Sports

Le recensement des cas de méprise

Les nouvelles règles appliquées en Estrie pour la chasse au chevreuil ont provoqué une augmentation du nombre de cas « d’abattage par méprise ». Aux yeux des autorités, ceux-ci demeurent toutefois marginaux en proportion des chasseurs ayant participé à la première des cinq saisons du projet expérimental de restriction de la taille légale des bois (RTLB).

Six cas de méprise avaient été recensés dans les zones 6 nord et 6 sud en 2015, il y en a eu huit en 2016 et ce nombre a grimpé à 30 à l’automne 2017. Il importe de préciser que ces statistiques ne comprennent pas toutes les erreurs de jugement rapportées au Service de protection de la faune. Comme, par exemple, celle d’avoir récolté un cerf sans bois qui se trouvait dans l’angle de tir d’une cible présumément légale. Des situations semblables se sont produites dans le passé, pour lesquelles des chasseurs repentants et ayant fourni des explications valables ont été exonérés.

Pour avoir un portrait juste de l’impact du RLTB, le ministère a établi des comparables en se référant aux seuls cas des dernières années liés à la taille des bois, le plus classique étant celui d’un daguet (spike) qui n’avait pas deux pointes d’une longueur minimale de 7 cm. C’est la règle s’appliquant encore d’ailleurs dans le reste du Québec.

Rappelons que les chasseurs fréquentant les 6 nord et 6 sud avaient en plus cette année l’obligation de s’assurer qu’un mâle avait « au moins trois pointes de 2,5 cm ou plus d’un côté du panache pour pouvoir être abattu ».

Ces restrictions supplémentaires visant à assurer la protection des jeunes mâles, avec l’objectif de rehausser la qualité de chasse au chevreuil dans la région, augmentaient le coefficient de difficulté. D’autant que les moments les plus propices pour récolter un cerf sont aux premières lueurs du matin ou au déclin du jour, au moment où la luminosité est réduite.

« Certains chasseurs se sont adressés directement à nos bureaux pour nous signaler qu’ils avaient abattu un mâle dont le panache ne rencontrait pas tous les critères. Dans d’autres situations, la méprise a été constatée lors du mesurage à une station d’enregistrement, et c’est à partir de là que le chasseur en cause entrait en communication avec nous. Chaque dossier a été évalué et la résultante, dans la plupart des cas, a été un avis écrit qui sera conservé au dossier du chasseur. La même personne ne pourra espérer la tolérance s’il y a récidive », commente le sergent François Laprise du bureau de protection de la faune de l’Estrie.

Tous les chasseurs impliqués dans ces imbroglios ont dû remettre la carcasse du cerf qu’ils avaient récolté. Leur venaison a été acheminée à la banque de dépannage alimentaire Moisson Estrie.
Précisons d’autre part qu’il n’appartient pas au personnel des stations d’enregistrement de joueur au chien de garde en dénonçant systématiquement les cas problématiques.

« Nous avions fait le tour des stations de la zone 6 pour expliquer les nouvelles règles et s’assurer qu’elles seraient bien comprises de tous. En fin de compte, c’est le chasseur qui est répondant de ses gestes.
Trente cas, c’est plus qu’au cours des années précédentes, mais ça reste peu en proportion des 19 000 chasseurs s’étant inscrits au projet RTLB en se procurant le permis complémentaire requis », ajoute le sergent Laprise.

Ce dernier n’est pas en mesure de chiffre le nombre de dossiers en enquête qui pourraient, eux, déboucher sur des sanctions à l’encontre des fautifs.

Les gestionnaires fauniques s’attendaient à des répercussions semblables en mettant le projet RTLB à l’essai dans la région pour une période de cinq ans. Ils marchaient toutefois sur des œufs avant la saison de chasse puisqu’un message de tolérance aurait pu être interprété comme un incitatif à la délinquance.
Jusqu’à quel point ce portrait « officiel » est-il fidèle au respect des nouvelles règles ?
Je conviens d’emblée qu’il ne traduit sûrement qu’une partie de la réalité, mais à qui et à quoi pourrions-nous référer pour le rendre plus complet ?

Cet aspect fait partie des étapes subséquentes d’adaptation et d’amélioration d’un mode de gestion mis l’essai à la demande des chasseurs. Nous faisons donc partie des solutions autant que du problème que ces chiffres peuvent sous-estimer.

Coureur des bois

Ni Oui ni non

CHRONIQUE / Nos bureaux sont à quelques centaines de mètres de la rivière Magog, à la hauteur de baies à brochets. Sans grossir les histoires, il m’arrive régulièrement de voir des amateurs de pêche blanche repartir avec des spécimens de 5 kilos et plus.

