Coureur des bois

Le buck d’une vie et de toutes les envies

CHRONIQUE / Des chasseurs des quatre coins de la région en ont été témoins, le blitz de la période d’accouplement chez les chevreuils est bien engagé et il pousse les mâles expérimentés et futés à commettre des erreurs.

Cet élément est admis de tous, mais certains chasseurs demeurent sceptiques que quelques coups de grunt puissent faire apparaître par magie le chevreuil de leur vie!  

Ajoutez le nom de Marcel Goulet à la liste de ceux qui peuvent en témoigner. Pour ce dernier, c’est même la signature d’un trophée qui était fort convoité.

Allez Marcel, va passer quelques heures à mon poste d’affût, des fois que le « gros » sortirait de sa cachette, a proposé Denis Paquette à son gendre.

« Ce chevreuil, je l’avais en photos. Des voisins, à quatre ou cinq lots plus loin, aussi. Il faisait jaser sur FB. Bien des chasseurs à Lac-Mégantic avaient entendu parler du buck du chemin de la Dam », raconte M. Paquette.

Avec raison!

Douze pointes avec quelques ramifications atypiques vers le bas, un panache d’un diamètre de 30 pouces (75 cm), un poids de 251 lb (114 kg). Vraiment, il était kékun!

« Denis n’a pas eu besoin de me le répéter deux fois. Je suis passé m’acheter de l’urine, et une fois rendu sur place, je me suis éloigné à 70-75 mètres des appâts. À bon vent, j’ai fabriqué un faux grattage et j’ai tracé une ligne d’odeur. Ensuite, je me suis mis à grunter aux quatre ou cinq minutes. Ça l’a provoqué, car je l’ai vu s’amener vers moi en cherchant un rival », a déployé le chasseur comme stratégie.

« J’ai une bonne vingtaine de bucks à mon actif, mais j’ai immédiatement vu que celui-là était dans une classe à part. J’ai dès lors réalisé que c’était le mâle dont beaucoup de gens parlaient à Lac-Mégantic. Certains sont venus me montrer des cornes qu’ils avaient retrouvées au cours des hivers précédents pour valider que c’était bien les siennes. »

Marcel Goulet a vu le géant s’écrouler.

« J’étais tellement impressionné par sa stature que j’ai passé un bon cinq minutes assis dessus, à l’admirer », raconte-t-il.

« Mon chum nous a habitués à des petites steppettes quand il tue. Mais là, il dansait pour vrai! Je ne l’avais jamais vu aussi émotif », ajoute la conjointe de M. Goulet, Guylaine Paquette.

« Je ne suis absolument pas déçu. J’étais très heureux du 8 pointes que j’ai récolté la fin de semaine précédente même s’il n’avait pas le même gabarit. Marcel est un très bon chasseur et je suis content que ce soit lui qui soit parvenu à lui mettre la main dessus », applaudit le beau-père du chasseur.

Le dominant de votre secteur se déguise en courant d’air le jour, vous ne le voyez plus que sur des photos prises de nuit. Diversifiez votre approche, expérimentez.

Ça ne fonctionne pas toujours. Mais le jour où, comme M. Goulet, vous aurez eu la main heureuse à oser, il se peut que vos jambes se mettent d’elles-mêmes à danser!

Coureur des bois

Un chum, c’est un chum!

CHRONIQUE / Vous lisez le titre et vous pensez immédiatement aux malversations politiques avouées devant la Commission Charbonneau. C’est à croire que Bernard Trépanier, celui qui a utilisé ces mots pour décrire les liens qui unissaient des magouilleux, a contaminé à jamais l’expression et en a condamné l’utilisation pour décrire une amitié généreuse et plus sincère.

Réhabilitons-la dans l’ambiance d’un camp de chasse où un chef cuisinier peinant à se déplacer récompense avec ses talents culinaires le chum sans qui il ne pourrait plus chasser et régale les autres membres de l’expédition.

Ancien restaurateur, atteint de sclérose en plaques, une maladie paralysant 70 % de son côté droit et de 10 % du côté opposé, André Drapeau habite Saint-Simon-de-Bagot et vit un quotidien assez contraignant.

Il vient néanmoins se ressourcer chaque automne depuis une dizaine d’années en chassant en Estrie, une dose de bonheur qui lui est encore plus essentielle parce que son autonomie décline plus rapidement.

« Jusqu’à il y a deux ans, j’étais encore capable de marcher presque un kilomètre pour me rendre à ma cache. J’ai atteint le point où j’ai dû admettre qu’il me fallait céder cette place à un autre. J’ai cru que la chasse était finie. J’avais commencé à en faire mon deuil, à coups de rage et de pleurs. Un deuil de plus, après le golf et la pêche puisque ma condition ne me permet plus de prendre place dans une chaloupe » raconte M. Drapeau.

