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Vingt ans après l'an 2000 : recyclage et récupération
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Vingt ans après l'an 2000 : recyclage et récupération
Vingt ans après l’an 2000, La Tribune se penche chaque mois sur un enjeu de société qui a marqué le début du siècle afin de prendre la mesure du changement. Voici le premier de deux volets sur la récupération et le recyclage. Le second sera présenté samedi prochain.
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Sherbrooke prête à passer en vitesse supérieure

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Sherbrooke prête à passer en vitesse supérieure

Serge Denis
Serge Denis
La Tribune
Après des années de stagnation, Sherbrooke semble prête à entrer dans une nouvelle ère de récupération et de recyclage.

Les astres sont parfaitement alignés dans le télescope de Patrice Charbonneau, chargé de projet en environnement à la Ville de Sherbrooke depuis 2002. « La volonté des citoyens a toujours été là, souligne-t-il. Maintenant nous avons les infrastructures et l’équipement pour améliorer nos performances. Finalement, nous voyons les gouvernements apporter les changements réglementaires nécessaires pour passer à la vitesse supérieure. Mais je suis un optimiste », prend-il soin de préciser. 

Cet optimisme n’a cependant rien à voir avec l’astrologie. Depuis longtemps, les Sherbrookois disposent de trois bacs roulants et sont généralement soucieux de jeter leurs résidus dans le bon, ce qui les place au-dessus de la moyenne québécoise quant à la proportion de déchets condamnés à l’enfouissement.  

Du côté des infrastructures, les investissements récents de 2,8 M$ à Récup Estrie promettent une amélioration considérable du papier qu’on y trie à partir du bac vert. Ce qui signifie un meilleur prix sur les marchés. La filière des déchets organiques est bien huilée et la participation des citoyens se maintient. Bon an mal an, le sous-traitant privé Englobe, voisin de Valoris à Bury, accueille 18 000 tonnes de matière putrescible et en produit un compost. La popularité des écocentres Michel-Ledoux et Rose-Cohen ne faiblit pas. Ils reçoivent annuellement 130 000 visiteurs et valorisent 80 pour cent de la matière reçue. Enfin, la régie intermunicipale Valoris semble sur la bonne voie de réaliser ses ambitieuses promesses de 2013. (Lire autre texte)

Finalement, les gouvernements donnent des signaux clairs qu’ils comptent réduire la quantité de déchets voués à l’enfouissement. À Ottawa, on a dressé une liste de produits de plastique à usage unique dont la vente sera interdite dès la fin de l’an prochain. Cette liste pourrait se bonifier au fil des ans. À Québec, le ministre de l’Environnement, Benoit Charrette, annonçait en février un investissement de 30,5 M$ afin de moderniser la collecte sélective. Plus tôt, il avait fait part de l’ajout des gros appareils électroménagers à la loi sur la responsabilité élargie des producteurs. Enfin, une consigne sera appliquée progressivement au cours des prochaines années sur l’ensemble des bouteilles de verre ou de plastique, qu’elles contiennent de l’eau, du jus, des boissons énergisantes ou de l’alcool. 

Karine Godbout, présidente du comité de l’environnement à la Ville de Sherbrooke.

« Du mouvement dans l’air »

La présidente du comité de l’environnement à la Ville de Sherbrooke, la conseillère Karine Godbout, est aux premières loges pour constater qu’« il y a du mouvement dans l’air », selon ses propres termes. « On sent une volonté d’aller plus loin de la part des gouvernements », constate-t-elle à la veille de confier au nouveau bureau de l’environnement, créé au printemps 2019, le mandat de préparer le prochain plan de gestion des matières résiduelles de la Ville de Sherbrooke, qui devrait être déposé à l’automne 2023. 

« Il y a toutes sortes d’avenues à explorer, annonce Mme Godbout. Nous devrons faire le bilan de la collecte des gros rebuts sur appel. C’est certain qu’il y a des irritants, mais ça nous permet de mieux connaître ce qui est ramassé. Nous avons ouvert une filière de revalorisation pour les matelas, qui se retrouvaient tous à l’enfouissement. Plus récemment, nous avons instauré le compostage dans les écoles et ça fonctionne très bien », se réjouit-elle en ajoutant que l’approche pourrait être étendue à d’autres types d’établissements, comme les centres hospitaliers, les restaurants, etc.

Karine Godbout l’admet, le bureau de l’environnement devra chercher des solutions pour améliorer les statistiques de récupération dans les immeubles de plus de six logements, particulièrement nombreux dans le district d’Ascot, dont elle est la conseillère. « Nous discutons avec des propriétaires pour trouver de meilleures pratiques. Mais il faut voir les choses plus largement encore afin de réduire le gaspillage alimentaire. Il faudra favoriser la réduction à la source, le dialogue entre les épiceries et les banques alimentaires. Déjà, il y a des partenariats qui fonctionnent très bien dans d’autres domaines grâce à des organisations comme Estrie Aide ou Défi Polyteck, qui travaillent dans l’économie circulaire. »

Le principal défi sera celui des communications, souligne-t-elle. « Les choses évoluent, mais il faut continuellement revenir au tri à la source. C’est la clé. Et il faut le répéter : ça coûte aux citoyens 35 $ la tonne pour acheminer le contenu du bac vert à Récup Estrie, 80 $ la tonne pour porter nos matières organiques chez Englobe, qui en fait du compost, tandis que ça coûte 243 $ la tonne pour les déchets destinés à l’enfouissement. »

Patrice Charbonneau, chargé de projet en environnement à la Ville de Sherbrooke.
Quelques dates 

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Quelques dates 

Serge Denis
Serge Denis
La Tribune
Voici quelques dates importantes dans l'histoire sherbrookoise du recyclage et de la récupération.