C’est arrivé le 19 janvier dernier dans un autre plan d’eau prolifique pour le brochet, le lac McGill, dont une partie borde les lots de la papetière Domtar à Lingwick. Ce lac se trouve à l’intérieur du périmètre sous bail consenti au club de chasse et pêche du Territoire Mar-Rin Inc.

« Ce n’est pas le premier de classe, mais c’était un beau gros. Celui-là, je l’ai gardé pour le manger. À force de procéder à des remises à l’eau, on vient qu’à avoir à une bonne qualité de pêche » se réjouit Hugues Ménard après avoir capturé un brochet de presque 1 mètre ayant poussé la balance à 5,5 kilos (12 lb).

M. Ménard est au nombre des pêcheurs utilisant comme leurre un poisson appât monté sur un hameçon simple plutôt sur un trépied, afin d’augmenter les chances de survie des brochets remis à l’eau. Il est ainsi plus facile de décrocher ces prédateurs à grande gueule sans trop les blesser, et sans se blesser soi-même avec leurs dents acérées.

Rappelons que l’interdiction gouvernementale d’utiliser des poissons appâts durant la saison de pêche estivale a frappé l’Estrie comme le reste du Québec au début de 2017. Ces leurres restent toutefois permis durant la saison de pêche blanche, entre le 20 décembre et le 31 mars.

La brochure réglementaire triennale 2016-2018 sur la pêche expirant le 1er avril prochain, plusieurs se demandent si l’inconnu ne cache pas un tour de vis supplémentaire, soit une interdiction complète.

« Pas sûr que les vers seraient des appâts aussi efficaces pour les brochets », laisse tomber M. Ménard.

« Pour ma part, je ne suis pas très inquiet. Nous n’avons aucun écho en ce sens, même pas des bruits de coulisses » estime le Coaticookois Guy Lafrenière, un expert de la pêche blanche.

Voici la réponse plutôt évasive reçue de la direction du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs à Québec.

« À l’heure actuelle, je n’ai malheureusement aucune information ou indication à ce sujet », m’a fait savoir par courriel un membre de l’équipe des communications du ministère.

Ce n’est pas oui. Mais ce n’est pas non, non plus.

La même ambiguïté que celle qui a plané, en début d’année, à propos de la mise en œuvre (ou pas) du projet expérimental de chasse au cerf de Virginie dans les zones 6 Nord et 6 Sud, qui a finalement démarré cet automne. Ironiquement, le ministère identifie la communication tardive comme l’une des lacunes à corriger afin que les chasseurs de la région aient une meilleure compréhension de toutes les implications du Projet de restriction de la taille légale des bois (RTLB).

Seulement deux mois nous séparent de l’application des règles de pêche pour la période 2019-2021 et le législateur n’est toujours pas capable de nous préciser si le statu quo prévaudra au cours des trois prochaines années pour les poissons appâts ou s’ils seront bannis complètement des plans d’eau estriens à compter du mois d’avril.

Conseil d’ami : n’attachez jamais le meilleur leurre de votre coffre à pêche au bas de la ligne d’un ministre de la Faune si vous espérez le récupérer. Les probabilités sont trop fortes que son fil s’use à étirer les délais...

Perspectives

Si simple... et tellement efficace !

CHRONIQUE / Sans prétendre offrir un gilet pare-balles aux Québécois, le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a vanté ces derniers jours l’utilité du rétablissement de l’enregistrement obligatoire des armes de chasse au Québec. « Cet outil supplémentaire de prévention, réclamé par plusieurs regroupements et associations dont les organisations policières, permettra un meilleur contrôle des armes à feu sur le territoire québécois, ce qui évitera bien des drames », a-t-il justifié.

Ce n’est évidemment que coïncidence, si la mise en application de cette loi provinciale s’intercale dans les bulletins de nouvelles entre les reportages du premier anniversaire de la tuerie de Québec.

« Il n’y a aucun lien entre les deux », assure le ministre Coiteux

Hasard, as-tu souvenir d’autres inquiétudes ayant déjà été exprimées par nos protecteurs politiques concernant la sécurité?

Le hasard a des défauts, mais l’intégrité est une question d’honneur pour lui. C’est pourquoi il m’a répondu dans l’heure qui a suivi, me renvoyant à une lettre de protestation que le gouvernement Couillard avait expédiée à Ottawa à l’été 2014.

« Après l’abolition du registre des armes d’épaule, il est décevant de constater que votre gouvernement semble vouloir assouplir encore davantage le contrôle des armes à feu au pays » reprochait Québec dans une lettre cosignée par deux ministres : Lise Thériaut, alors à la Sécurité publique, et Jean-Marc Fournier, à titre de responsable des Affaires intergouvernementales.

Les représentations québécoises portaient sur plusieurs volets, notamment sur le fait qu’Ottawa avait autorisé par décret et sans consultation l’utilisation les armes de type CZ 858 pour le tir récréatif alors qu’aucun champ de tir québécois ne détenait la certification provinciale requise.

