Après seulement deux saisons d’application du RTLB, les mâles matures compensent en quasi-totalité dans la zone 6 sud le nombre de juvéniles qui étaient auparavant calculés dans la récolte et qui sont actuellement protégés. Le redressement est cependant plus lent dans la zone 6 nord.

2e saison du RTLB : la récolte remonte près de la moyenne de cinq ans

CHRONIQUE / L’importante baisse dans la récolte de chevreuils provoquée en 2017 par la protection des jeunes mâles a été effacée en quasi-totalité l’automne dernier dans la zone 6 sud alors que la reprise a été plus modeste dans la zone 6 nord. L’ajout de la zone 4 au portrait permet de conclure que la récente saison de chasse au cerf de Virginie a été fructueuse sur l’ensemble du territoire de l’Estrie.

Les statistiques récemment mises en ligne sur le site du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) tendent à démontrer que les objectifs visés avec la restriction de la taille des bois (RTLB) sont réalistes. Ce projet en était à sa deuxième de cinq années d’expérimentation dans la région.

Ainsi, la récolte de 2018 surpasse celle qui avait chuté brutalement de 28 % l’année précédente dans la zone 6 sud (voir tableau). Le rattrapage n’est pas complet par rapport à 2016, mais cette comparaison fausse quelque peu le portrait puisque cette saison avait été la meilleure des cinq dernières années.

En se référant plutôt aux statistiques quinquennales, on constate que les 6079 bêtes enregistrées l’automne dernier par les chasseurs dépassent la moyenne de cinq ans (5745) dans la zone 6 sud et cela, malgré l’interdiction d’abattre les mâles d’un an et demi, appelés daguets ou spikes, qui constituaient auparavant les deux tiers de la récolte à l’arme à feu sur ce territoire.

Dans la zone 6 nord, le gain de 7 % n’efface qu’une partie du recul des deux dernières années. Les résultats de 2018 sont néanmoins comparables à ceux de 2015 et le manque à gagner de 159 cerfs par rapport à la moyenne sur cinq ans représente un écart négatif d’à peine 5 %.

En proportion des permis spécifiques obligatoires, les gestionnaires fauniques ont pu établir que le taux de succès des chasseurs inscrits au RTLB est passé de 38,7 % à 44,5 %. Les 20 194 participants de cette année ont représenté sensiblement le même nombre que les 19 433 de 2017.

« Les résultats de la dernière saison devraient réconforter les personnes qui étaient réticentes à tenter cette expérience. Les impacts s’amenuisent déjà sur le total du nombre de cerfs récoltés, davantage de chasseurs ont abattu un mâle plus âgé et il y a augmentation du prélèvement de cerfs sans bois dans les deux zones expérimentales. Cela confirme un changement dans l’offre de chasse autant que dans le comportement des chasseurs » relève la biologiste Anaïs Gasse, responsable de la grande faune en Estrie.

Selon Mme Gasse, ces résultats sont également rassurants pour le monde agricole.

« Même les agriculteurs et les producteurs forestiers devraient à mon avis y voir de bonnes nouvelles démontrant que le RTLB ne réduit pas l’efficacité de la chasse comme mode de contrôle du cheptel ».

Une analyse plus fine du segment des mâles situe le résultat de 2018 à 93 % de la récolte sur cinq ans dans la zone 6 sud et à 91 % dans la zone 6 nord, une base de comparaison tenant compte de trois années au cours desquelles les chasseurs ont pu abattre les juvéniles actuellement protégés.

Le déficit à combler en quantité est si faible qu’au poids total sur une balance, la mesure démontrerait probablement au contraire qu’il se mangera cette année autant, sinon plus de steak de chevreuil venant de l’Estrie qu’avant l’application des restrictions. Car, hormis les cas d’exceptions biologiques, tous les mâles récoltés depuis deux ans dans les zones expérimentales étaient âgés d’au moins deux ans et demi, ce qui en faisait des individus plus costauds et porteurs de plus beaux panaches.

Ces critères de qualité sont ceux que les chasseurs ciblaient en réclamant eux-mêmes la protection des jeunes mâles. Pour compléter ce tour d’horizon, bien qu’il y ait eu augmentation de 50 % du nombre de permis émis pour abattre des cerfs sans bois (CSB) dans la zone 6 sud, la récolte de femelles et de faons n’a progressé que de 19 %.

L’écart entre l’augmentation du nombre de permis de CSB et le tableau de chasse est encore plus marqué dans la zone 6 nord. Cela revient à dire que le rééquilibrage souhaité du ratio mâle/femelles s’annonce, lui, plutôt lent dans les deux zones expérimentales.

ZONE 4

Dans la zone 4, territoire qui demeure sous le mode de gestion conventionnel du MFFP, la récolte de 2018 a été quasi identique à celle de 2017. Les chasseurs viennent d’y connaître une deuxième saison consécutive au-dessus de la moyenne quinquennale, un cadeau des deux derniers hivers cléments.

La récolte de mâles a reculé de 8 % même si les chasseurs n’étaient pas contraints dans cette zone à épargner les juvéniles. Ce constat comporte un volet positif puisque de la hausse de 25 % du nombre de permis de CSB a résulté une augmentation de 24 % de la récolte de femelles adultes et de 7 % du nombre de faons.

Manon Pépin a suivi les conseils de son conjoint Ghyslain Lemay en se montrant plus sélective l’automne dernier. Ce dernier se réjouit et s’incline, admettant qu’il n’a pas réussi à récolter pareil trophée.

