Pierre Cliche

Cantonniers de Magog : Luc Boucher et Pierre Cliche ont défié la logique

Les Cantonniers de Magog avaient bouleversé le monde du hockey amateur en 1986 en donnant l’opportunité à deux blancs-becs de 21 ans de s’installer derrière le banc de l’équipe. Aujourd’hui, force est de reconnaître que sous Luc Boucher et Pierre Cliche, les Cantonniers ont traversé un de leurs épisodes les plus fructueux en 40 ans.

La formation magogoise venait de traverser deux saisons décevantes en ne parvenant pas à jouer pour .500. Alors que l’habitude est plutôt de se tourner vers des hommes d’expérience pour relancer une équipe, les Cantonniers avaient choisi un autre chemin : la jeunesse.

Non seulement ils étaient jeunes, mais leur bagage d’expérience était plutôt mince avec une seule saison dans le rôle d’entraîneur avec le midget BB de Magog. « On a eu la chance que Serge Lagueux soit nommé directeur gérant des Cantonniers et il venait de travailler avec Luc et moi dans le midget BB. Il a eu le culot de nous offrir le poste chez les Cantonniers, affirme Pierre Cliche. Je me demande encore si nous avions bien réfléchi avant de décider de sauter dans l’aventure. »

« Nous sommes arrivés chez les Cantonniers avec toute la naïveté de nos 21 ans, notre fougue, notre désir de changer les choses, mentionne Luc Boucher. Non seulement l’annonce de notre embauche a fait du bruit en raison de notre âge, mais deux coentraîneurs, c’était du nouveau et de l’avis de plusieurs cela ne pourrait pas fonctionner. »

Et d’ajouter Boucher. « J’avais été coaché par des gars comme Gaston Drapeau et André Moose Dupont dans le junior majeur et j’étudiais en éducation physique à l’Université de Sherbrooke. Pierre avait joué deux ans avec les Cantonniers et avait par le fait même une bonne connaissance de l’organisation et de la ligue. On ne partait quand même pas les mains vides. »

Il reste que le nouveau tandem d’entraîneurs des Cantonniers a dû se mettre à jour rapidement pour obtenir les accréditations exigées pour diriger dans le midget AAA. « On a fait nos classes en suivant les formations de Hockey Québec. Je me souviens encore d’un titulaire en avant, fendant sur les bords, qui nous avait mentionné sur un ton hautain qu’on ne tiendrait pas six mois. On a fait quatre ans à Magog et lui est disparu du monde du hockey », raconte Pierre Cliche

Du succès instantané

Les deux entraîneurs ont connu du succès instantané avec les Cantonniers. Sous leur gouverne, les amateurs ont recommencé à envahir l’aréna de Magog. Dès leur première saison, Cliche et Boucher ont remis l’équipe sur les rails, subissant l’élimination en demi-finale contre les Riverains du Richelieu (maintenant le collège Charles-Lemoyne) et leur as marqueur Réginald Savage. Les Riverains ont ensuite été couronnés champions canadiens.

Les succès ont continué de s’accumuler les trois saisons suivantes :    champions au tournoi international midget de Drummondville, un tout premier championnat de saison pour la concession magogoise et trois présences de suite en finale en 1988, 1989, 1990. Aucun autre entraîneur ne peut se vanter d’avoir conduit les Cantonniers en finale à trois reprises. En saison, la fiche cumulative des Cantonniers sous ce duo d’entraîneurs est éloquente : 103 victoires, 62 défaites et trois verdicts nuls.

« C’est une belle feuille de route. On nous l’a répété souvent. Le travail a été accompli. Malheureusement, la dernière victoire en finale nous a toujours glissé entre les doigts. Ce fut quand même un beau parcours », ont déclaré conjointement Boucher et Cliche.