Parce qu’un chum est un chum et qu’un passionné de chasse peut comprendre la rupture qu’il vivrait s’il était privé de ce contact avec la nature et poussé à l’égard du cercle d’amis, Daniel Dostie se charge de palier aux limitations du chef qui gâte son estomac.

« Daniel m’a convaincu de continuer et grâce à lui, j’y arrive encore. Étant gaucher, ma mobilité est du bon côté et ayant toujours été un chasseur qui tire juste, quand j’appuie sur la gâchette, ça tombe », décrit fièrement celui qui s’apprête à se lancer avec son épouse dans le débitage de sa récolte des derniers jours, une femelle qu’il avait droit d’abattre avec un permis de cerf sans bois obtenu lors du tirage au sort réservé aux personnes handicapées.

« Malgré ses limitations physiques, André s’investit comme bénévole de notre club. C’est un sacré bon membre et j’ai autant de plaisir que lui, juste à l’aider. J’ai eu l’opportunité samedi matin de clore ma saison avec un beau six pointes. Si je l’avais fait, j’aurais risqué d’arriver en retard au rendez-vous fixé avec André. Il était la priorité de ma journée » me confie Daniel Dostie.

« André prend place dans une cache au sol, je l’installe avec un bon point d’appui, je m’assois à ses côtés et nous avons comme entente que c’est moi qui lui donne le feu vert pour tirer. André n’était pas un chasseur très expérimenté et il apprend d’une occasion à l’autre à mieux choisir sa cible avec le souci de saine gestion du cheptel dans notre secteur » ajoute celui qui préside le Club de Compton, dont le territoire se trouve dans la MRC du Haut-Saint-François.

M. Dostie présente sur sa page personnelle Facebook des extraits en vidéo de leur dernière chasse. La capacité d’adaptation de M. Drapeau est impressionnante. Son sourire, à ne point en douter, est celui d’un chum comblé!

Oups!

Je vous ai rappelé la semaine dernière de vous mettre à l’heure des nouveaux règlements sur la taille légale des bois (RTLB) s’appliquant pour le chevreuil dans les zones 6 Nord et 6 Sud, mais j’ai aussi par inadvertance retranché une journée de chasse à la saison à l’arme à feu. Gabriel Nadeau et Étienne Duteau, deux lecteurs attentifs et assidus, m’en ont fait la remarque. De fait, la dernière journée ne sera pas le 18, mais bien le dimanche 19 novembre.

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L'heure de pointe(s) au labo des chevreuils

CHRONIQUE / On recule horloges et cadrans samedi soir, mais l’imposante cohorte de chasseurs de chevreuil qui entrera dans le bois à compter de la fin de semaine devra se mettre à l’heure de la nouvelle réglementation sur la taille légale des bois (RTLB) dès samedi matin.

Du 4 au 19 novembre, ce sont les chasseurs à l’arme à feu, constituant la masse des adeptes, qui ouvriront la porte du laboratoire que sont devenues les zones 6 Nord et 6 Sud couvrant une bonne partie du territoire de l’Estrie. Tous devront se soumettre aux règles de protection des jeunes mâles.

Y compris les détenteurs de permis de cerf sans bois.

« Certains détenteurs de ces permis obtenus par tirage au sort croient qu’ils ne sont pas visés par les restrictions du RTLB. Ce n’est pas le cas. Pour qu’un jeune mâle entre dans la catégorie des cerfs sans bois, ses cornes ne doivent pas avoir plus de 7 cm » rappelle la biologiste Sonia de Bellefeuille, qui coordonne le programme expérimental de cinq ans mis à l’essai en région.

Tous les autres chasseurs devront avoir le souci inverse de valider préalablement s’ils s’apprêtent à prendre pour cible un mâle dont le panache compte au moins 3 pointes de 2,5 cm (1 pouce) ou plus d’un côté. Dans ce cas, il s’agira en principe d’un mâle adulte, le segment que les gestionnaires fauniques visent à augmenter pour donner satisfaction aux chasseurs s’étant déclarés majoritairement favorables à une récolte orientée vers la qualité plutôt que sur la quantité.

Des cas d’exception sont possibles et le ministère de la Faune a d’ailleurs commencé à les documenter dès l’automne dernier à partir d’un échantillon de 350 bêtes récoltées dans les zones 6 Nord et 6 Sud. Pour ces cerfs, une analyse dentaire a été effectuée en complément de l’examen visuel auquel du personnel qualifié a procédé à l’une des stations d’enregistrement.

