Le commissaire de la LHJMQ a vu les époques passer en se trouvant à la tête du circuit de hockey junior majeur.

50 ans de la LHJMQ : du bas de l'échelle jusqu'au sommet

SHERBROOKE — C’était en 1976. Année de naissance de Georges Laraque et José Théodore. La télé couleur faisait fureur. Le salaire minimum était de 2,87 $ de l’heure. Il n’y avait que dix clubs dans la LHJMQ, ça fumait dans les arénas et Mike Bossy faisait la pluie et le beau temps dans le circuit junior. À ce moment exact, Gilles Courteau arrivait dans le circuit à titre de statisticien.

Même s’il recevait un excellent salaire pour l’époque en cordant du bois, Gilles Courteau a abandonné son travail à Trois-Rivières alors qu’il n’avait que 18 ans pour travailler chez les Draveurs. Aujourd’hui âgé de 61 ans, il célèbre le 50e anniversaire de la Ligue de hockey junior majeur du Québec en tant que commissaire, poste qu’il occupe depuis 32 ans... et pour encore longtemps.

« Mon but, c’était de prouver à mes parents que je pouvais gagner ma vie grâce aux sports. À ma deuxième année comme statisticien pour les Draveurs, l’un des directeurs généraux Sylvain Cinq-Mars est venu m’annoncer que la LHJMQ ouvrait un bureau administratif. J’ai soumis une lettre de candidature écrite par Sylvain Cinq-Mars en mon nom. Le directeur administratif Paul Dumont m’avait fait venir dans son bureau pour me dire qu’il savait que cette lettre avait été écrite par quelqu’un d’autre que moi et que c’était la description de quelqu’un qui voulait le remplacer! »

Gilles Courteau est devenu homme à tout faire et n’avait pas que des documents à reproduire ou du café à préparer.

« J’étais encore statisticien, mais pour la LHJMQ, et disons que je faisais plusieurs autres tâches connexes, dit-il en souriant, 42 ans plus tard. On communiquait avec les équipes par Telex, un ruban perforé, la méthode qui existait avant le fax. Tout était fait manuellement à l’époque. Il y avait beaucoup de paperasse. J’assistais à toutes les réunions et je transmettais des informations aux directeurs généraux. Pendant trois ans, j’étais toujours avec M. Dumont. »

Le commissaire Courteau admet qu’il doit beaucoup à ce dernier :

« Il a été un homme extraordinaire pour moi. Je conduisais souvent la voiture avec M. Dumont et il m’en a appris beaucoup tout en me laissant beaucoup de marge de manœuvre avec les directeurs généraux. Il était mon mentor. Il m’a appris à respecter les gens avec qui je travaille. Pour lui, je n’étais pas celui qui sortait les poubelles à 17 h. Il m’a appris une phrase : personne n’est plus important que le travail qui doit être fait, et ce, peu importe le titre. Cette phrase, je l’utilise régulièrement au bureau. »

Lorsque le poste de directeur général s’est libéré chez les Remparts de Québec, Gilles Courteau a profité de l’occasion.

« J’ai travaillé avec les Remparts pendant cinq ans et puisque les Nordiques ont acheté les Remparts, j’ai travaillé également avec les Nordiques durant deux autres années. Quand Marcel Aubut a fermé la franchise des Remparts, M. Dumont songeait à partir et les dirigeants voulaient simplement m’engager à la semaine après avoir vécu une mauvaise période au sein du personnel. Je n’étais pas prêt à faire ça avec l’expérience que j’avais et finalement, j’ai eu un poste à temps plein en 1985. L’année suivante, le président démissionnait et c’est là que j’ai été nommé par intérim. »

Il devenait ainsi le 10e et dernier président de la LHJMQ jusqu’à ce jour.

Des amphithéâtres vétustes

Le premier défi que s’est donné Gilles Courteau? Améliorer les amphithéâtres. Ironiquement, le hasard fait que 30 ans plus tard, le commissaire s’attaque à nouveau à cet enjeu.

« Il ne semblait pas y avoir de volonté de rénover les amphithéâtres de la part des organisations au Québec, ce qui était bien dommage. Cette situation semblait nous mener vers de grandes difficultés. Les arénas étaient trop petits et trop vieux, comme à Saint-Hyacinthe. On ne pouvait pas continuer comme ça. On a dû procéder à des délocalisations. Jusqu’à ce que Halifax et la brasserie Mooseheads soient intéressés à acheter une franchise. Quand j’ai annoncé au comité exécutif qu’il allait y avoir une expansion dans les Maritimes, Georges Morrissette m’a demandé de lui fournir ma liste de médicaments. »

Le Metro Center devenait ainsi l’un des plus beaux arénas avec le Colisée de Québec. Le prochain projet : Cap-Breton, à plus de 14 h de Sherbrooke.

« C’est M. Morrissette qui avait soumis cette possibilité. C’était alors à mon tour de lui demander quelles pilules il prenait! Avec le Cap-Breton, on venait de défoncer les barrières et les frontières. On arrivait avec une nouvelle philosophie : Moncton et Charlottetown ont suivi avec des transferts de franchises. Les Maritimes ont donné un nouveau souffle à la LHJMQ. »

Avec la construction récente du Centre Vidéotron de Québec et l’ouverture du Centre Avenir de Moncton cette année, le rafraîchissement des installations est bien commencé.

« On se trouve sur le bon chemin, surtout en connaissant les projets à Gatineau et Chicoutimi. On compte 18 équipes et on ne peut en ajouter à cause du bassin de joueurs. Il n’y aura donc pas d’expansion ou de délocalisation à prévoir. »

Des fiertés et des regrets

Lorsqu’il regarde tous les joueurs de la LHJMQ qui sont devenus de vraies légendes dans la LNH, comme Patrick Roy, Martin Brodeur, Mario Lemieux et bien d’autres, Gilles Courteau ressent une grande fierté.

« On a produit des joueurs exceptionnels. On mise également sur des propriétaires de première classe, ce qui rend notre circuit crédible. Mais l’encadrement apporté aux joueurs me rend particulièrement très fier. On leur offre beaucoup plus de services qu’autrefois. »

Sa plus grande déception?

« Ne pas avoir été capable de percer le marché américain quand la chance s’est présentée et ne pas avoir réussi à implanter un club à St John Terre-Neuve. Je crois toutefois avoir toujours pris les meilleures décisions en fonction de l’avenir de la ligue. Ce n’est pas demain la veille que je vais quitter, mais lorsque je le ferai, j’aimerais avoir la prétention d’avoir tout fait ce qui devait être fait pour la ligue, mais surtout, pour le bien du joueur de hockey. »