La CZ 858 est une arme semi-automatique s’apparentant davantage à une mitraillette qu’à une carabine utilisée pour chasser l’orignal ou le chevreuil. Richard Henri Bains s’était présenté au Métropolis avec l’une de ces armes, en 2012, avec l’intention d’éliminer Pauline Marois qui venait d’être élue première ministre du Québec. Un technicien de scène est tombé sous ses balles.

La Gendarmerie royale du Canada avait annoncé en 2014 le retrait imminent de ce modèle de la liste des armes autorisées au Canada. Le gouvernement de Stephen Harper a décidé du contraire tout juste avant d’être renversé à l’élection fédérale d’octobre 2015.

En plus des deux pistolets à autorisation restreinte, qui auraient dû lui être retirés de manière préventive selon les règles applicables aux détenteurs d’armes soignés pour des dépressions, l’auteur de l’attentat à la mosquée de Québec, Alexandre Bissonnette, détenait le même type d’arme que Bains, avec un chargeur pouvant contenir jusqu’à 30 cartouches contre seulement cinq pour la majorité des armes utilisées par un chasseur. Fort heureusement, dans un cas comme dans l’autre, le mécanisme de l’arme s’est enrayé à l’heure de la folie.

Encore aujourd’hui, vous n’aurez aucune difficulté à trouver sur internet un fournisseur prêt à vous en livrer ce type d’arme au Canada. Le gouvernement Couillard a-t-il abdiqué, pourquoi est-il devenu aussi silencieux et préfère-t-il mettre son registre à l’avant-plan?

Une autre coïncidence, évidemment.

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Mon père a perdu la forme et l’intérêt pour la chasse bien avant son décès, l’automne dernier, à l’âge de 86 ans. Citoyen soucieux des lois, il s’était assuré de léguer ses armes à des membres de sa famille ayant les certifications requises. Une fois ce partage effectué, il ne lui était plus nécessaire de détenir un permis de possession renouvelable aux cinq ans.

Le bureau du contrôleur des armes à feu du Québec m’a confirmé avoir fermé définitivement son dossier le 21 septembre, quelques jours après la réception de son acte de décès. Par contre, une lettre de la GRC nous est parvenue plus tard, nous informant « qu’un examen de ses dossiers avait révélé que le client mentionné ci-dessus (notre père) est détenteur d’un permis d’armes à feu ».

Au lieu de nous fournir le numéro de ce permis comme information potentiellement utile pour passer à travers le reste de la paperasse, la police fédérale nous a demandé de l’inscrire, seulement « si connu »!!!!, dans la Déclaration relative à l’autorisation d’agir au nom d’une succession.

Pour autant que les armes soient entre les mains de détenteurs de permis fédéraux, la GRC ne cherchera aucunement à savoir qui, parce que l’enregistrement n’est plus obligatoire dans le reste du pays. Aucune cession officielle sous supervision gouvernementale n’est requise. Y’a que la Sûreté du Québec qui s’en préoccupera.

Et vous essayez de me faire croire, Monsieur Coiteux, que votre registre provincial sera simple, fluide et qu’il ne se perdra pas dans des paliers superposés alors que vos visions contradictoires avec Ottawa nous ont menés jusqu’à la Cour suprême?

Ça prendra plus que vos nobles intentions pour m’en convaincre.

Coureur des bois

Mieux, mais pas encore rassurant

CHRONIQUE / La récolte d’orignaux en Estrie n’a pas glissé plus creux que le bas fond atteint à l’automne 2016. Bien qu’il y ait une légère amélioration, celle-ci est cependant trop modeste pour l’interpréter comme un signe de redressement du cheptel en chute depuis 10 ans

C’est la conclusion prudente se dégageant des statistiques de la dernière saison de chasse alors que 488 orignaux ont été abattus sur le territoire estrien. C’est un peu mieux que l’an dernier, mais encore en deçà de la moyenne sur cinq ans.

« La récolte de mâles dans la zone 4 est exactement la même qu’à l’automne 2016. Les gains d’une vingtaine d’individus ont tous été réalisés dans le segment des veaux. C’est mince comme croissance et peu convaincant quant à l’amélioration de la capacité de reproduction », estime le responsable de la gestion de la grande faune en Estrie, Éric Jaccard.

Il y a également relance dans la zone 6, mais celle-ci n’est guère plus significative pour dissiper les craintes que la densité chute sous le seuil critique de un orignal/10 km². Estimé à 1000 bêtes en 2010, la population de cette zone ne compterait plus que 450 individus.

Dans la zone 4, la densité après chasse est estimée à 1,07/10 km² alors qu’elle avait été établie à 1,70/10 km² après l’inventaire aérien réalisé durant l’hiver 2010. Au cours de cette période, le cheptel d’orignaux aurait également baissé de près de moitié dans cette zone, passant de 1732 à 1121 bêtes.

