Selon Roch Lefebvre, dans les prochaines années, « notre “téléphone cellulaire” ne sera plus la petite boîte avec un écran tactile ».
Selon Roch Lefebvre, dans les prochaines années, « notre “téléphone cellulaire” ne sera plus la petite boîte avec un écran tactile ».

Plancher sur la téléprésence

Pourrons-nous bientôt voyager dans un monde virtuel pour discuter avec quelqu’un? C’est la volonté de l’équipe ayant développé la technologie ACELP.  

« On veut utiliser le réseau cellulaire pour transporter l’équivalent de ce que ACELP transporte, donc la voix et l’image, mais on veut donner l’impression à l’utilisateur qu’ils sont dans le monde à l’autre bout du canal, explique le directeur du groupe de recherche sur la parole et l’audio à l’Université de Sherbrooke, Roch Lefebvre. Ça prend plusieurs canaux audio en même temps en plus du rendu visuel. On espère que notre technologie trouvera sa voie dans les prochains standards. » 

« Idéalement, j’oublierais qu’on se parle à distance, idéalise le professeur. Je n’aurais pas mon téléphone sur l’oreille. Je serais immergé dans une scène audio-vidéo comme si on était à proximité. C’est un peu un rêve, mais déjà beaucoup de technologies permettent de faire ça. Mais de le faire sur les réseaux cellulaires de manière robuste, efficace, autant pour le processeur que pour le temps de la batterie et pour le très grand nombre de personnes qui utilisent le réseau, c’est ce qu’on fait. »

Beaucoup de questions sont cependant encore sur la table. « Quelles sont les prochaines générations [des normes de téléphonie mobile]? Il faut imaginer comment on va interagir les uns avec les autres à distance pour avoir l’impression qu’on est ensemble. L’immersif, la téléprésence, autant pour l’audio, la vidéo, mais aussi pour la manipulation d’objets virtuels à distance, mais comme si on était face à face. On est rendus là dans nos développements, dans la recherche. Probablement que, dans quelques années, notre “téléphone cellulaire” ne sera plus la petite boîte avec un écran tactile. Qu’est-ce que ce sera? Une lunette intelligente? Quelque chose que je vais porter dans mes vêtements? » se demande-t-il, ne pouvant pas définir une année de sortie de cette innovation.

Dans les dernières années, la technologie ACELP s’est développée. « Dans les années 1990, on était dans la téléphonie à bande étroite. C’est ce qu’on connaît depuis 100 ans. Il n’y a pas tout le signal de parole pour que j’aie l’impression que je suis face à face. Comme on veut toujours offrir plus et que l’usager aime le nouveau et le confort, est arrivée au début des années 2000 la téléphonie à large bande. On a doublé la bande de fréquence. On appelle ça l’HD Voice. Ç’a été un gros pas en avant », cite-t-il en exemple. 

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Les crises ne dopent pas le nombre d’inventions

Les périodes de crise mènent-elles à plus d’invention? Non, répond le professeur de l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke Jacques Baronet. « Historiquement, on voit que c’est l’inverse », informe le professeur dont les recherches portent sur la créativité, l’innovation et l’entrepreunariat technologique. 

« La crise nous donne la pulsion de vouloir changer des choses. Elle provoque un inconfort et une façon d’éliminer cet inconfort, c’est d’inventer quelque chose qui n’était pas là auparavant. Par contre, si les contraintes sont trop rigides, si on est dans l’urgence du temps, on va être moins créatif. Quand on manque de temps, on retourne vers ce que l’on connait bien. On est certainement plus productif, mais moins créatif », nuance M. Baronet. 

« Il y a eu beaucoup d’inventions en périodes de guerres. Par exemple, on a développé les radars et d’autres technologies utiles à l’effort de guerre, mais en général, ces périodes de crise sont peu propices aux inventions comparativement aux périodes de paix puisque les contraintes sont plus importantes », résume le professeur. Chloé Cotnoir