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20 ans après l'an 2000: le sport
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Le nombre de contrôles effectués dans le monde augmente d’année en année.
Le nombre de contrôles effectués dans le monde augmente d’année en année.

Lutte antidopage: il y aura toujours des tricheurs

Jérôme Gaudreau
Jérôme Gaudreau
La Tribune
Le dopage a marqué la fin des années 1900 et continue de faire énormément jaser en 2020. Après les nombreux cas de dopage au Tour de France, le scandale en Russie a ramené le sujet sur la place publique. Bien qu’il soit de plus en plus difficile de se doper sans se faire prendre, il y aura toujours des tricheurs.

Après Lance Armstrong et Geneviève Jeanson, les Russes volent maintenant la vedette du sombre spectacle qu’est le dopage.

« C’est maintenant plus difficile de se doper sans se faire prendre et plus coûteux aussi, indique David Pavot, titulaire de la Chaire de recherche sur l’antidopage dans le sport soutenue par l’Université de Sherbrooke. Les produits de base sont maintenant plus facilement détectables. Un athlète aurait de la difficulté à se doper seul. Ça prend des gens autour de lui pour ne pas qu’il se fasse prendre. L’exemple de la Russie est bon. C’est tout un pays qui a implanté un système pour couvrir et doper de nombreux athlètes. »

Le scandale de la Russie a entraîné l’enquête antidopage la plus complexe et la plus vaste de l’histoire du sport.

« C’est sans doute le plus grand défi auquel l’Agence mondiale antidopage a été confrontée au cours de ses 20 années d’existence, a confié à La Tribune Maggie Durand au nom de l’AMA. Par contre, après bientôt six ans, la conclusion de cette affaire semble proche aujourd’hui. »

Le nombre de tests effectués a grimpé depuis les 20 dernières années. Prenez simplement les chiffres de 2008 à 2018 de l’AMA : environ 275 000 tests au total à près de 350 000 aujourd’hui. Il y a 1,42 % de ces tests qui s’avéraient positifs en 2018. 

« L’AMA compte un nombre impressionnant d’accomplissements avec des moyens très limités depuis les 20 dernières années », soutient la porte-parole de l’AMA.

Depuis 1999, l’Agence a élaboré le Code mondial antidopage. Une convention internationale de l’UNESCO a été ratifiée par 98 % des pays dans le monde entier. Des Organisations nationales antidopage existent même dans pratiquement tous les pays du monde.

Malgré tout, le sport ne sera jamais totalement propre. 

« Un sport totalement propre ne reflète tout simplement pas la réalité. C’est comme vouloir éradiquer la criminalité : il y aura toujours ceux qui refuseront de jouer selon les règles. Ce que nous pouvons faire, c’est continuer d’éduquer les sportifs et leur personnel de soutien pour nous assurer qu’ils choisissent de concourir proprement parce qu’ils savent que c’est la bonne chose à faire. »

Jean-Paul Ricard était l’un des agents de contrôle de dopage sportif les plus occupés.

Pour David Pavot, tout passe effectivement par le défi de mieux éduquer les athlètes dès leur début. 

« Les jeunes doivent être conscients que ces produits peuvent avoir un effet très néfaste sur leur santé. En mon sens, c’est une question de santé publique. On doit changer le vocabulaire et parler de promotion du sport propre. On ne doit pas miser que sur la menace de la suspension. Il faut travailler sur les valeurs des jeunes. Le Québec et le Canada doivent financer davantage la lutte antidopage », soutient le titulaire de la Chaire de recherche sur l’antidopage, tout en rappelant que le problème est bien souvent dans le sport amateur.

Journaliste et agent en contrôle de dopage

Journaliste durant 38 ans à La Tribune, Jean-Paul Ricard était également agent certifié en contrôle de dopage sportif dans une autre vie.

Le Sherbrookois a d’ailleurs fait le tour du monde pour recueillir les échantillons d’athlètes et se dit fier de voir le Québec devenir le pôle de la lutte antidopage grâce à la présence de l’AMA à Montréal depuis 1999 et le travail de Christiane Ayotte, directrice du laboratoire de contrôle du dopage à l’INRS-Institut Armand-Frappier.

« J’ai commencé au tout début des années 1980 et j’ai arrêté en 2010. J’ai été un des premiers, et ce, sans être médecin. Dans les procédures, ça n’a pas beaucoup changé. Mais plus les années avançaient, plus on réalisait de tests et plus il y avait de produits qui pouvaient être détectés. Malgré tout, les athlètes trouvent parfois le moyen de tricher. Comme les Russes aux Jeux de Sotchi, mais ils se sont fait prendre. »

Reste maintenant à connaître le dénouement de cette saga puisque le Tribunal arbitral du sport prendra la décision finale en novembre 2020.