Ce recul important est en bonne partie attribué à la mortalité causée par les tiques, qui ont également décimé les cheptels d’États américains voisins comme le New Hampshire où la pression de chasse est nettement moindre qu’ici.

« Si les résultats de la dernière saison en Beauce et dans la région Chaudière-Appalaches différaient grandement des nôtres, ça soulèverait d’autres préoccupations. Les similitudes nous envoient un autre signal rassurant »

Une chute brutale de 20 % de la récolte en Estrie, de 2015 à 2016, avait soulevé de vives appréhensions, les plus pessimistes allant même jusqu’à penser que le gouvernement provincial n’aurait d’autre choix que de décréter une interdiction complète de la chasse à l’orignal durant quelques années dans la région pour des motifs de survie.

« La prudence doit continuer à nous guider, mais ces chiffres prouvent qu’il n’y a pas d’hécatombe nous obligeant à prendre des décisions précipitées. La réflexion sur le nouveau plan de gestion est bien engagée, des ajustements à la durée des saisons sont évalués, mais rien n’est encore arrêté », rapporte M. Jaccard.

Dans le cycle d’alternance des années permissives (durant lesquelles la récolte des femelles est autorisée), il était déjà prévu que 2018 serait une saison restrictive, limitée à la récolte des mâles et des veaux.  

« Toute porte à croire que la protection des femelles sera maintenue en 2019. Par la suite, nous verrons », conclut le biologiste.

Le trophée de l'année

Question de rêver un peu, le plus gros orignal récolté au Québec durant la saison de chasse 2017 tombera sous nos yeux durant la soirée de films de chasse et de pêche proposée aux amateurs, ce vendredi au Club de golf de Sherbrooke. Pour informations : www.productionstfcp.com.

Truites sans frontières

J’ai vu des photos d’impressionnantes truites brunes capturées ces derniers mois au lac Wallace. Un pêcheur américain nous a exhibé une prise semblable, dimanche dernier, sans craindre qu’on lui adresse le moindre reproche d’avoir installé ses brimbales en empiétant allégrement sur le territoire canadien. Les patrouilleurs de la frontière des États-Unis et leurs confrères de la faune ont une tolérance beaucoup moins élevée face à de telles intrusions territoriales...

Malgré l’empiètement toléré par nos dirigeants, comme plus des trois quarts de ce lac appartiennent au Canada, il y a tout de même amplement de place pour accueillir les pêcheurs qui voudront participer au tournoi de pêche qui aura lieu samedi au lac Wallace, de 7 h à 16 h. Vous trouverez aisément le site d’inscription.

Canadiens et Américains étant au moins partenaires dans l’ensemencement de ce plan d’eau, profitons-en!

Le coureur des bois

Un changement d’habitudes après celui des règlements

CHRONIQUE / La première des cinq saisons expérimentales de chasse au cerf de Virginie en Estrie a rencontré certains des objectifs gouvernementaux, mais elle a aussi révélé la nécessité d’appeler avec plus d’insistance à un changement d’habitudes chez les chasseurs sans quoi la région pourrait de nouveau connaître une surpopulation qui n’est pas souhaitée.

L’interdiction d’abattre les jeunes mâles a provoqué une chute de 22 % de la récolte dans la zone 6 nord et de 28 % dans la 6 sud, qui ont été désignées comme territoire d’expérimentation par le gouvernement du Québec. Le programme de restriction de la taille légale de bois (RTLB) interdit d’abattre les mâles les plus vulnérables qui ont toujours représenté le gros de la récolte à l’arme à feu.

Une comparaison avec la zone 4, qui couvre pour l’essentiel les MRC du Haut-Saint-François et du Granit et qui est exempte des changements réglementaires, fait clairement ressortit les impacts du RTLB et traduit ce qui aurait fort probablement été une tendance généralisée dans la région avec le mode conventionnel de gestion à la suite d’hivers peu rigoureux (voir tableau). En considérant seulement les résultats de la saison à l’arme à feu, la récolte de mâles a progressé de 29 % dans la zone 4.

« Les impacts mesurés sont assez conformes à ce que nous annoncions pour les mâles. L’élément le plus étonnant, qui est aussi le plus préoccupant, est du côté des cerfs sans bois. L’augmentation considérable du nombre de permis pour récolter des femelles ou des faons n’a pas provoqué les effets escomptés » constate le biologiste Éric Jaccard, responsable de la grande faune en Estrie.

