de la pêche à la mouche. Tous ces amateurs deviennent candidats à des excursions pour pêcher le saumon, la truite et plusieurs autres espèces » fait valoir M. Tétrault en s’appuyant sur la participation de 400 personnes, dont 43 jeunes recrues, au Forum Spey s’étant déroulé au cours du dernier week-end à Sherbrooke.