Qui enseigne la chasse risque sa place!

Ghyslain Lemay est passé de roi à valet durant la dernière saison de chasse. Il ne me l’a pas admis à mots couverts en me demandant de ne pas ébruiter la chose. Il a insisté pour que ça se sache en m’envoyant une lettre intitulée « Hommage à ma blonde ».

M. Lemay s’incline devant sa partenaire de vie, Manon Pépin, également devenue une partenaire de chasse.   

« Comme débutante, ma douce s’est souvent contentée du premier jeune mâle qui se montrait le bout du nez dans ses carottes. Encore cette année, dès le matin, bang! » décrit-il.

Le manque de précision n’étant pas dans les habitudes de Mme Pépin, son tir raté soulève immédiatement des doutes à propos de l’efficacité de son arme. Sagement, des vérifications plus poussées sont effectuées et les ajustements nécessaires sont apportés.

Les caméras dissipent les craintes d’avoir blessé mortellement une bête n’ayant pas été retrouvée en captant des images du cerf surnommé Spiky. Ce dernier est bien portant et, comme le couple chasse dans la zone 4 qui n’est pas comprise dans le territoire d’expérimentation du projet RTLB, ce daguet est une cible légale. 

Sauf que les dernières photos révèlent aussi l’arrivée au site d’appâtage d’un autre mâle, plus imposant celui-là. Un vrai de vrai. L’un de ceux qui poussent la barre très haute.

Se sachant en danger, le vieux routier reste terré jusqu’à la noirceur.

« J’ai insisté auprès de Manon : patience il va finir par commettre une erreur… » raconte le guide dans sa missive.

Une femelle de taille invitante vient parader. Ayant obtenu par tirage au sort un permis de cerf sans bois, Manon Pépin peut l’abattre. Mais non, l’élève choisit de suivre jusqu’au bout les recommandations du maître.

Tel qu’espéré, le mâle expérimenté en vient à baisser la garde. Il se pointe de clarté. Bang! 

Au départ, ce n’est pas de très bon augure. Quelques gouttes de sang sur la neige n’ont rien de convaincant.  

« À voir la longueur des sauts que le mâle effectuait dans sa fuite, sans lui en faire part, j’ai commencé à douter du tir de ma blonde... » confesse son conjoint.

Mais les traqueurs n’effectuent que quelques mètres supplémentaires, puis c’est l’euphorie.

« Quel chevreuil! Un magnifique mâle de huit pointes qui pesait 200 lb! Un exploit que je n’ai jamais réussi. C’est dorénavant Madame, la chasseuse de la maison, et j’en suis extrêmement fier », concède avec humilité le professeur.

Une photo compare le trophée de sa blonde au mâle de 160 lb qu’il a récolté dans les jours précédents.

« Mon chum ne s’attendait peut-être pas à ce que j’apprenne aussi vite et que je devienne aussi passionnée que lui. Mon prochain défi est d’abattre un gros mâle orignal et mon mari n’a plus le choix de me traîner avec lui pour que j’y arrive » me lance en boutade Manon Pépin.

La chasse et la pêche sont des loisirs familiaux chez les Lemay-Pépin.

« C’est bien pour dire, je suis née et j’ai grandi à la campagne. À l’intérieur de la maison il n’y avait pas d’armes à feu. Mon père trouvait ça trop dangereux et il n’a pas caché son étonnement lorsque Ghyslain a offert une carabine en cadeau à l’un de nos garçons pour ses 12 ans, alors qu’il l’atteignait l’âge légal pour utiliser des armes sous supervision » ajoute Mme Pépin.

Les jeunes reçoivent les mêmes enseignements : prudence avec les armes et patience à l’affût. Et voilà qu’ils ont deux professeurs certifiés.

« La fierté que j’éprouve devant l’exploit de Manon est vraiment sincère. Au fil des ans, elle a élargi ses connaissances et elle vient de gagner en confiance ».

M. Lemay est policier tandis que sa conjointe travaille dans un centre dentaire.

« Certains clients sont étonnés d’apprendre que je chasse. Nous engageons la discussion et chacun raconte ses histoires » me glisse Mme Pépin.

Attendez, maintenant que votre candidature est soumise au Temple de la renommée des chasseurs, vos clients vont se présenter à leur prochain rendez-vous avec une copie de La Tribune pour vous demander un autographe! 

Conditionnez-vous aussi à ce que votre humble et généreux mari passe bien des heures dans le bois, l’automne prochain, à chercher un chevreuil aussi beau et gros.

 La vanité et l’enflure sont parfois gossantes chez certains chasseurs. Par contre, l’orgueil bien placé a tendance à rendre un peu plus déterminé... 

Notre nouvelle vitrine du jeudi

Voici le nouveau format de la chronique du coureur des bois. Ce rendez-vous vous sera dorénavant proposé chaque dernier jeudi du mois. Ce changement est un compromis sur la fréquence pour gagner en espace.

La décoration est épurée, les rideaux sont à donner,  vos photos et  vos récits n’auront jamais eu une aussi large vitrine. Celle-ci se veut proportionnelle à l’intérêt pour la chasse et la pêche, chez les Estriens ainsi que chez les milliers d’adeptes vivant à l’extérieur de la région qui  viennent se récréer dans nos forêts ou sur nos plans d’eau.

 La volonté n’a jamais été aussi affirmée d’être un capteur d’images et d’émotions de cette passion !  

- Luc Larochelle