Les jumeaux Alexane et Mathias Gévry se montrent bien enthousiastes à l’idée d’aller à l’école en plein air.
Les jumeaux Alexane et Mathias Gévry se montrent bien enthousiastes à l’idée d’aller à l’école en plein air.

Un baume sur la pandémie

Mercredi. Le soleil brille, nous donnant juste l’envie d’être à l’extérieur. Les élèves de Mme Nadine et de Mme Sarah, eux, sont installés à l’ombre, sur une parcelle de l’immense terrain de l’école secondaire La Ruche. Depuis le retour en « classe », c’est là que se vivent, pour ces élèves de l’école primaire Brassard-Saint-Patrice, les différentes activités d’apprentissage.

Les enseignantes de deuxième année, Nadine Nadeau et Sarah Regout, ont délimité deux zones distinctes : l’une pour l’apprentissage, l’autre qui rime davantage avec loisirs. Pour les deux collègues, l’idée s’est imposée rapidement lorsque est venu le temps d’une deuxième rentrée scolaire, le 11 mai. 

Nadine Nadeau raconte que ses deux adolescentes étaient craintives à l’idée de voir leur mère retourner enseigner dans ce contexte. « Je me suis mise en mode solution. J’avais le souci du besoin de bouger de certains enfants. Pour moi, c’était ma façon de revenir avec une certaine zénitude », raconte-t-elle. 

Sara, qui vient de terminer son baccalauréat en enseignement, s’est intéressée au déficit nature. « J’ai fait mon projet de fin de baccalauréat sur l’intégration de la nature dans l’enseignement », dit celle qui a été l’étudiante du professeur Jean-Philippe Ayotte-Beaudet de l’Université de Sherbrooke.  

Elle a pris part à un projet d’enseignement au Bénin où l’intégration de la nature a été mise à profit dans cette expérience... dont des coquillages dénichés sur la plage pour enseigner les mathématiques. 

Le duo a pu bénéficier des espaces de l’établissement secondaire, qui peut aussi accueillir les enfants à l’intérieur, de même que de l’accord de sa direction et des parents. L’école primaire Brassard-St-Patrice accueille environ 830 enfants dans deux pavillons lorsqu’elle est remplie. Les collègues demeurés sur place, pour leur part, peuvent se tourner vers d’autres lieux extérieurs.

Image positive

Les deux enseignantes ont vu avec cette initiative l’occasion de donner une image positive du retour à l’école en ces temps d’incertitudes. « Chacun est arrivé avec son bagage d’information et de vie. Chacun arrive avec son expérience personnelle, parfois avec la maladie dans la famille. Il y a des enfants qui sont plus nerveux », note Mme Nadeau en soulignant que d’autres reviennent dans l’enthousiasme. 

La première journée, raconte Sarah, elles ont utilisé la littérature jeunesse pour parler de la COVID, afin d’imager la chose, d’expliquer les mesures de distanciation. 

Les deux groupes comptent environ 30 enfants. « C’est sûr qu’on a moins d’élèves. Je vois chez certains enfants comment la capacité d’attention est plus grande quand ils ont pu courir », indique Mme Nadeau.

Comment les principaux intéressés réagissent-ils à ce nouveau concept? « C’est cool, répond Cléophée Renaud. On entend les oiseaux et c’est beau. On fait des phrases dehors en s’inspirant de la nature. » Joshua Arguin, lui, se réjouit parce qu’il a l’impression de « jouer un peu plus ». Les jumeaux Alexane et Mathias Gévry, de leur côté, ne se sont pas sentis très dépaysés : ils venaient déjà à La Ruche, à l’occasion, pour jouer au soccer.

Aux yeux de Sophie Vincent, la maman de Cléophée, cette solution est arrivée comme un baume dans le contexte d’une rentrée en mode distanciation.

« Comme parent, je redoutais le retour en classe en raison de la taille de l’école. Je savais que d’un point de vue logistique, la distanciation allait être un vrai casse-tête pour le personnel. Lorsque Mme Sarah et Mme Nadine nous ont présenté leur projet (...), on a senti le soulagement et l’enthousiasme général. Elles ont trouvé une façon très créative de transformer le contexte de contraintes en occasion d’innover! Ma fille n’a jamais eu si hâte à une rentrée scolaire et elle revient enthousiaste de chaque journée d’école. » 

Si cette solution est née en contexte de pandémie, elle influencera certainement l’enseignement de Mme Nadeau pour la suite des choses. Sarah Regout note que cette façon de faire demande de la préparation et de la flexibilité, mais à l’aube de sa carrière, elle ouvre déjà toute grande la porte à l’enseignement en plein air.