« Dans la grande majorité des cas, la détermination de l’âge suite à l’analyse en laboratoire des dents prélevées a confirmé la classification préliminaire que nous avions faite en fonction des caractéristiques corporelles (1,5 an Vs 2,5 ans et plus). Nous nous sommes cependant retrouvés avec des cerfs d’un an et demi dont le poids atteignait 70 kilos ou possédant des panaches de 6 pointes ou plus. À l’inverse, des individus qui semblaient plus jeunes en fonction de leur panache et de leur poids se sont avérés être des mâles plus âgés », précise Mme de Bellefeuille.

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Tireur d’élite à 91 ans !

CHRONIQUE / Les orignaux étant de plus en plus rares en Estrie, ça rend l’exploit plus méritoire. Malgré ses 91 ans, Gérard Roy a encore l’œil assez juste et la gâchette assez rapide pour être un redoutable chasseur.

M. Roy vient de récolter un orignal à la carabine sur des terres de Domtar qui sont louées par le Club de chasse et pêche East-Angus. Un tir précis, même pas accoté. Bing, bang, affaire classée avec l’étroite complicité de son fils Sylvain, qui est un calleur efficace.

« J’ai encore un peu de difficulté à le croire. À mon âge, vous savez, on pense d’une année à l’autre que c’est notre dernier », confie humblement ce chasseur passionné demeurant à East-Angus.

Comme l’enregistrement d’un orignal exige plus d’un permis, l’aîné de la famille a souvent offert le sien pour compléter un duo. Cette année, à deux reprises, il a refusé.

« Je ne sais pas, j’avais comme une intuition que cette année serait la bonne. C’est seulement mon deuxième orignal à vie. Ma grande passion a toujours été le chevreuil, je dois être rendu à une trentaine. Je suis un peu moins alerte qu’avant, mais je suis tenace. J’ai appris ainsi, car quand j’étais très jeune, les chevreuils étaient rares dans la région. Lorsqu’on trouvait une piste, on venait comme des chiens fous! »

M. Roy ne vise rien de moins que le doublé cette année, lui qui a récolté « son chevreuil » au cours des deux dernières années.

Témoin privilégié, Sylvain Roy parle de cette chasse réussie avec émotions.

« Quand j’ai vu que ce jeune mâle répondait à mes appels et qu’il s’approchait de nous, j’ai redoublé de prudence. Quand j’ai entendu le coup et que j’ai vu la bête au sol, j’ai été aussi euphorique que mon père. Non, mais pensez-y, il a 91 ans! »
La chasse est une tradition familiale chez les Roy. Une affaire de frères, de fils, de gendres, de beaux-frères et de petits-fils.

« Dès que j’ai su que mon grand père avait tué, je suis allé les rejoindre. Je suis fier, content pour lui, c’est tellement un bel accomplissement. Pour avoir vu la réaction de mon oncle Sylvain, c’est vrai qu’il ne portait plus à terre. Il y a une belle complicité père-fils, mon oncle Sylvain fait preuve d’un dévouement exemplaire envers son père. C’est inspirant comme modèle », témoigne à son tour Jérémie Graillon, 31 ans, une autre pousse dans ce terreau de chasseurs.
M. Roy est en forme, mais il n’est plus la jeunesse d’autrefois.

« Comme j’ai moins d’équilibre, j’utilise des bâtons de marche pour me rendre à mon poste d’affût. J’ai toujours autant de plaisir à chasser. C’est vrai que Sylvain me facilite les choses. Sans lui, je n’y arriverais probablement pas. C’est un beau cadeau de pouvoir vivre encore ces heureuses journées en famille », ajoute le patriarche.

Ceux qui associent le bonheur de chasser à un plaisir de barbares sont complètement à côté de la cible!

Il faut voter!

Les candidats aux élections municipales l’entendent fréquemment en demandant à des citoyens s’ils pourront compter sur leur vote, le 5 novembre : désolé, je serai dans le bois...

« Pourriez-vous recommander aux chasseurs d’aller voter par anticipation dimanche, avant le début de la saison à l’arme à feu », m’a suggéré l’un d’eux.

Désolé, monsieur, la chasse à la poudre noire commence samedi dans les zones 6 Nord et 6 Sud, y’a seulement cinq jours de chasse, plus le droit d’abattre les femelles à moins d’avoir un permis, les trois pointes, la longueur des pointes, y’a tellement de changements dont il faut se rappeler que j’ai oublié pour qui voter!

