Le coureur des bois

L'information : une cible à revoir

Les membres du service de protection de la Faune de la région ne sont pas les seuls à être perplexes face aux nombreuses « erreurs d’interprétation » relevées lors de la deuxième année d’application du programme expérimental de restriction de la taille des bois (RTLB), mis à l’essai pour la chasse au chevreuil dans les zones 6 nord et 6 sud de l’Estrie.

« Je vends des permis depuis 30 ans à mon magasin général de Racine et je n’ai jamais vu autant de confusion. La restriction de trois pointes et plus pour le panache, la plupart des personnes la connaissaient parce que c’est une information qui circule entre chasseurs. Pour le reste, je ne compte plus le nombre de fois où j’ai dû expliquer et justifier la décision douteuse de surtaxer de 10 $ les chasseurs des zones expérimentales en leur imposant un permis spécifique » témoigne le commerçant Patrice Dupont, estimant qu’il est du devoir de ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) d’assurer une meilleure diffusion de l’information.

Des chasseurs ont été pris en défaut en se rendant à une station d’enregistrement avec une bête, découvrant sur place qu’ils se retrouvaient en infraction parce qu’ils ne s’étaient pas procurés le permis complémentaire obligatoie  dans l’une de ces deux zones. 

Constatant que le niveau de compréhension sur le terrain n’était pas celui souhaité, la direction régionale de la protection de la Faune a effectué durant la saison de chasse un rappel des particularités réglementaires des zones 6 nord et 6 sud, tout en précisant qu’il incombe à chaque chasseur de connaître les règles applicables sur le territoire qu’il fréquente.

La confusion découle en partie des habitudes de longue date. Pour l’orignal, le gros gibier le plus convoité à l’extérieur du sud de la province, un chasseur doit spécifier la zone où il compte se rendre au moment d’acheter son permis, qui est d’ailleurs valide seulement dans cette zone. 

Le permis de chasse au chevreuil, lui, est universel et s’il ne précise pas qu’il compte venir en Estrie, un chasseur de la Mauricie achetant un permis à Trois-Rivières, par exemple, est susceptible de ne jamais se voir offrir celui qui est exigé dans les zones expérimentales du RTLB.

« Le ministère a été pris de court la première année et la campagne d’information à grande échelle annoncée pour l’an 2 n’a jamais eu lieu. C’est pourtant évident qu’il faut mieux diffuser le cadre réglementaire du projet expérimental RTLB qui, en rehaussant la qualité de notre cheptel, deviendra plus attrayant pour les chasseurs d’autres régions. Tout cela avait été anticipé et discuté, mais le plan d’implantation convenu n’a pas suivi. Le manque de transparence et la culture du secret semblent profondément ancrés dans ce ministère », observe Michel Dufort, qui préside la section estrienne de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs (FédéCP) et porteur de ce dossier depuis le début.

Une lectrice soutient quant à elle avoir retrouvé sur sa propriété au cours des deux dernières années plus de bêtes atteintes mortellement.

« Nous voyons apparaître beaucoup de chasseurs inexpérimentés dans le voisinage, se peut-il que ce soit la cause », soulève-t-elle.

Ma première réaction est la comparaison suivante : les détenteurs d’un permis de conduire sont-ils plus compétents en Estrie qu’ailleurs au Québec et comment pourrait-on en faire la démonstration?

Par contre, le chasseur n’étant pas certain d’avoir ouvert le feu sur un  « cerf légal  » n’est généralement pas très persévérant dans ses recherches et son dernier réflexe sera de se dénoncer auprès d’un voisin en lui demandant l’autorisation d’aller récupérer la bête sur son terrain...

« Ce sont des cas possibles, mais qu’il ne faut pas exagérer ou généraliser non plus. La qualité de l’information qui sera livrée aux chasseurs et aux propriétaires de terres dans la région commence par la volonté de ceux qui ont cette responsabilité », soutient Michel Dufort.

À suivre.

Sombres souvenirs d'un hiver ravageur

Si les prévisions hivernales de l’équipe de Météomédia s’avèrent justes, novembre vient de nous donner un avant-goût des prochains mois : beaucoup de neige, peut-être même la pointe de la dernière décennie, sans nécessairement avoir à endurer des températures glaciales en continu.

Selon les experts, les conditions actuelles dans les océans sont propices à ce que le prochain hiver ressemble notamment à ceux de 2007-2008 ou de 2000-2001.

Le premier nous rappelle des accumulations de neige devenues des records dans plusieurs régions du Québec, particulièrement dans le corridor du fleuve Saint-Laurent. L’Estrie avait également reçu cette année-là plus de neige que d’habitude, mais un printemps favorable avait atténué les impacts sur le cheptel de cerfs de la région.

Ce ne fut pas le cas en 2000-2001, hiver auquel des milliers de chevreuils n’ont pas survécu. Le bureau régional de la Faune avait été inondé d’appels de citoyens qui avaient trouvé les restes de cervidés. Nos forêts étaient devenues un immense cimetière puisque le biologiste Marc-Jacques Gosselin avait alors estimé les pertes entre 10 000 et 15 000 bêtes.

