Les autorités cubaines ont accepté que le championnat réunissant 16 équipes redémarre, mais sous de strictes conditions sanitaires, sans public et majoritairement retransmis à la télévision.
Les autorités cubaines ont accepté que le championnat réunissant 16 équipes redémarre, mais sous de strictes conditions sanitaires, sans public et majoritairement retransmis à la télévision.

À Cuba, le baseball redémarre sans public

Carlos Batista
Agence France-Presse
LA HAVANE — Silence dans le stade : la saison de baseball, sport roi à Cuba, a débuté samedi mais sans public alors que l’île, confrontée à un rebond du nouveau coronavirus, joue la prudence.

Pour Frank Camilo Morejon, receveur star de l’équipe Industriales de La Havane, c’est forcément une petite déception. «La présence du public, c’est toujours émouvant, c’est important», confie-t-il à l’AFP.

Habituellement, les cris des supporters et les congas, rythmes afrocubains de tambours et trompettes, rythment le jeu. Mais «on est dans un moment difficile», admet le joueur, qui espère «fournir un bon spectacle», car «même si [les spectateurs] ne sont pas assis dans les gradins, ils sont assis chez eux, à regarder la télévision».

Au final, «cela va beaucoup aider» pour tuer l’ennui du confinement, veut-il croire.

Les autorités cubaines ont accepté que le championnat réunissant 16 équipes redémarre, mais sous de strictes conditions sanitaires, sans public et majoritairement retransmis à la télévision. Les droits à l’international ont été vendus à la plateforme Game Time.

L’île de 11,2 millions d’habitants est confrontée à une reprise de l’épidémie de nouveau coronavirus, qu’elle avait déclarée sous contrôle en juin.

Si les chiffres de contagion restent très bas par rapport au reste de l’Amérique latine (4653 cas, dont 108 décès), le gouvernement applique des mesures strictes de restriction de la circulation, dont un couvre-feu à La Havane, qui vient d’être prolongé jusqu’au 30 septembre.

Les matches commencent donc dans les stades du centre et de l’est du pays, régions moins touchées par la maladie.

Les fans un peu déçus

Seule exception : la rencontre inaugurale, samedi, s’est déroulée dans le stade Victoria de Giron à Matanzas (ouest), quartier général des «Crocodiles», champions de la saison dernière. Face aux «Toros» de Camagüey, ils ont perdu 8 à 15.

Cette année, le championnat «sera très disputé», a prévenu le directeur du baseball cubain, Ernesto Reinoso. Toutes les équipes s’affronteront jusqu’à la série finale de sept matches entre les deux meilleures, du 28 janvier au 5 février.

Au fur et à mesure et en fonction de la situation sanitaire, certains joueurs évoluant dans les ligues professionnelles du Japon et du Mexique pourront rejoindre les équipes cubaines.

Les 600 joueurs sélectionnés ont tous passé un test PCR, qui sera renouvelé si besoin. Leur état de santé et leur température seront régulièrement contrôlés.

Sur le terrain, ils ne portent pas de masque, à l’inverse du reste du personnel sportif, notamment les arbitres qui doivent maintenir la distance avec eux. Mains et chaussures sont désinfectées.

Au chapitre des interdictions : tout contact physique entre joueurs, parler sur le terrain ou cracher sur la balle comme le font certains lanceurs.

Le docteur Francisco Duran, chef du département épidémiologie du ministère de la Santé et chargé de donner chaque jour à la télévision le bilan des contagions, l’a reconnu : «les fans sont un peu mécontents» d’être privés de stades, mais «tous vont comprendre» que «la situation épidémiologique» justifie ces mesures.

«Il faut qu’on s’y résigne et qu’on regarde à la télévision, mais ce n’est pas pareil», soupire Carlos Valle, 57 ans, qui a vu le match chez lui, avec son fils. «Quand on est au stade, on vibre, on souffre, il n’y a pas mieux».