Charles Poulin

Ancien choix du CH, Charles Poulin dénonce l'agresseur qui l'a abusé dans son enfance

«Le 29 août 2012, c'est là que j'ai décidé de vivre, souligne l'ex-hockeyeur professionnel Charles Poulin. J'avais le choix entre éventuellement commettre l'irréparable ou de passer à autre chose. Quand le désir de changer les choses s'installe, ça peut fonctionner; et je voulais m'en sortir.»
Joueur de hockey adulé durant sa jeunesse, repêché en troisième ronde par le Canadien de Montréal en 1990, l'étoile de Charles Poulin s'était ternie avec les années, au point où il s'est engagé dans la partie la plus importante de sa vie dernièrement: celle de la reconstruire. Victime d'abus sexuels «plus d'une centaine de fois» alors qu'il était âgé de 4 à 14 ans, le passé du Magogois l'a rattrapé à la mi-trentaine, des suites d'un choc post-traumatique qui l'a fait sombrer dans la dépendance à l'alcool et aux drogues.
«J'ai joué du hockey de haut niveau et le sport m'a permis de ventiler énormément. Ça me permettait de garder ces tiroirs-là fermés et de ne pas faire face à ces atrocités, mais à un certain moment je ne pouvais plus les oublier...», confie Charles Poulin.
Isolé et reclus sur lui-même, Poulin a tenté à plusieurs reprises de mettre fin à ses jours. Ses problèmes ont fini par avoir le dessus sur sa vie personnelle et professionnelle.
«C'est un cercle vicieux. Tes amis te quittent parce que tu consommes et qu'ils ne comprennent pas pourquoi tu le fais. De ton côté tu préfères être seul, parce que t'as honte. C'est tellement tabou et les gens ne veulent pas trop entendre parler de ça. C'est difficile», explique celui qui a été élu meilleur joueur junior au Canada en 1992.
Entouré de sa famille
Heureusement pour lui, sa famille ne l'a jamais abandonné malgré ses déboires et le 29 août 2012, Charles Poulin a décidé de régler ses problèmes pour de bon. Il a amorcé une thérapie, a parlé de sa situation avec ses proches et a décidé de dénoncer récemment le présumé agresseur, dont on ne peut révéler l'identité pour le moment, qu'il avait confronté quelques mois auparavant.
«Il demandait pardon, mais ce n'est pas acceptable. Ces personnes-là vont tenter de se justifier, mais c'est impardonnable. Dévoiler ça, c'était comme mettre le timbre sur l'enveloppe et dire ' chow bye».»
Son fils Charles-Anthony, lui aussi un ancien joueur des Cantonniers de Magog, semblait soulagé, au même titre que le reste de sa famille, que son père ait levé le voile sur la cause de ses problèmes.
«Je pense que ça va lui faire du bien, dit-il. Ça va être un gros poids qui va s'enlever de sur ses épaules et ça va lui permettre de tourner la page. Et ça nous encourage nous aussi de le voir heureux.»
Charles Poulin souhaite maintenant retourner sur le marché du travail. L'ancien joueur de centre a également rechaussé ses patins pour devenir entraîneur d'une équipe de pee-wee B à Magog.
«Avec tous les problèmes que j'ai eus, je dois me refaire un nom. C'est normal qu'on hésite à me faire confiance. Mais ça fait deux ans que je me fais suivre. J'ai décidé de me trouver des alliés qui acceptaient de jouer une game qui allait durer le reste de ma vie, mais s'ils acceptent d'être à mes côtés, je vais être capable de me battre», résume l'homme de 42 ans.