« Le chevreuil et son habitat en ont mangé toute une! L’hiver a pris pratiquement l’équivalent d’une saison de chasse » avait analysé M. Gosselin.   

 Sans crier au loup et annoncer une hécatombe sur la foi de pronostics assez généraux, il y a certaines similitudes entre la situation de l’automne 2001 et celle d’aujourd’hui.

Premièrement, la neige est arrivée tôt et de ce fait, elle a drainé pas mal d’énergie chez les mâles qui sont constamment en déplacements et qui cessent pratiquement de s’alimenter durant la période frénétique de l’accouplement. La résistance au froid est amoindrie même chez les plus costauds lorsque les réserves de graisse sont sollicitées avant la fin de l’automne.

Les chutes de neige de la dernière quinzaine ont déjà poussé les cerfs dans les couverts des résineux. D’une part parce qu’ils y sont mieux protégés du vent, mais aussi parce que les branches retiennent momentanément la neige avant de la déverser aux extrémités, comme l’eau s’écoulant d’un parapluie.  

Pour bien saisir l’astuce, pensez au réseau de sentiers moins enneigés que nous pouvons emprunter le long de nos maisons en exemptant les amoncellements se formant là où les toitures se vident de neige.

Puis, chaussez une paire de raquettes et allez vérifier si le couvert de neige uniforme d’une érablière est propice à la même économie d’énergie. Vous comprendrez pourquoi les cerfs cherchent à s’éviter cette misère. 

Les hivers hâtifs et persistants obligent les chevreuils à entrer tôt dans leur aire de confinement et à y vivre plus longtemps si l’hiver s’étire. Or, la bouffe n’est pas illimitée. Plus la densité du cheptel est élevée, plus le problème d’alimentation se pose d’ailleurs rapidement. Car 200 chevreuils broutant dans un même ravage bouffent pas mal plus que s’ils ne sont que 50 en quête de jeunes pousses. 

La mortalité hivernale étant la somme de tous ces facteurs, les conditions ayant prévalu en 2000-2001 avaient été le pire des scénarios. Le cheptel s’est tout de même vite remis de cette sévère trouée.

La cible du plan de gestion 2010-2017 devait nous amener à une population de 40 900 chevreuils dans les zones 4, 6 nord et 6 sud. Le cheptel est probablement un peu plus important que cela. Les mises à jour de fin de saison nous le diront d’ici peu.

En prenant cette cible pour référence, c’est dire qu’un hiver rigoureux, qui entrainerait un taux de mortalité de 20 %, pourrait éliminer entre 8000 à 10 000 bêtes. La récolte annuelle des chasseurs ces dernières années a plutôt été de l’ordre de 15 000 à 16 000 cerfs. 

Complétons le portrait avec les statistiques des collisions routières impliquant des chevreuils, qui sont passées de 850 en 2015 à 1058  en 2017, selon les chiffres fournis par la direction régionale du ministère des Transports.  

Beaucoup de neige passe toujours. Mais les chevreuils doivent trouver autant que nous que trop, c’est comme pas assez!

Les collisions à répétition

Pascale Leblond a manifesté une exaspération teintée d’humour en mentionnant en fin de semaine sur Facebook qu’elle avait été plus efficace que son conjoint Dominique en tuant deux cerfs cet automne sur les routes alors que lui n’a rien rapporté à chasser.

En ajoutant un faon, à qui la vie semble avoir accordé une seconde chance, Mme Leblond a en fait été impliquée dans trois collisions avec des cerfs en autant de mois.

« Comme mon véhicule n’a pas été endommagé et que Bambi n’a pas été trop amoché, je n’ai pas fait de cas du premier accident survenu au début du mois de septembre » précise la femme de Disraeli effectuant quotidiennement la navette vers Sherbrooke pour le travail.

Occasion de rappeler l’obligation légale pour tous, en vertu du Code de la sécurité routière, de rapporter à la Sûreté du Québec ou à un corps municipal toute collision avec un animal de 25 kg et plus. Les autorités sévissent rarement, mais un conducteur fautif s’expose à une amende pouvant atteindre 300 $ ainsi qu’à 9 points d’inaptitude.

Pourquoi?

D’une part, pour veiller à ce que les voies de circulation soient dégagées après un signalement. Car, rouler sur une carcasse peut occasionner une perte de contrôle, tout comme lors d’une collision. De plus, les statistiques ainsi compilées sont transmises à la Société de l’assurance automobile du Québec, puis redirigées vers les ministères impliqués dans l’évaluation du risque.

À la fin du mois de septembre, la surprise d’un impact beaucoup plus sévère avec un cerf mature a été doublée pour Pascale Leblond par l’entrée en scène de son copilote : le système intelligent de sa voiture Volvo.

« Les coussins latéraux se sont déployés à l’impact dans la porte du côté passager. Le freinage a été activé automatiquement et il a été si brusque que je n’ai pas réussi à parer le coup. Puis, la voiture s’est garée par elle-même sur le côté. J’ai à peine eu le temps de réaliser ce qui m’arrivait qu’une préposée du 911 contactée par le système intelligent m’a demandé si tout était OK, puis nous a mises en ligne avec les policiers qui étaient déjà en route » décrit-elle.