Les gestionnaires fauniques avaient émis près de 7000 permis additionnels dans ces deux zones pour offrir à un plus grand nombre de chasseurs la possibilité d’abattre un cerf sans bois, et cela afin de compenser les restrictions visant les jeunes mâles ainsi que comme mesure transitoire pour le contingentement s’appliquant désormais durant la saison à la poudre noire. Or, à peine 4 détenteurs de permis sur dix s’en sont prévalu dans la zone 6 Sud alors que cette proportion n’a même pas atteint 2 sur 10 dans la zone 6 Nord.

Les résultats globaux obtenus dans les deux zones expérimentales au terme de cette première saison créent des conditions propices à une croissance rapide du cheptel qui pourrait compromettre « l’acceptabilité sociale », en particulier la tolérance des agriculteurs fortement exposés à la déprédation.

« L’hiver est un autre agent régulateur et s’il s’avère rigoureux, il réduira ce risque. Nous le saurons seulement au printemps. Mais nous ne pouvons pas nous en remettre seulement à ce facteur. Comme nous avons entendu très peu de protestations durant l’automne, l’adhésion des chasseurs au projet semble acquise. C’est un premier pas important.

« Nous devons maintenant améliorer leur niveau de compréhension pour qu’un changement de culture s’opère. Avec plus de mâles matures dans le futur, l’attrait du trophée augmentera lui aussi, c’est sûr. Par contre, pour atteindre cet objectif sans compromettre nos cibles de gestion, il faudra qu’il y ait aussi plus d’intérêt pour la récolte de cerfs sans bois », fait valoir le biologiste Jaccard.

En viendrons-nous à ce que le détenteur de permis de cerf sans bois devra obligatoirement s’en tenir à la récolte d’une femelle ou d’un faon comme c’est le cas dans certains États américains?

« Pas dans l’immédiat, mais c’est une mesure qu’il ne faudra pas exclure si jamais l’accroissement du cheptel devenait trop rapide. »

Vous, que retenez-vous de cette première expérience?

Coureur des bois

Le petit laboratoire

CHRONIQUE / La majorité des chasseurs de chevreuils de l’Estrie ont rangé leurs armes depuis dimanche. Il ne reste que le segment à la poudre noire dans la zone 4, de samedi et jusqu’à mercredi, avant de passer à l’étape des bilans.

Il est évidemment trop tôt pour décrire l’impact de la première saison d’application du programme de Restriction de la taille des bois (RTLB) dans les zones 6 Nord et 6 Sud. Les gestionnaires de la Faune sont à compiler les données et présenteront dès que possible un rapport détaillé.

Pendant ce temps, à plus petite échelle, un club de la région, dont les membres avaient souscrit sur une base volontaire depuis une dizaine d’années à la protection des jeunes mâles, a vécu une saison d’adaptation. Ce sont les femelles qui ont eu droit à l’immunité quasi complète cette année sur le territoire du Club du Lac Fer à cheval.

« Comme nous n’obtenions pas de résultats significatifs au niveau de l’accroissement de mâles matures, il a fallu s’admettre que notre territoire n’était pas nécessairement propice à la rétention des jeunes mâles que nous protégions. Notre récolte stagnait et les femelles constituaient bon an mal an autour de 70 % de la récolte. Il fallait essayer autre chose » met en contexte le président de l’Association, Marco Grégoire.

Les membres ont convenu de limiter le prélèvement de cerfs sans bois à la seule saison de l’arc et de l’arbalète. Aucune femelle n’a finalement été récoltée.

À l’opposé, la récolte de jeunes mâles a été autorisée. Cette initiative locale n’allait pas à l’encontre des visées provinciales puisque les 12 000 acres que ce club loue de la forestière Domtar se trouvent dans la zone 4, donc à l’extérieur du périmètre désigné par Québec pour le RTLB.

Le tableau de chasse y a complètement changé puisque les 14 cerfs abattus par les membres sont des mâles, et certains sont particulièrement costauds. Le président Grégoire a récolté dans la pluie et le vent de dimanche dernier un mâle dominant de 10 pointes et pesant 210 lb, qui collait aux traces d’une femelle en chaleur.

« C’est carrément elle qui me l’a donné! D’autres membres ont également bénéficié de ce leurre naturel au cours de cette saison tardive qui était favorable aux chasseurs. Si vous prélevez beaucoup de femelles en début de saison, les mâles agrandissent leur zone de prospection et vous les poussez peut-être chez les voisins ».

Guy Roy est un chasseur de ce club à avoir vécu d’intenses émotions en récoltant un mâle de 240 lb.

« Je ne veux surtout pas insinuer ou présumer que le programme expérimental RTLB sera un coup d’épée dans l’eau. Nous avons un tout petit laboratoire à côté de la superficie étudiée par les scientifiques qui, elle, couvre une bonne partie de l’Estrie. Ce dont nous pouvons témoigner par contre, c’est qu’une approche linéaire n’est pas nécessairement gage de succès. Pendant combien de temps allons-nous privilégier la protection des femelles à celles des jeunes mâles? Les observations sur le terrain et la tendance des récoltes nous le dicteront », précise M. Grégoire.