Comment expliquer pareil succès? « On avait le défaut de nos qualités, ont-ils répondu. Le respect et la confiance de nos joueurs ont peut-être été plus long à acquérir qu’en temps normal en raison de notre âge, surtout la première saison, mais la communication avec les joueurs en était facilitée parce que la différence d’âge n’était pas grande. On parlait pas mal le même langage. »

Des joueurs exceptionnels

Boucher et Cliche sont les premiers à reconnaître qu’ils ont pris les rênes des Cantonniers en même temps que certains joueurs au talent exceptionnel ont débarqué dans le vestiaire. Des noms : Martin Gélinas, Yanic Perreault, Pierre Sévigny, Guy Lehoux, Jean-François Labbé, Charles Poulin, Jean-François Grégoire et combien d’autres.

« Les bons joueurs font les bons entraîneurs dit le vieil adage. » confie Cliche. « Nous avons été choyés de diriger des joueurs de cette trempe et avec autant de caractère », de renchérir Boucher.

Malheureusement, l’association du tandem Boucher-Cliche avec les Cantonniers a pris fin abruptement avant la campagne 1990-91. « Nous n’étions pas sur la même longueur d’onde avec la direction. On a préféré tourner la dernière page à ce moment-là », mentionnent-ils.

Chose certaine, les Cantonniers ont osé en 1986 et ils ont gagné avec ce duo plus qu’improbable.

Luc Boucher

Stabilité derrière le banc

On ne peut pas dire que les entraîneurs ont souvent été sur la corde raide chez les Cantonniers. Le dernier congédiement d’entraîneur remonte à la saison 1993-94 quand Gaétan Pélissier avait remplacé Daniel Bissonnette. Ironiquement, le Magogois Renald Goulet a souvent été au milieu de ces changements. En 1980-81, Goulet avait remplacé Jean Patenaude qui avait lui-même succédé à Michel Lacroix après son licenciement. En 1983-84, Goulet a lui-même été limogé et remplacé par Jacques Grégoire avant de rebondir en 1985-86 pour prendre la relève d’Alain Bourgault. Aujourd’hui, Renald Goulet continue d’assister régulièrement aux parties locales des Cantonniers.

***

Félix Potvin est seulement le deuxième entraîneur à entreprendre une cinquième saison d’affilée à la barre des Cantonniers. Avant lui, Martin Bernard avait dirigé les Cantonniers durant cinq saisons entre 2008-2009 et 2012-2013. Il s’agissait du second séjour de Bernard à la barre des Cantonniers, lui qui a aussi piloté l’équipe quatre ans d’affilée à partir de la campagne 2002-2003

***

Saviez-vous que Toby Lafrance, actuel adjoint de Félix Potvin, est l’auteur du 5000e but de la concession? Ça se passait le 25 janvier 2003 dans un revers de 7-2 contre les Élites de Jonquière. La saison suivante, Lafrance était le pilier offensif des Magogois. Il avait terminé la saison au premier rang des compteurs de l’équipe avec 68 points, dont 30 buts.

***    

Il est passé comme un coup de vent et il y a fort à parier que très peu d’amateurs se souviennent du passage de Roger Gee Roy chez les Cantonniers. L’ancien recruteur du Canadien de Montréal, qui porte au doigt une bague de la Coupe Stanley du Canadien en 1986, avait été nommé directeur gérant de l’équipe au début de la saison 1990-91. Très actif dans la LHJMQ, notamment avec les Castors de Sherbrooke, et également dans la défunte Association mondiale de hockey, Roy a occupé ce poste à Magog à peine quelques mois.

***

Les Cantonniers ont disputé leur première partie dans la Ligue midget AAA du Québec le 21 septembre 1979 à Boisbriand contre les défunts Pionniers de Laurentides-Lanaudière. Les Cantonniers avaient baissé pavillon 8-6. Michel Gosselin d’Asbestos fut le marqueur du premier but de l’histoire de la concession. L’alignement partant des Cantonniers pour ce match historique était composé du gardien Denis Roy, des défenseurs Sylvain Roy et Bruno Fillion, ainsi que des attaquants Danny Lessard, Bertrand Lavoie et Daniel Lamirande. Le gardien Mario Gosselin, étonnamment, était assis au bout du banc.