Bilan de ce premier épisode survenu dans la MRC des Appalaches : conductrice légèrement blessée, un cervidé tué, une porte de Volvo à remplacer.

Comme les pièces de sa voiture tardaient à arriver, Mme Leblond s’est retrouvée avec un véhicule de location, au volant duquel elle a percuté un troisième cerf de Virginie, vendredi soir dernier. 

Cette fois, à Bishopton, dans le segment où les collisions se multiplient lorsque les chevreuils se rassemblent pour l’hiver dans les aires de ravage se trouvant de chaque côté de la route 112.

« Des chevreuils, j’en vois à longueur d’année. J’ai beau connaître les endroits à surveiller, cette femelle a surgi de nulle part, dans une portion où le champ de vision est plus limité. Après l’impact, je voyais de l’habitacle le réservoir de lave-glace se vider! »

Avec le paiement de deux franchises et après deux réclamations annonçant une hausse de sa couverture d’assurance, Mme Leblond traverse une période stressante et coûteuse.

« Au moins, j’ai évité une réclamation! Mais je vais m’en remettre à mon chasseur l’an prochain... » philosophe-t-elle, en admettant être plus craintive au volant.

Y’a de quoi!

Deux fois en une semaine

Les policiers de la Sûreté du Québec ont reçu le signalement dans la nuit de lundi à mardi, puis un autre cerf inerte et sévèrement amoché a été récupéré le long de l’autoroute 410. Tout près de la croix érigée à la mémoire de Carl Boutin, le Sherbrookois de 27 ans ayant été la victime collatérale d’un chevreuil projeté dans la voie opposée à la suite d’une collision routière survenue en mai. C’est le deuxième chevreuil trouvé mort en une semaine sur cette portion de la 410, comprise entre la rivière Magog et le boulevard de l’Université. 

L’épais couvert de résineux se trouvant de chaque côté de l’autoroute, dans la montée menant vers Lennoxville, est un abri de choix lorsque l’hiver se pointe.

 « Avec l’arrivée de la neige et des froides journées, le cerf tend à réduire son activité et à se regrouper dans les peuplements forestiers qui lui offrent de la nourriture ainsi qu’une protection contre le froid, le vent et la neige. À propos de l’habitat situé à proximité, des analyses sommaires sont en cours afin de vérifier ce qui pourrait inciter les déplacements des cerfs dans ce secteur. Vous serez informés des résultats obtenus. 

 « Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs est en communication avec le ministère des Transports dans ce dossier et fournit toute l’expertise requise au niveau de la faune terrestre dont ce ministère pourrait avoir besoin », précise la biologiste Anaïs Gasse, responsable de la grande faune en Estrie.

Une tempête dans le dernier droit

Tous devront composer avec une bordée de neige ainsi qu’avec ses relents durant la dernière fin de semaine de la saison de chasse au chevreuil à l’arme à feu. Pas des conditions idéales, mais pas nécessairement un sabotage en règle de Dame nature

Ces conditions prévaudront partout ce weekend, mais elles sont du déjà vu au sommet des bassins versants, dans les territoires en plus haute altitude où les premières neiges de novembre n’ont pas fondu.

L’alternance de chaleur et de froid transformant de la vieille neige en glace et rendant les déplacements d’un chasseur aussi discrets que le passage d’une semi-remorque, la neige fraîche sera bienvenue pour étouffer le bruit des pas. Sauf que les branches seront chargées, les arbres seront courbaturés et le champ de vision des chasseurs sera réduit.   

Dans ces conditions, les déplacements limités et les séquences de guet prolongés sur les hauteurs, où les odeurs portent  et où les mâles en rut s’installent pour flairer l’amour, sont d’excellents choix.

« Ça fait deux ans que nous traquons ce trophée. J’étais installé dans notre mirador au sommet d’une montagne d’Austin. Deux femelles se sont approchées et l’une d’elles était visiblement en chaleur, car l’autre ne cessait de lui sentir toutes les parties du corps. Puis Big Guy, le buck d’une vie est arrivé », décrit Brian Luce.

À 222 lb, avec son panache de 9 pointes et des merrains assez gros pour servir de bois de chauffage, « Big Guy » valait l’attente!

Les journées froides et venteuses du milieu de la semaine ont été désagréables pour les chasseurs, mais propices aux déplacements qui propagent chez les cerfs les invitations à s’accoupler. Dans ces conditions, les mâles affectueux marchent à grands pas, le nez au sol jusqu’à ce qu’ils trouvent une odeur prometteuse.

Le nez et les oreilles des chevreuils étant moins efficaces durant les tempêtes, ils réduisent instinctivement leurs déplacements. Mais les pulsions sexuelles des mâles les rendront impatients et plus entreprenants.

« C’est principalement la photopériode (durée du jour) qui a une influence sur la période de rut. Il faut aussi se rappeler que le cerf est un animal sauvage bien adapté à nos conditions hivernales et qu’à ce temps-ci de l’année, il possède encore de très grandes réserves de gras. Il est donc prêt à affronter les intempéries », précise la biologiste Anaïs Gasse, responsable de la grande faune en Estrie.