Les cibles du RTLB ne changeront sûrement pas aussi radicalement, mais il est déjà écrit dans le ciel que des ajustements seront également nécessaires dans l’immense laboratoire que sont les zones 6 Nord et 6 Sud au cours de l’expérience provinciale de cinq ans. À suivre.

Coureur des bois

Le buck d’une vie et de toutes les envies

CHRONIQUE / Des chasseurs des quatre coins de la région en ont été témoins, le blitz de la période d’accouplement chez les chevreuils est bien engagé et il pousse les mâles expérimentés et futés à commettre des erreurs.

Cet élément est admis de tous, mais certains chasseurs demeurent sceptiques que quelques coups de grunt puissent faire apparaître par magie le chevreuil de leur vie!  

Ajoutez le nom de Marcel Goulet à la liste de ceux qui peuvent en témoigner. Pour ce dernier, c’est même la signature d’un trophée qui était fort convoité.

Allez Marcel, va passer quelques heures à mon poste d’affût, des fois que le « gros » sortirait de sa cachette, a proposé Denis Paquette à son gendre.

« Ce chevreuil, je l’avais en photos. Des voisins, à quatre ou cinq lots plus loin, aussi. Il faisait jaser sur FB. Bien des chasseurs à Lac-Mégantic avaient entendu parler du buck du chemin de la Dam », raconte M. Paquette.

Avec raison!

Douze pointes avec quelques ramifications atypiques vers le bas, un panache d’un diamètre de 30 pouces (75 cm), un poids de 251 lb (114 kg). Vraiment, il était kékun!

« Denis n’a pas eu besoin de me le répéter deux fois. Je suis passé m’acheter de l’urine, et une fois rendu sur place, je me suis éloigné à 70-75 mètres des appâts. À bon vent, j’ai fabriqué un faux grattage et j’ai tracé une ligne d’odeur. Ensuite, je me suis mis à grunter aux quatre ou cinq minutes. Ça l’a provoqué, car je l’ai vu s’amener vers moi en cherchant un rival », a déployé le chasseur comme stratégie.

« J’ai une bonne vingtaine de bucks à mon actif, mais j’ai immédiatement vu que celui-là était dans une classe à part. J’ai dès lors réalisé que c’était le mâle dont beaucoup de gens parlaient à Lac-Mégantic. Certains sont venus me montrer des cornes qu’ils avaient retrouvées au cours des hivers précédents pour valider que c’était bien les siennes. »

Marcel Goulet a vu le géant s’écrouler.

« J’étais tellement impressionné par sa stature que j’ai passé un bon cinq minutes assis dessus, à l’admirer », raconte-t-il.

« Mon chum nous a habitués à des petites steppettes quand il tue. Mais là, il dansait pour vrai! Je ne l’avais jamais vu aussi émotif », ajoute la conjointe de M. Goulet, Guylaine Paquette.

« Je ne suis absolument pas déçu. J’étais très heureux du 8 pointes que j’ai récolté la fin de semaine précédente même s’il n’avait pas le même gabarit. Marcel est un très bon chasseur et je suis content que ce soit lui qui soit parvenu à lui mettre la main dessus », applaudit le beau-père du chasseur.

Le dominant de votre secteur se déguise en courant d’air le jour, vous ne le voyez plus que sur des photos prises de nuit. Diversifiez votre approche, expérimentez.

Ça ne fonctionne pas toujours. Mais le jour où, comme M. Goulet, vous aurez eu la main heureuse à oser, il se peut que vos jambes se mettent d’elles-mêmes à danser!

Coureur des bois

Un chum, c’est un chum!

CHRONIQUE / Vous lisez le titre et vous pensez immédiatement aux malversations politiques avouées devant la Commission Charbonneau. C’est à croire que Bernard Trépanier, celui qui a utilisé ces mots pour décrire les liens qui unissaient des magouilleux, a contaminé à jamais l’expression et en a condamné l’utilisation pour décrire une amitié généreuse et plus sincère.

Réhabilitons-la dans l’ambiance d’un camp de chasse où un chef cuisinier peinant à se déplacer récompense avec ses talents culinaires le chum sans qui il ne pourrait plus chasser et régale les autres membres de l’expédition.

Ancien restaurateur, atteint de sclérose en plaques, une maladie paralysant 70 % de son côté droit et de 10 % du côté opposé, André Drapeau habite Saint-Simon-de-Bagot et vit un quotidien assez contraignant.

Il vient néanmoins se ressourcer chaque automne depuis une dizaine d’années en chassant en Estrie, une dose de bonheur qui lui est encore plus essentielle parce que son autonomie décline plus rapidement.