Ben non, pas vrai, je vais trouver un moment pour aller voter. Les chasseurs ne font pas les choses à moitié.

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Chasser le doute

CHRONIQUE / Un premier contingent de chasseurs vit depuis samedi dernier sur le terrain avec la restriction de la taille légale des bois (RTLB) pour le chevreuil, restrictions mises à l’essai pour cinq ans dans les zones 6 Nord et 6 Sud de l’Estrie. Je suis du nombre et donc à même d’en témoigner : préparez-vous à chasser le doute!

Le premier segment, celui de l’arc et de l’arbalète, demeure le plus permissif puisque la récolte de cerfs sans bois est encore autorisée pour tous. Ma chasse aurait d’ailleurs pu être expéditive puisque j’ai eu plusieurs femelles ou faons à portée de tir dans un champ de la zone agricole de la MRC de Coaticook, secteur où la densité dépasse largement la moyenne de 5 cerfs/km² ciblée dans le plan de gestion.
Ayant profité de l’effet de surprise de la première fin de semaine — au cours de laquelle même les chevreuils expérimentés sont peu méfiants —, je me suis également retrouvé en présence de quelques mâles à courte distance. C’est là qu’il faut lutter contre nos réflexes du passé puisque les jeunes mâles sont protégés peu importe l’arme utilisée.
Bon, le panache de celui-ci n’a que quatre pointes, il n’est pas légal, on oublie. Par contre, en voilà un autre qui s’amène et celui-là... une, deux, trois pointes du même côté, voilà peut-être un candidat pour l’assiette!
Deuxième étape de validation : une, deux pointes élancées et bien démarquées, mais c’est nettement moins évident pour la troisième : a-t-elle la longueur minimale de 2,5 cm (1 pouce) exigée par le RTLB?
J’ai eu ce mâle de face et de côté à moins de 20 verges durant un bon cinq minutes, peut-être davantage. Je l’ai vu dans un champ à pleine clarté et j'ai pu l’observer à l’œil comme avec des jumelles. Malgré cela, mon cerveau n’a jamais donné le feu vert à mon doigt pour appuyer sur la détente de l’arbalète. C’est le genre d’hésitation que vous êtes susceptible d’avoir à gérer, à 50, 100 ou 150 verges, avec une luminosité réduite au croissant ou au déclin du jour, avec des branches ou autres obstacles pour compliquer le portrait.
Les zones expérimentales seront l’exception, partout ailleurs en province les daguets (spikes) dont les cornes ont 7 cm et plus pourront encore être récoltés cet automne au Québec, pourvu que celles-ci ont au moins 7 cm (presque 3 pouces).
Dans ces cas, les chasseurs ont des repères. Sans qu’on puisse en faire une règle du pouce, dès que les cornes dépassent les oreilles du cerf, les probabilités qu’’il s’agisse d’un mâle illégal sont faibles. Sauf qu’au centimètre près et sans la moindre référence, c’est une autre paire de manches.
« Effectivement, les nouvelles règles posent un certain défi aux chasseurs, convient le biologiste Éric Jaccard, responsable de la grande faune en Estrie. Ça fait partie du projet! Dans les juridictions où la RTLB a été appliquée, les chasseurs ont pu s’adapter. La longueur de 1 pouce constitue une règle qui contribue à distinguer les « petites excroissances » que certains cerfs peuvent présenter au niveau du panache. Avec cette mesure minimale, la protection des jeunes mâles est donc optimisée, ce qui n’aurait pas été le cas si nous n’avions pas émis de longueur minimale. »
La longueur de 1 pouce est la norme standard utilisée pour définir une pointe sur un panache de cerf par tous les États et provinces en Amérique du Nord, précise-t-on également du côté de Québec.
Le désir de protéger les jeunes mâles ayant été réclamé par des chasseurs et ayant été promu avec insistance par leur association provinciale, on ne peut reprocher aux gestionnaires fauniques d’avoir cherché à compliquer les choses avec des règles pointilleuses.
Au lieu de maugréer d’avoir eu à gracier un jeune mâle, il faut s’en réjouir et lui donner rendez-vous dans un an.
Ça, ce sera l’autre adaptation. Même plus nombreux, les mâles matures ne seront pas moins vigilants. Celui qui broutait seul en retrait et que j’ai entrevu au loin, dimanche soir, en regagnant ma voiture, a déjà probablement reculé sa montre pour repousser ses heures de repas à découvert. Les coups de feu qu’il entendra au cours des prochaines semaines le dissuaderont encore plus de brouter à la clarté.
Pour tout dire, je crains de le revoir seulement l’an prochain!