Un blizzard de neige venait de mettre nos espoirs à rude épreuve, samedi dernier, lorsque le superbe mâle que mon neveu Carl avait identifié comme « shooter » a fini par se pointer. Il ne l’a pas raté.

Un point d’affût improvisé à bon vent, après avoir marché à sens contraire dans les pistes d’une femelle ou le long d’un sentier achalandé peut s’avérer aussi payant qu’un tas de pommes ou de carottes en fin de semaine.  Un faible son de grunt peut briser le mur s’étant soudainement dressé devant un animal qui semblait progresser vers vous.

Des vêtements en double, incluant tuques et gants qui sont rapidement détrempés dans la neige mouillée. Sans oublier les linges secs pour essuyer régulièrement le télescope, évitant ainsi la lunette embuée contre laquelle vous pourriez rager tout l’été. Ou même le reste de votre vie!

Tout tient à de petits détails. Les humains sabotent souvent leurs chances en sous-estimant la vigilance de bêtes habitués à composer avec toutes les conditions, beau temps comme mauvais temps.

Les cerfs de Virginie seront peut-être un peu mieux cachés et plus difficiles à trouver en fin de semaine. Mais ne les cherchez pas ailleurs que dans le bois,  ils n’ont pas d’autre endroit où aller... 

Coureur des bois

Le nombre « d’erreurs » laisse perplexe

CHRONIQUE / Le temps ne semble pas nécessairement garant d’une meilleure compréhension des règlements liés à la protection des jeunes mâles dans les zones 6 nord et 6 sud, où se vit la deuxième année d’application du programme expérimental de restriction de la taille des bois (RTLB) pour la chasse au chevreuil.

Au lieu d’assister à une diminution du nombre d’erreurs d’interprétation, les agents de protection de la faune se retrouveront vraisemblablement à la fin de la saison avec un plus grand nombre de cas nécessitant des enquêtes.

« Qu’il y ait eu une certaine confusion la première année, c’était normal et c’est pourquoi d’ailleurs le ministère a fait preuve de tolérance. Autant de cas par contre signalés cet automne pour toutes sortes de manquements aux règles, ça nous laisse un peu perplexes » commente le lieutenant François Laprise, porte-parole du service de protection de la faune de l’Estrie.

Alors qu’une quarantaine de dossiers avaient été passés en revue l’an dernier, une soixantaine d’anomalies sont déjà rapportées. La moitié de celles-ci serait des manquements à l’obligation de posséder un permis complémentaire vendu 10 $ afin d’être reconnu comme participant au programme expérimental. Cette exigence est inscrite en gras dans la description des règles spécifiques au RTLB.

« Les règlements sont clairs, vous les avez expliqués plus d’une fois et il en a abondamment été question sur les médias sociaux. Ce sera du cas par cas, mais nous n’excluons pas les poursuites » rapporte le lieutenant Laprise.

Sans présumer ou condamner à l’avance, la faute par omission ne passera sûrement pas comme une lettre à la poste, prévient-il.

Ce dernier rappelle que tous les chasseurs, sans exception, doivent s’assurer que le panache d’un jeune mâle compte au moins trois pointes d’un côté, pointes devant avoir une longueur minimale de 2,5 cm, avant de prendre le cerf pour cible.

« Abattre un mâle conventionnel de 4 pointes en pensant pouvoir plaider l’erreur ensuite, c’est risquer de s’attirer des problèmes. Ceux qui ne prennent pas le temps de bien identifier une bête avant d’ouvrir le feu ne pourront pas miser éternellement sur la tolérance ».

Même une fois complétée, la procédure d’enregistrement n’est pas une garantie que le titulaire du permis sera dispensé de tout autre contrôle.

« Les chasseurs ne doivent rien tenir pour acquis à cet effet puisque les anomalies ne nous sont pas signalées en temps réel par les préposés à l’enregistrement. Ces derniers ont la consigne de ne pas s’exposer aux situations tendues et de plutôt nous soumettre les cas complexes ou douteux », précise le porte-parole de l’équipe régionale de la protection de la faune.

En cas d’erreur, un chasseur doit apposer immédiatement son coupon de transport sur la bête abattue. Il perd dès lors son permis de chasse au gros gibier pour le reste de la saison.

« L’approche la plus sage est définitivement de prendre le temps de bien identifier sa cible et de s’assurer au départ d’avoir une bonne compréhension des règlements » insiste le lieutenant Laprise.

Les chasseurs ayant déjà récolté peuvent tout de même accompagner un autre chasseur à son poste d’affût, marcher pour essayer de l’avantager en rabattant vers lui ou être son complice de rattling ou de grunt. À condition de ne jamais porter d’arme.

La dualité est si vite arrivée !

D’entrée de jeu, je vous confesse un bris d’engagement n’ayant toutefois rien à voir avec une quelconque faute réglementaire puisque ma chasse de dimanche dernier s’est déroulée en toute légalité. C’est juste que je n’ai pas pu m’empêcher...