« Jusqu’à il y a deux ans, j’étais encore capable de marcher presque un kilomètre pour me rendre à ma cache. J’ai atteint le point où j’ai dû admettre qu’il me fallait céder cette place à un autre. J’ai cru que la chasse était finie. J’avais commencé à en faire mon deuil, à coups de rage et de pleurs. Un deuil de plus, après le golf et la pêche puisque ma condition ne me permet plus de prendre place dans une chaloupe » raconte M. Drapeau.

Parce qu’un chum est un chum et qu’un passionné de chasse peut comprendre la rupture qu’il vivrait s’il était privé de ce contact avec la nature et poussé à l’égard du cercle d’amis, Daniel Dostie se charge de palier aux limitations du chef qui gâte son estomac.

« Daniel m’a convaincu de continuer et grâce à lui, j’y arrive encore. Étant gaucher, ma mobilité est du bon côté et ayant toujours été un chasseur qui tire juste, quand j’appuie sur la gâchette, ça tombe », décrit fièrement celui qui s’apprête à se lancer avec son épouse dans le débitage de sa récolte des derniers jours, une femelle qu’il avait droit d’abattre avec un permis de cerf sans bois obtenu lors du tirage au sort réservé aux personnes handicapées.

« Malgré ses limitations physiques, André s’investit comme bénévole de notre club. C’est un sacré bon membre et j’ai autant de plaisir que lui, juste à l’aider. J’ai eu l’opportunité samedi matin de clore ma saison avec un beau six pointes. Si je l’avais fait, j’aurais risqué d’arriver en retard au rendez-vous fixé avec André. Il était la priorité de ma journée » me confie Daniel Dostie.

« André prend place dans une cache au sol, je l’installe avec un bon point d’appui, je m’assois à ses côtés et nous avons comme entente que c’est moi qui lui donne le feu vert pour tirer. André n’était pas un chasseur très expérimenté et il apprend d’une occasion à l’autre à mieux choisir sa cible avec le souci de saine gestion du cheptel dans notre secteur » ajoute celui qui préside le Club de Compton, dont le territoire se trouve dans la MRC du Haut-Saint-François.

M. Dostie présente sur sa page personnelle Facebook des extraits en vidéo de leur dernière chasse. La capacité d’adaptation de M. Drapeau est impressionnante. Son sourire, à ne point en douter, est celui d’un chum comblé!

Oups!

Je vous ai rappelé la semaine dernière de vous mettre à l’heure des nouveaux règlements sur la taille légale des bois (RTLB) s’appliquant pour le chevreuil dans les zones 6 Nord et 6 Sud, mais j’ai aussi par inadvertance retranché une journée de chasse à la saison à l’arme à feu. Gabriel Nadeau et Étienne Duteau, deux lecteurs attentifs et assidus, m’en ont fait la remarque. De fait, la dernière journée ne sera pas le 18, mais bien le dimanche 19 novembre.

COUREUR DES BOIS

L'heure de pointe(s) au labo des chevreuils

CHRONIQUE / On recule horloges et cadrans samedi soir, mais l’imposante cohorte de chasseurs de chevreuil qui entrera dans le bois à compter de la fin de semaine devra se mettre à l’heure de la nouvelle réglementation sur la taille légale des bois (RTLB) dès samedi matin.

Du 4 au 19 novembre, ce sont les chasseurs à l’arme à feu, constituant la masse des adeptes, qui ouvriront la porte du laboratoire que sont devenues les zones 6 Nord et 6 Sud couvrant une bonne partie du territoire de l’Estrie. Tous devront se soumettre aux règles de protection des jeunes mâles.

Y compris les détenteurs de permis de cerf sans bois.

« Certains détenteurs de ces permis obtenus par tirage au sort croient qu’ils ne sont pas visés par les restrictions du RTLB. Ce n’est pas le cas. Pour qu’un jeune mâle entre dans la catégorie des cerfs sans bois, ses cornes ne doivent pas avoir plus de 7 cm » rappelle la biologiste Sonia de Bellefeuille, qui coordonne le programme expérimental de cinq ans mis à l’essai en région.

Tous les autres chasseurs devront avoir le souci inverse de valider préalablement s’ils s’apprêtent à prendre pour cible un mâle dont le panache compte au moins 3 pointes de 2,5 cm (1 pouce) ou plus d’un côté. Dans ce cas, il s’agira en principe d’un mâle adulte, le segment que les gestionnaires fauniques visent à augmenter pour donner satisfaction aux chasseurs s’étant déclarés majoritairement favorables à une récolte orientée vers la qualité plutôt que sur la quantité.

