Les faons aussi frêles n'en mènent pas large dans 50 cm de neige. La majorité d'entre eux seraient tout de même passés à travers la bordée de la mi-mars, selon le biologiste Éric Jaccard, qui est responsable de la grande faune pour l'Estrie et la Montérégie.

Bordée sans mortalité sévère

CHRONIQUE / Il y a des tempêtes tardives dont les effets sont appréhendés parce qu'elles peuvent asséner le coup fatal aux cerfs épuisés. Bien que la bordée de neige du 14 mars ait été significative, tout porte à croire qu'elle n'a pas été un facteur de mortalité.
Lorsqu'une hécatombe se produit, les travailleurs forestiers, les propriétaires arpentant leur terre ou encore les randonneurs trouvent des carcasses. Celles-ci se comptent par centaines. Certains hivers, ce fut même par milliers.
Le bureau régional de la faune n'a reçu aucun signalement de cette nature depuis le passage des creux dépressionnaires ayant laissé entre 30 et 50 cm de neige au sol dans la région, et jusqu'à 120 cm sur les monts Sutton. Un silence rassurant, qui s'explique en partie par un indice de rigueur peu élevé du présent hiver.
Cet indice est de 85 % dans la zone 4, aussi bas que 78 % dans la zone 6 sud alors qu'il se situe à 101 % dans la zone 6 nord, donc pratiquement sur la ligne de démarcation des hivers moyens.
« Les grosses accumulations de neige ont été rares cet hiver. La fonte printanière était commencée et, comme les cerfs avaient pu se déplacer pour s'alimenter, ils disposaient de bonnes réserves lorsqu'ils ont eu à affronter la bordée de la mi-mars. Quelques jours de froid ont suivi, mais par la suite, la couche de neige a vite diminué et ils ont pu retrouver leur liberté », analyse le biologiste Éric Jaccard, responsable de la grande faune pour la région administrative Estrie-Montérégie.
Les hivers rudes et enneigés confinent les cerfs dans les épais couverts de résineux où la nourriture devient rare au terme de longs mois de broutage intensif.
Dans plus d'un mètre de neige fraîche, les cerfs s'enfoncent jusqu'aux aisselles, particulièrement les faons. Toutefois, l'impressionnante quantité de neige mesurée à plus de 900 mètres, dans le secteur de Sutton, ne correspond pas aux conditions auxquelles les chevreuils ont été exposés.
« Les cerfs se regroupent en hiver à basse altitude, justement pour se soustraire à ces conditions extrêmes. Voilà pourquoi ils sont réapparus dans les champs à peine quelques jours après le mauvais temps » précise le biologiste qui n'est donc pas inquiet non plus pour le cheptel de la zone 5, où l'indice de rigueur de l'hiver est à 100 % cette année.
En se référant à l'indice NIVA (basé sur les niveaux d'enneigement et d'enfoncement moyens), c'est le deuxième hiver consécutif peu rigoureux. Une faible mortalité hivernale étant habituellement signe d'une fécondité élevée dans la portée qui naît avant la mi-mai, ces variables suggèrent une augmentation du nombre de permis pour la chasse contingentée aux cerfs sans bois durant la prochaine saison.
Dans les zones 6 nord et 6 sud, le portrait ne sera toutefois complet qu'à partir du moment où l'on connaîtra les règles pour l'automne prochain. Si la restriction d'abattre les jeunes mâles est mise en application en 2017, comme prévu, la diminution de la récolte dans ce segment sera volontairement compensée par une augmentation de la pression sur les femelles et les faons.
« Ces deux facteurs seront indissociables », répond prudemment M. Jaccard dans l'attente de la décision à venir de Québec.
D'une semaine à l'autre, on en vient à se demander si on aura sorti les chaloupes pour pêcher et les appelants pour chasser le dindon au moment où le gouvernement sera finalement branché...