Retour sur la chronique du 24 mai 2017, dans laquelle j’exprimais mes nobles intentions de m’en tenir à l’abattage d’un cerf sans bois si j’obtenais l’un des permis émis par tirage au sort. Je présentation  ce raisonnement comme un défi d’adaptation pour les chasseurs participant au programme expérimental de restriction de la taille légale des bois (RTLB) dans les zones 6 nord et 6 sud, dont je suis.

N’ayant pas été au nombre de gagnants l’an dernier, le dilemme ne s’est pas posé. Détenteur de l’un de ces permis, c’était différent cette année. 

Sauf que j’ai été confronté à la dualité. Une dualité si vite arrivée! 

En fait, je ne l’ai jamais entendue venir. Elle s’est pointée à ma gauche, le cou gonflé et bien entraîné en écorchant le bas des arbres pour marquer son territoire et sa réceptivité à engager le combat avec d’éventuels rivaux en prévision de la période d’accouplement.

Cette brève description en sous-entendus suffit pour que vous compreniez  que c’est un mâle, un beau, « un huit pointes de 173 lb », qui s’est offert en cible à une trentaine de mètres.

Bois trop dense et coin trop isolé pour transporter pommes ou carottes. Une belle swamp que j’aurais d’ailleurs contaminée et gaspillée avec une intrusion trop invasive. 

Alors, j’ai appliqué la méthode de chasse fine m’ayant rapporté si souvent : n’essaie pas de surprendre les chevreuils en marchant vers l’endroit où ils sont, devance-les là où ils vont, pour être aux aguets et à bon vent lorsqu’ils arriveront.

Il était 8 h 15, dimanche matin, lorsque Monsieur est apparu dans mon champ de vision. Bien que j’étais au sol, sans abri, juste fondu dans le décor au beau milieu de son dortoir, je n’ai jamais été détecté par ses radars. 

Ceux qui s’adonnent à ce type de chasse savent à quel point le coefficient est élevé. On rentre bredouille à la maison beaucoup plus souvent que triomphant d’avoir déjoué l’un de ces rusés. 

Estimant qu’en de telles circonstances la récompense serait méritée, j’avais pris la décision de ne pas « refuser » un mâle de qualité. J’ai savouré le moment et vous en souhaite autant d’ici la fin de la saison­.

Mais pourquoi ramener la question des permis spéciaux sur le tapis?

Uniquement pour rappeler leur raison d’être. Ils sont le mode de contingentement offrant le plus de souplesse pour réagir promptement aux facteurs externes influençant la croissance du cheptel, en particulier aux hivers très rigoureux qui peuvent causer une profonde trouée en seulement quelques mois. 

Lorsque la nature sévit, les gestionnaires fauniques lèvent le pied. Dans une conjoncture inverse, soit à la suite de quelques hivers successifs particulièrement cléments, une pression insuffisante sur les cerfs sans bois est susceptible d’entraîner une surabondance, en particulier dans les secteurs où la densité est déjà très élevée. 

D’où l’importance d’augmenter le taux d’utilisation des permis spéciaux, qui varie entre 35 et 45 % dans la zone 6 sud et n’atteint même pas 25 % dans la 6 nord, pour rendre cet outil de gestion plus précis et par le fait même plus efficace.

Sans que cette « partie du contrat social » devienne une obsession, il faut que la préoccupation soit partagée, qu’elle se discute et s’infiltre peu à peu dans nos pratiques.

Je suis le plus mal placé pour les leçons de moral ou vous imposer des restrictions. Je ne ressentais pas non plus le besoin de me justifier avec une mise en contexte, que certains percevront peut-être comme de la vantardise. 

 On discute. On jase tout simplement. On partage nos expériences sans prétention aucune, pour essayer de mieux comprendre et même d’anticiper l’évolution du programme expérimental qui multipliera les occasions de croiser et de récolter des mâles matures.

À mon tour, j’ai hâte de vous entendre ou de vous lire sur cette deuxième des cinq années du RTLB.

Coureur des bois

La chasse aux âneries

Quiconque a déjà vu un orignal ravagé par le ver des méninges approuve le geste professionnel et humain de mettre fin à son calvaire. Ce parasite attaquant le cerveau, l’animal est désorienté, il perd peu à peu son instinct de survie jusqu’à devenir carrément apathique.

J’ai déjà rapporté des cas de ce genre en Estrie sans avoir jamais entendu le moindre reproche envers les agents de protection de la faune ayant abattu une bête à la suite d’un signalement.

Or, un bon gérant d’estrade a commenté sur les médias sociaux une vidéo ayant été tournée à Vallée-Jonction, en Beauce, en insinuant que c’est le garde-chasse « qui aurait mérité une balle entre les deux yeux » pour avoir agi de cette façon à l’égard d’un orignal qui, selon les gestionnaires fauniques, avait développé un comportement erratique à cause de cette maladie. 

J’appuie sans réserve la plainte logée à la Sûreté du Québec et défendue par le syndicat des agents de protection de la faune puisqu’en patrouille ou dans le cadre d’opérations planifiées, ces gardiens de l’ordre se retrouvent pratiquement toujours en présence de personnes armées. Davantage que les policiers, mêmes! C’est pourquoi ils doivent être protégés contre toutes les formes de menaces, sérieuses ou frivoles, explicites ou indirectes.

