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Stéphane Waite et Steve Proulx ont fait équipe avec les Cantonniers de Magog en 1984-85. Proulx était l’un des deux cerbères de la formation magogoise dans la Ligue midget AAA du Québec et Waite s’était amené chez les Cantonniers à titre d’entraîneur des gardiens. Les deux hommes étaient heureux de se retrouver en 2018 lors des festivités entourant le 40e anniversaire des Cantonniers.
Stéphane Waite et Steve Proulx ont fait équipe avec les Cantonniers de Magog en 1984-85. Proulx était l’un des deux cerbères de la formation magogoise dans la Ligue midget AAA du Québec et Waite s’était amené chez les Cantonniers à titre d’entraîneur des gardiens. Les deux hommes étaient heureux de se retrouver en 2018 lors des festivités entourant le 40e anniversaire des Cantonniers.

Ancien portier des Cantonniers : Steve Proulx,rassembleur et homme d’action

Jean-Guy Rancourt
Jean-Guy Rancourt
La Tribune
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La nouvelle s’était répandue comme une traînée de poudre. Les gens de sa génération s’en souviennent. Lorsque Steve Proulx, gardien de but chez des Cantonniers de Magog sous les ordres de Jacques Grégoire lors des saisons 1983-84 et 1984-85, avait perdu la vue à peine deux ans après avoir accroché ses patins à 19 ans, la nouvelle avait secoué non seulement la communauté sportive, mais également la population de Magog et Coaticook, sa ville natale.

Les frères Proulx, étaient populaires et appréciés dans le milieu. Christian, le frère cadet de Steve, avait porté les couleurs du Canadien de Montréal durant quelques parties en 1993-94. Il avait, tout comme son frère, endossé l’uniforme des Cantonniers quelques années après le passage de Steve.

Steve Proulx savait très bien qu’il n’était pas à l’abri d’un scénario aussi malheureux, mais au début de la vingtaine, ce n’est pas nécessairement ce qui te tracasse l’esprit. « J’avais été diagnostiqué avec le diabète juvénile de type 1 dès l’âge de deux ans. Évidemment, j’ai immédiatement été pris en main et le régime alimentaire a suivi. Excepté qu’à un moment donné, surtout quand tu réalises que le monde s’ouvre à toi comme jeune adulte, tu te demandes si tu veux suivre un régime aussi strict à la lettre jour après jour ou si au contraire tu te permets des petits écarts pour profiter un peu plus de la vie. Je m’étais donné le droit de traverser la ligne et de tricher occasionnellement. Est-ce que j’ai toujours été en contrôle et exemplaire? Je m’assume et je dis non. Mais il ne faut pas croire non plus que j’ai dérapé », mentionne Proulx.

Le malheur frappe

En 1989, l’inévitable s’est produit. Steve Proulx écoulait une semaine de vacances en Floride lorsqu’il a réalisé que quelque chose se tramait avec sa vision. Il était trop tard. Le signal d’alarme était sans équivoque. « J’ai perdu la vue graduellement, mais rapidement. À l’époque, je me disais que c’était peut-être seulement passager. Je n’avais jamais entendu dire autour de moi que ce serait irréversible et je gardais espoir que ça se rétablisse. Il a fallu que je consulte un deuxième médecin à Montréal pour comprendre qu’il n’y avait plus d’issue possible et que je devais maintenant envisager une nouvelle vie », se souvient le père de deux adolescents de 17 et 15 ans, Jasmine et Mathis.

Le jeune homme actif, athlétique, devait repartir à zéro dans un univers qui lui était totalement inconnu. « Je n’avais pas un guide de survie avec moi. Le fonceur que j’étais se voyait maintenant sans avenir. Mes parents, qui craignaient pour moi, et mon frère me portaient énormément d’attention. Personnellement, je gardais tout à l’intérieur. J’étais révolté, mais je n’avais pas été éduqué à exprimer ma colère à la vue de tous. J’ai traversé des hauts et des bas durant plusieurs années. À l’université mes notes étaient excellentes, mais c’était insuffisant pour me ramener un sourire au visage. La dépression n’était jamais bien loin. Ce fut long et ardu pour me rebâtir. Est arrivé un temps que je me suis dit que le bonheur ne tombait pas du ciel et que je le portais en moi-même. Les réponses et les solutions m’appartenaient », fait valoir Proulx.

« Baisse ta shot »

En dépit de son handicap visuel, Steve Proulx ne manquait pas d’encourager son frère Christian au hockey quand l’occasion se présentait. À quelques reprises alors que Christian Proulx endossait l’uniforme des Cantonniers midget AAA, Steve Proulx avait pris place dans les gradins de l’aréna de Magog au grand étonnement de plusieurs.

