Malgré les derniers mois difficiles pour l’économie, Défi Polyteck n’a effectué aucune mise à pied en raison de la pandémie de COVID-19. « On ne manque jamais d’ouvrage », se réjouit le directeur de l’usine, Steeve Breton.
Malgré les derniers mois difficiles pour l’économie, Défi Polyteck n’a effectué aucune mise à pied en raison de la pandémie de COVID-19. « On ne manque jamais d’ouvrage », se réjouit le directeur de l’usine, Steeve Breton.

Défi Polyteck : Rien ne se perd, tout se crée  

Serge Denis
Serge Denis
La Tribune
Au milieu de l’usine, où s’affairent quelque 200 employés, dont on devine aisément le sourire sous le masque, se trouve une petite unité de sciage de planches de composé de caoutchouc. Évidemment, cette opération produit une poussière noire. N’importe où ailleurs, ce résidu se retrouverait dans les poubelles pour y être enfoui. Pas chez Défi Polyteck!

Rien ne se perd dans cet immense atelier multifonctionnel du boulevard Queen-Victoria à Sherbrooke. La poussière est entièrement récupérée et retournée chez Animat, qui la réintègre dans sa production. « Chez nous, explique Pierre Morency, directeur du développement stratégique et de l’environnement, chaque déchet est un nouveau défi. On cherche ce qu’on peut faire pour lui donner une nouvelle vie utile. »

La même préoccupation prévaut pour les retailles et les résidus de sciage de céramique qui résultent de la production de mosaïques de 30 centimètres par 30 distribuées un peu partout dans le monde. « On travaille avec une équipe de recherche de l’Université de Sherbrooke pour intégrer cet agrégat au béton. Et ça marche! » se réjouit M. Morency, un environnementaliste de longue date séduit par la proposition de pousser plus loin les visées de Défi Polyteck. 

Défi Polyteck est née de la fusion de l’Atelier Poly-Teck et de Défi SM en 2014. L’entreprise se présente d’abord comme un maillon important de l’économie sociale, puisque la plupart de ses employés présentent des limitations physiques. « Ici, c’est leur milieu de vie, reprend Pierre Morency en parcourant les différentes unités de travail adaptées aux conditions des travailleurs, où chacun s’affaire consciencieusement à sa tâche. C’est aussi une usine-école, où les employés qui arrivent sont formés grâce à un partenariat avec le Centre Saint-Michel. On a une cafétéria à prix modique, un jardin communautaire derrière l’usine, un gymnase et de la formation continue en santé et sécurité au travail. »

« Toujours de la demande »

Le nouveau directeur de l’usine, Steeve Breton, est fier d’affirmer qu’une bonne part de ses employés y œuvrent depuis plusieurs années et que la pandémie de COVID-19 n’a entraîné aucune mise à pied. « Il y a toujours de la demande pour ce que nous produisons. Si ça ralentit dans certains secteurs, ça va mieux dans d’autres. On ne manque jamais d’ouvrage », insiste-t-il. 

La dénomination de sous-traitant industriel ouvre toutes sortes d’horizons insoupçonnés à Défi Polyteck. En plus des mosaïques de céramique, l’usine conçoit des portes-moustiquaires, des filages électriques pour des bateaux, des caissons de bois, des emballages pour des petits outils qui accompagnent des meubles Ikea, des présentoirs, des tapis de yoga, etc. Dès le mois prochain, on y fabriquera même des emballages de suces produites au Danemark! « On répond à toutes sortes d’appels de soumission, mais la plupart de nos contrats proviennent du bouche-à-oreille, d’entreprises qui réfèrent des clients ou nous demandent si on pourrait faire telle ou telle chose », mentionne M. Breton.

« On n’enlève pas de contrat à personne, insiste Pierre Morency. On arrive en complément pour des entreprises qui font déjà de la sous-traitance pour effectuer des mandats spécifiques. » Entre autres mandats, la chaîne de quincailleries Richelieu avait déjà demandé à Défi Polyteck de confectionner des emballages pour présenter bon nombre de produits en étalage. L’expérience a été si concluante que le quincailler a décidé d’envoyer à Sherbrooke tous les boulons, écrous, clous et autres produits tombés orphelins afin de les remettre en inventaire dans de nouveaux habits. 

La vaste usine de la rue Queen-Victoria peut même accueillir des entreprises manufacturières à l’occasion, comme elle l’a fait l’an dernier avec le fabricant de bottes de travail Royer, qui est reparti avec 11 de ses employés! Comme quoi la récupération se décline de toutes les manières chez Défi Polyteck. C’est aussi là qu’ont été assemblées les premières trottinettes à propulsion électrique Geebee.

Autre créneau : Défi Polyteck s’impose comme un joueur majeur pour le déchiquetage de documents de papier. Après l’Université et le Cégep, elle vient de décrocher le contrat avec le CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Le tout s’effectue dans une pièce à part et le papier déchiqueté se retrouve en ballots qui s’en retourne vers la filière du recyclage. 

Dans un autre coin, un petit conteneur à peine plus gros qu’une pelle de tracteur est rempli au tiers seulement. Surtout de sciures de bois contaminé. Ce sont les déchets ultimes, ceux qu’on a été incapables de détourner de la récupération. « On détourne 98,7 pour cent de nos résidus de l’enfouissement, en commençant par la réutilisation souligne fièrement M. Morency. On a même aménagé un espace dans notre cour pour que les gens puissent se servir librement de ce qui reste de notre production. » 

Rien ne se perd chez Défi Polyteck, mais tout se crée!