Au même titre que les policiers d’ailleurs, les agents de protection de la faune ont de plus en plus souvent à travailler en présence de témoins captant des images qui sont ensuite rendues publiques sans mise en contexte.

La faute n’est pas là, elle est dans la propension à rendre des jugements tranchants au mépris de la connaissance des faits. C’est un autre exemple de débordement sur les réseaux sociaux pour lequel il faut tracer des limites. 

Dans le même rayon, parlons de l’imposture commise avec la diffusion d’un message qui portait le logo du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) et qui annonçait une interdiction de chasse en Montérégie jusqu’à la fin de la saison au chevreuil, sous prétexte qu’il y avait eu prolifération de cas de cerfs atteints de la maladie débilitante chronique (MDC) dans ce secteur.

« FAUSSE NOUVELLE », ont vite rectifié les autorités provinciales après avoir été informées du canular qui avait été affiché sur un babillard de la Caisse populaire de Dunham.

« Une pareille initiative n’était pas souhaitable sur un sujet aussi sensible. Des vérifications sont effectuées, mais il ne sera pas aisé d’en découvrir la source », commente un porte-parole du ministère, Nicolas Bégin.

La province est toujours en alerte, redoutant une contamination du cheptel de chevreuils sauvages qui, fort heureusement, est toujours exempt de la MDC. Mais un troisième cas vient d’être confirmé au sein du troupeau de cerfs rouges d’une ferme d’élevage des Laurentides.

Autant la menace visant un agent de protection de la faune est à prendre au sérieux, autant le MFFP devrait se montrer déterminer à trouver l’auteur du document truqué s’avérant un méfait public, en se référant au Code criminel. 

Car, l’initiative visait délibérément à tromper, non seulement un agent de la paix pour l’envoyer sur une fausse piste d’enquête, mais à brimer des citoyens dûment autorisés à pratiquer la chasse, avec la conséquence possible d’engendrer d’inutiles conflits avec celles et ceux qui désapprouvent ce mode de gestion de la ressource faunique.

S’approprier la légitimité et la crédibilité du gouvernement dans une pareille situation de crise est un manque de jugement plus grave et encore moins tolérable.

J’ai songé à titrer cette chronique « La chasse aux cons ». Je me suis ravisé, car j’aurais ainsi propagé le mépris se cachant derrière les comportements dénoncés. 

En choisissant plutôt « La chasse aux âneries », je limite pour le moment mon jugement aux gestes, accordant à ceux ou celles qui les ont posés la possibilité de se justifier. Mais qu’on les force à s’assumer!

Coureur des bois

Une armée de soldats pour surveiller les tiques

CHRONIQUE / Randonneurs, chasseurs, travailleurs forestiers, en particulier ceux qui entrent dans le blitz de la récolte d’arbres de Noël, redoublez de vigilance. Nous sommes dans l’une des périodes où les tiques sont les plus assoiffées de sang.

« L’espèce la plus dangereuse pour l’humain, la tique à pattes noires, n’aime pas s’exposer au soleil et aux vents qui pourraient la cuire durant les températures chaudes. Elle suit également le cycle des mammifères, qui limitent leurs déplacements durant l’été et redeviennent plus actifs en automne, à l’approche de l’hiver » compare Jade Savage, docteure en biologie et membre du corps professoral de ce département à l’Université Bishop’s. 

À ce moment-ci de l’année, l’avantage est cependant de pouvoir facilement détecter des spécimens de taille adulte sur le corps ou dans la nuque alors qu’au printemps, les nymphes sont nombreuses et plus difficiles à voir à l’œil nu.

Tout en veillant à mieux se protéger individuellement, les Estriens sont invités à augmenter les bénéfices de cette surveillance collective en alimentant le site Etick.ca, l’outil avec lequel les scientifiques de Bishop’s colligent des signalements depuis le printemps 2017. 

Ils récoltent également des échantillons, qu’il s’agisse de tiques de la famille propageant la maladie de Lyme  ou de celle de la tique d’hiver, moins risquée pour les humains, mais qui a décimé le cheptel d’orignaux de l’Estrie et causé de lourdes pertes dans celui de la Nouvelle-Angleterre.

« L’armée de citoyens qui se déploie permet de quintupler et même décupler le nombre de techniciens que nous pourrions envoyer sur le terrain, y compris dans les secteurs moins fréquentés où nous n’aurions probablement jamais mis les pieds. Les gens peuvent nous communiquer un signalement en nous envoyant une photo ou l’insecte lui-même ».

Durant notre entretien, Mme Savage n’a eu aucune hésitation à prendre dans sa main une tique à pattes noires qu’un de ses collègues du campus a détachée de son chien quelques jours auparavant.

« Voyez, ses pattes bougent, elle est encore vivante. Elle ne mourra qu’après avoir converti ses réserves de sang en œufs, qu’elle pondra. Il faut faire attention en manipulant les tiques, mais elles ne sont pas des fauves affamés. Même pas un moustique pressé de vous piquer pour avoir de votre sang. L’humain n’est pas une cible naturelle par les tiques, seulement un accident. Oui, il faut gérer la menace. Mais il faut aussi briser la peur ». 