Des cas d’exception sont possibles et le ministère de la Faune a d’ailleurs commencé à les documenter dès l’automne dernier à partir d’un échantillon de 350 bêtes récoltées dans les zones 6 Nord et 6 Sud. Pour ces cerfs, une analyse dentaire a été effectuée en complément de l’examen visuel auquel du personnel qualifié a procédé à l’une des stations d’enregistrement.

« Dans la grande majorité des cas, la détermination de l’âge suite à l’analyse en laboratoire des dents prélevées a confirmé la classification préliminaire que nous avions faite en fonction des caractéristiques corporelles (1,5 an Vs 2,5 ans et plus). Nous nous sommes cependant retrouvés avec des cerfs d’un an et demi dont le poids atteignait 70 kilos ou possédant des panaches de 6 pointes ou plus. À l’inverse, des individus qui semblaient plus jeunes en fonction de leur panache et de leur poids se sont avérés être des mâles plus âgés », précise Mme de Bellefeuille.

Coureur des bois

Tireur d’élite à 91 ans !

CHRONIQUE / Les orignaux étant de plus en plus rares en Estrie, ça rend l’exploit plus méritoire. Malgré ses 91 ans, Gérard Roy a encore l’œil assez juste et la gâchette assez rapide pour être un redoutable chasseur.

M. Roy vient de récolter un orignal à la carabine sur des terres de Domtar qui sont louées par le Club de chasse et pêche East-Angus. Un tir précis, même pas accoté. Bing, bang, affaire classée avec l’étroite complicité de son fils Sylvain, qui est un calleur efficace.

« J’ai encore un peu de difficulté à le croire. À mon âge, vous savez, on pense d’une année à l’autre que c’est notre dernier », confie humblement ce chasseur passionné demeurant à East-Angus.

Comme l’enregistrement d’un orignal exige plus d’un permis, l’aîné de la famille a souvent offert le sien pour compléter un duo. Cette année, à deux reprises, il a refusé.

« Je ne sais pas, j’avais comme une intuition que cette année serait la bonne. C’est seulement mon deuxième orignal à vie. Ma grande passion a toujours été le chevreuil, je dois être rendu à une trentaine. Je suis un peu moins alerte qu’avant, mais je suis tenace. J’ai appris ainsi, car quand j’étais très jeune, les chevreuils étaient rares dans la région. Lorsqu’on trouvait une piste, on venait comme des chiens fous! »

M. Roy ne vise rien de moins que le doublé cette année, lui qui a récolté « son chevreuil » au cours des deux dernières années.

Témoin privilégié, Sylvain Roy parle de cette chasse réussie avec émotions.

« Quand j’ai vu que ce jeune mâle répondait à mes appels et qu’il s’approchait de nous, j’ai redoublé de prudence. Quand j’ai entendu le coup et que j’ai vu la bête au sol, j’ai été aussi euphorique que mon père. Non, mais pensez-y, il a 91 ans! »
La chasse est une tradition familiale chez les Roy. Une affaire de frères, de fils, de gendres, de beaux-frères et de petits-fils.

« Dès que j’ai su que mon grand père avait tué, je suis allé les rejoindre. Je suis fier, content pour lui, c’est tellement un bel accomplissement. Pour avoir vu la réaction de mon oncle Sylvain, c’est vrai qu’il ne portait plus à terre. Il y a une belle complicité père-fils, mon oncle Sylvain fait preuve d’un dévouement exemplaire envers son père. C’est inspirant comme modèle », témoigne à son tour Jérémie Graillon, 31 ans, une autre pousse dans ce terreau de chasseurs.
M. Roy est en forme, mais il n’est plus la jeunesse d’autrefois.

« Comme j’ai moins d’équilibre, j’utilise des bâtons de marche pour me rendre à mon poste d’affût. J’ai toujours autant de plaisir à chasser. C’est vrai que Sylvain me facilite les choses. Sans lui, je n’y arriverais probablement pas. C’est un beau cadeau de pouvoir vivre encore ces heureuses journées en famille », ajoute le patriarche.

Ceux qui associent le bonheur de chasser à un plaisir de barbares sont complètement à côté de la cible!

Il faut voter!

Les candidats aux élections municipales l’entendent fréquemment en demandant à des citoyens s’ils pourront compter sur leur vote, le 5 novembre : désolé, je serai dans le bois...

« Pourriez-vous recommander aux chasseurs d’aller voter par anticipation dimanche, avant le début de la saison à l’arme à feu », m’a suggéré l’un d’eux.

Désolé, monsieur, la chasse à la poudre noire commence samedi dans les zones 6 Nord et 6 Sud, y’a seulement cinq jours de chasse, plus le droit d’abattre les femelles à moins d’avoir un permis, les trois pointes, la longueur des pointes, y’a tellement de changements dont il faut se rappeler que j’ai oublié pour qui voter!

Ben non, pas vrai, je vais trouver un moment pour aller voter. Les chasseurs ne font pas les choses à moitié.