« Mon père s’installait à mes côtés. Il me faisait savoir quand Christian sautait sur la glace. Pour le reste, j’ai tellement joué au hockey et analysé comment le jeu se déployait devant moi à partir de ma cage de gardien de but, je pouvais deviner ce qui se passait sur la glace. Si le jeu se déroulait dans la zone centrale ou ailleurs, le long de la bande ou encore devant le gardien. La réaction de la foule m’aidait aussi à mieux saisir ce qui se déroulait sur la glace. C’est comme si j’avais développé un autre sens », explique Steve Proulx.

D’ailleurs, celui-ci avait une anecdote savoureuse à raconter. « Je sais très bien le bruit que ça fait quand un gardien repousse un tir avec son bloqueur. Or, quand mon frère obtenait un lancer sur le gardien adverse, j’entendais continuellement ce son qui était loin de m’être étranger, celui de l’arrêt du gardien avec son bloqueur. Après un match, je lui avais souligné qu’il serait temps qu’il varie son jeu et lance plus bas vers la cage adverse. Je lui avais lancé tout bonnement baisse ta shot si tu veux compter. J’aurais entendu une mouche voler autour de moi. J’imagine la réaction des gens qui voyaient Christian se faire conseiller par un handicapé visuel sur comment se comporter pour marquer des buts. »

Steve Proulx n’a jamais voulu laisser tomber son frangin en dépit de sa condition. « Je ne voulais pas être le frein à une carrière pour Christian. Il s’en faisait souvent pour moi et, personnellement, je voulais qu’il se concentre plus sur son hockey. Il était hors de question que je me serve de mon handicap visuel comme excuse pour l’ignorer dans la poursuite de sa carrière. À 15 et 16 ans, le soutien des membres de ta famille demeure crucial. Et je sais comment le hockey a été bon pour moi pour remonter la pente. Je me suis servi de plein d’expériences vécues au hockey pour m’aider à rebâtir ma confiance dans le plus creux de la vague pour moi. Il était donc important que je ne sois pas loin de Christian, surtout chez les Cantonniers. »

Heureux

À 52 ans, Steve Proulx est bien plus que jamais dans sa peau. Il est à la tête de Carrefour Emploi Jeunesse à Coaticook et a sept employés sous sa charge. L’emploi est en lien direct avec ses études universitaires en orientation professionnelle.

Attiré par le monde des communications, il coanime aussi bénévolement avec Réjean Audet et Nathalie Labrie l’émission matinale du jeudi à la radio communautaire SIGN-FM de Coaticook. « Mon emploi comble toutes mes attentes et à la radio communautaire, c’est un rêve que je réalise. Je m’amuse comme un petit fou. »

Comme si ce n’est pas suffisant, Steve Proulx s’est mis à l’écriture depuis le mois de mars. Qui dit mars 2020, dit début de la pandémie en sol québécois. « On a été mis sur pause. Ça servait à quoi de maudire ce qui nous arrivait et d’être frustré? Je me suis dit que j’allais trouver un moyen de rentabiliser mon temps. C’est là que j’ai eu l’idée de me servir de mon vécu et rédiger en somme ma biographie pour montrer aux gens qu’il est possible de tourner une épreuve en opportunités et être heureux. Je mijotais ce projet depuis une dizaine d’années, mais il me manquait une personne pour mettre de l’ordre dans mes idées et comment arriver à mes fins. Cette personne, c’est Charles Dubois, un ancien Magogois. J’ai également constitué un comité de lecture qui aura comme mission de commenter mon manuscrit. J’aimerais bien avoir terminé le printemps prochain, mais je ne veux pas non plus tomber dans le piège de brusquer les choses et enlever à la qualité du produit. Le message que je veux livrer à la population est important. Je sais aussi que c’est un cliché et qu’on entend souvent dire qu’écrire son histoire provoque un mélange d’émotions chez l’auteur. Je confirme. J’ai pleuré, j’ai ri, j’ai réfléchi tout au long du processus. Parfois les mots sont pesants, mais ça fait du bien, vous n’avez pas idée. »

Celui qui a eu Stéphane Waite comme entraîneur des gardiens à sa deuxième saison chez les Cantonniers a également profité du temps d’arrêt causé par la pandémie pour frapper des balles de golf avec son fils sur le terrain familial. « Mes voisins ont dû avoir peur quand ils ont constaté que je faisais installer des filets derrière chez moi pour pouvoir frapper des balles de golf avec mon gars Jasmin, qui a des affinités pour ce sport. J’ai fait en sorte que les filets soient assez haut pour rassurer les voisins qui devaient avoir des sueurs froides en sachant que moi, le non-voyant, je m’apprêtais à taper la petite balle de golf », mentionne-t-il, sourire en coin.

Au hockey, Steve Proulx a toujours eu un rôle prépondérant avec ses équipes. Le rassembleur, c’était souvent lui. Quelque 30 années plus tard, son influence pour un mieux-vivre est indiscutable. Seul l’habit a changé.