La scientifique affirme qu’une paille sectionnée, puis enrubannée aux deux extrémités, peut très bien servir de mode de transport, du bureau de poste jusqu’aux laboratoires. 

« Ça voyage dans une enveloppe et pour le prix d’une lettre alors que l’utilisation d’un contenant de plastique nécessitera un emballage plus coûteux à expédier. Nous voulons des photos et des tiques à longueur d’année en échange de l’engagement à transmettre les résultats de l’expertise à l’expéditeur, en lui précisant le groupe d’appartenance et toutes les nuances qui s’imposent. Nous éliminerons ainsi beaucoup de confusion, car la plupart des gens croient que toutes les 12 espèces de tiques répertoriées au Québec sont dangereuses. Or, ce n’est pas le cas ».

À partir de la collaboration citoyenne, les cartes disponibles sur Etick.ca (site bilingue) se remplissent peu à peu d’information pointue et à petite échelle. 

« Nous aurons ainsi d’ici quelques années un échantillonnage assez élaboré pour transmettre de l’information rigoureuse quant à la situation prévalant dans l’environnement de tel ou tel réseau de sentiers pédestres par rapport à d’autres », utilise comme exemple la professeure Savage afin de démontrer l’utilité qu’en retireront à leur tour les Estriens. 

Lancé avec un appui financier de 5000 $ de l’Université Bishop’s et de 20 000 $ du ministère de la Santé, voilà un autre projet effectuant beaucoup de chemin avec peu d’argent. 

La formule d’adhésion volontaire est similaire à celle qui permet au personnel de la Faune d’assurer une surveillance préventive continue sur la maladie débilitante du cerf (MDC) à partir des restes de bêtes récoltées par les chasseurs. Lorsqu’un cas de MDC a été déclaré dans une ferme d’élevage de cerfs rouges des Laurentides, il a été utile et rassurant pour tous d’apprendre qu’aucun des 1300 chevreuils de l’Estrie examinés depuis 10 ans n’était porteur de cette maladie hautement contagieuse.

Le grand décompte sur l'île d'Anticosti

CHRONIQUE / C’est une année de recensement sur l’île d’Anticosti où les résultats de chasse viendront bonifier le travail des scientifiques ayant procédé au cours des derniers mois à un inventaire aérien ainsi qu’à la collecte de données sur le terrain afin de fixer le cheptel de chevreuils à la fin de l’automne.

Quand on se compare, on se console. Québec nous a promis deux inventaires rapprochés, un au début et l’autre à la fin du programme expérimental de protection des jeunes mâles mis à l’essai pour cinq ans dans les zones 6 sud et 6 nord de l’Estrie. Or, la dernière opération du genre remonte à 2005 à Anticosti.

Bien que les cerfs n’aient pas de prédateurs naturels sur l’île à l’exception des chasseurs, personne ne s’attend à une hausse des 166 000 bêtes estimées il y a une douzaine d’années.

« On pense plutôt entre 100 000 et 120 000, on verra. Nous aurons à tout le moins des données fraîches à fournir aux clients qui nous posent des questions après trois saisons difficiles au cours desquelles la récolte a chuté à 1,73 cerf/chasseur. Cette année, des signes encourageants donnent à penser que nous pourrons revenir au ratio plus normal de 1,85 cerf/chasseur » commente le responsable du service à la clientèle de la Sépaq Anticosti, Robin Plante.

Une prudence dictée par des hivers successifs éprouvants, un facteur de mortalité bien plus important que la récolte par les chasseurs. Celle-ci est passée de 8609 cerfs en 2005 à 6032 bêtes en 2017 sur les territoires de la Sépaq et des pourvoiries de l’île d’Anticosti.

Si les inventaires sont aussi rares, c’est qu’ils sont coûteux. Québec doit y consacrer trois quarts de million de dollars. Ce prix paraît exorbitant jusqu’à ce qu’on réalise que pour couvrir une superficie équivalente à celle de l’île, il faudrait recenser les chevreuils de Sherbrooke jusqu’à Lévis!

Le cheptel d’Anticosti n’est pas en danger, loin de là. Une séquence favorable de quelques hivers cléments, comme c’est le cas pour l’Estrie, provoquerait la même explosion que celle observée ici. Mais il était essentiel pour les dirigeants de la Sépaq Anticosti de connaître l’évolution réelle de la ressource.

« Le temps de savoir, l’offre de séjours a été quelque peu réduite afin de faire notre part en diminuant la pression de chasse » a précisé M. Plante lors d’une présentation à des chroniqueurs spécialisés invités sur l’île. J’étais du nombre.

L’image de prestige de l’île d’Anticosti de même que ses attraits naturels lui assurent toujours une bonne cote de popularité. N’en reste pas moins que le programme de restriction de la taille légale des bois (RTLB) expérimenté en Estrie fera naître de la concurrence à « l’île aux trophées ».

Le segment des mâles, le plus recherché, n’a représenté que 46 % de la récolte totale l’an dernier à Anticosti alors que ce ratio était de 54 % en 2005. Pendant ce temps en Estrie, bien que la protection des jeunes mâles ait obligé les chasseurs à se montrer plus sélectifs et qu’elle ait entraîné une baisse de 28 % de la récolte totale de cerfs à l’automne 2017, les mâles adultes ont tout de même représenté 44 % des bêtes abattus dans la zone 6 sud, où le projet RTLB en sera à sa deuxième année d’application. Cette proportion devrait augmenter car, à peine un an plus tard, le nombre de mâles arborant un panache convoité est déjà impressionnant sur les deux territoires désignés pour le RTLB.

On peut donc s’attendre à ce que le gouvernement provincial subisse d’énormes pressions au cours des prochaines années pour étendre ce mode de gestion aux autres régions du sud et du centre du Québec ainsi qu’à l’Outaouais, ce qui viendrait multiplier les opportunités d’une chasse de qualité à coûts moindres.

Conscients d’une possible évolution en ce sens de leur marché, les dirigeants de la Sépaq Anticosti entendent plus que jamais miser sur « l’expérience client ». Je vous en reparlerai, c’est tout simplement grisant.

On tue la une!

CHRONIQUE / La redoutable maladie débilitante du cerf (MDC) est entrée au Québec. Même si la première victime est un cerf d’élevage d’une ferme des Laurentides, une sérieuse menace pèse sur notre abondant cheptel de cerfs sauvages si les risques de propagation ne sont pas contrés rapidement et efficacement.

Il aura cependant suffi que le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) évoque une possible interdiction de chasse localisée pour que la manchette se répande comme le scénario sombre d’une saison à oublier dans tout le Québec. Il n’en est rien

Chasseurs de l’Estrie, à vos armes : la saison de chasse à l’arc au chevreuil débutera, comme prévu, ce samedi dans la zone 4, et le samedi suivant dans les zones 6 nord et 6 sud. À moins d’une hécatombe et selon les variantes du calendrier de chasse, ce sera d’ailleurs le cas dans l’ensemble de la province à l’exception des zones 9 ouest et 10 est.

« S’il devait y avoir interdiction de chasse, elle ne frapperait pas l’entièreté de ces zones. Elle se limiterait au voisinage du secteur concerné afin de sécuriser ce périmètre et bien évaluer le rayon de propagation. Notre vigilance sera par contre renforcée dans l’ensemble du Québec pour être à l’affût du moindre signe de contamination », précise le porte-parole du MFFP, Nicolas Bégin

L’élevage de cerfs rouges étant considéré comme une production agricole, la filière administrative de l’Agriculture s’emploie de son côté à reconstituer le parcours de la bête infectée, son origine autant que ses déplacements, afin d’identifier d’autres points de vérification.

La maladie débilitante du cerf s’apparente à celle de la vache folle. Elle évolue lentement, mais les dommages causés au cerveau condamnent l’animal à une mort certaine.

« Une période de 18 à 48 mois peut s’écouler entre la contamination et l’apparition des symptômes. Les 9500 analyses effectuées de manière préventive au cours des dix dernières années sur des carcasses de cerfs de Virginie nous sécurisent par contre, puisqu’il n’y a encore jamais eu de cas en milieu naturel au Québec », précise M. Bégin.

« Le gouvernement du Québec n’a aucun intérêt à brimer les chasseurs puisqu’ils sont les précieux collaborateurs fournissant les bêtes à analyser. Nous partageons les préoccupations et nous souscrivons au devoir de vigilance. La transmission d’informations aux chasseurs ainsi qu’à la population en général est fondamentale afin de démontrer à quel point l’enjeu est grand », réagit pour sa part Alain Cossette, directeur général de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs (FédéCP).

L’information disponible sur le site mffp.gouv.qc.ca permet notamment d’apprendre que la Montérégie et l’Estrie sont les deux régions où ces vérifications ont été les plus fréquentes entre 2006 et 2017 puisqu’elles sont les plus propices à une contamination en provenance de la Nouvelle-Angleterre.

Le dernier cas de MDC répertorié avait été signalé en 2005 dans l’État de New York. Le plan d’intervention alors déployé par nos voisins américains a porté fruit.  

Le Québec a tout de même pris la décision d’interdire l’importation de carcasses de cerfs sur son territoire à moins que la tête n’en soit détachée. Auparavant, ce n’était qu’une formalité aux douanes canadiennes de rapporter une carcasse entière d’une excursion de chasse au Vermont ou au New Hampshire.

Le comportement grégaire des chevreuils ainsi que la forte densité de son cheptel font de l’Estrie un territoire à très haut risque. La vitesse de propagation de la grippe ou de la gastro chez les humains durant les rencontres familiales du temps des fêtes est une bonne façon de décrire le danger d’une possible épidémie.

Il n’est pas recommandé de manger la viande d’une bête qui est atteinte de la MDC. Comme rien ne porte à croire que ce soit le cas en Estrie ou ailleurs au Québec, les chasseurs n’ont pas à craindre de consommer la venaison rapportée.