Novembre 1996

Inauguration du centre régional de tri, rue Claude-Greffard


Juin 2002

Distribution de 800 bacs bruns dans le secteur nord de Sherbrooke pour une expérience pilote 


Juin 2003    

Inauguration de l’écocentre Michel-Ledoux


Novembre 2005    

Distribution de 21 000 bacs verts de 360 litres à Sherbrooke 


Juin 2006    

Inauguration de l’écocentre Rose-Cohen


Septembre 2007    

Distribution de bacs bruns dans l’ensemble du territoire de Sherbrooke 


Juin 2008    

Sherbrooke doit acheminer l’ensemble de ses déchets à Saint-Étienne-des-Grès, à 160 km, pour y être enfouis


Juillet 2008      

 Fermeture du lieu d’enfouissement de Sherbrooke, rue des Pèlerins, en raison d’émanation de méthane


Juillet 2008    

Ouverture du centre de transbordement, rue Claude-Greffard, à côté du centre de tri


Février 2009   

Sherbrooke acquiert la moitié du lieu d’enfouissement technique du Haut-Saint-François, à Bury, au coût de 2,9 M$


Mars 2010   

Le centre de tri devient Récup Estrie


Juin 2010  

La Régie intermunicipale du centre de valorisation des matières résiduelles du Haut-Saint-François et de Sherbrooke devient Valoris


Avril 2013    

Le bac noir des Sherbrookois est désormais acheminé chez Valoris, à Bury


Mai 2015 

Ouverture du centre de tri de Valoris


Septembre 2017    

Fermeture de la ligne de traitement résidentielle à Valoris

Valoris explore une nouvelle avenue

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Valoris explore une nouvelle avenue

Serge Denis
Serge Denis
La Tribune
Les bacs noirs acheminés chez Valoris pourraient contribuer à redonner vie aux abords de chantiers routiers, aux anciens sites miniers et aux carrières abandonnées, nombreux dans la région.

L’idée fait son chemin dans le parc éco-industriel, qui recueille l’ensemble des déchets des Sherbrookois et des résidants du Haut-Saint-François. On est même prêts à redémarrer la ligne de tri des déchets domestiques, après une interruption de trois ans, si le gouvernement donne son aval à un projet pilote dans une ancienne carrière située à un jet de pierre des installations de Bury. 

« On s’est rendu compte que près de la moitié des déchets que nous recevons est compostable, fait remarquer Denis Gélinas, directeur général intérimaire de Valoris. On parle de résidus organiques, mais aussi de différentes matières souillées, comme du papier et du carton irrécupérables, des résidus de construction, etc. Bien sûr, il n’est pas question d’en faire du compost destiné au jardinage. Il comporte encore trop de petits polluants, comme des particules de verre. Mais pour reverdir des lieux dépourvus de matière organique, ça peut très bien contribuer à la revégétalisation », mentionne-t-il. 

« Ça se fait en Californie, reprend M. Gélinas. On joue au golf sur d’anciens sites miniers. Le recouvrement permet d’empêcher l’écoulement de l’eau et de relancer le cycle de revégétalisation. Les racines retiennent le sol et empêchent l’érosion, dans les pentes notamment. Ici, on l’a aussi expérimenté à plus petite échelle. Et ça marche! » ajoute-t-il en précisant que des programmes de réhabilitation d’anciens sites miniers existent déjà au Québec. 

Valoris n’attend qu’un assouplissement des règles du Bureau des normes du Québec pour aller de l’avant avec ce projet, qui permettrait de détourner des milliers de tonnes de résidus de l’enfouissement. Si l’expérience de cinq ans qu’on veut mener à la carrière de Bury s’avère concluante, elle pourrait mener à un débouché sans fin qui prolongerait considérablement l’espérance de vie du site d’enfouissement de Bury, qu’on s’apprête à agrandir. Déjà que le site initial n’aura vécu que 11 ans plutôt que les 13 prévus au départ.

Autre avantage : en extrayant les matières compostables du bac noir, il devient plus facile de détourner les autres matières récupérables vers la filière du recyclage. Ceci permettrait enfin à Valoris de s’approcher de la cible de récupération de 70 pour cent, fixée lors de sa création en 2010. 

Déboires

Depuis ses débuts, en 2013, Valoris n’a rien d’une histoire à succès. Ses déboires financiers et techniques, sa gestion déficiente et son manque de transparence ont plus souvent fait parler d’eux que ses performances. Si bien que la ligne de tri des déchets domestiques est arrêtée depuis plus de trois ans. La Vérificatrice générale de la Ville de Sherbrooke, Andrée Cossette, parlait même d’un « dossier troublant » dans un rapport déposé en juillet 2019. 

Vice-président de Valoris, le préfet de la MRC du Haut-Saint-François Robert Roy n’a pas sourcillé en lisant le rapport dévastateur de la vérificatrice. « Nous étions au fait des difficultés qu’elle a identifiées et plusieurs recommandations énoncées étaient déjà en cours de réalisation », assure-t-il. Il estime que le plan de redressement 2019-2021, déposé en novembre 2019, permettra à la régie intermunicipale de rallumer la lumière au bout du tunnel, alors que des voix se font entendre pour que les actifs de Valoris soient vendus à une entreprise privée. 

« Ce serait la pire chose à faire, assure-t-il. D’abord les municipalités verraient leur facture monter en flèche. Ensuite, on n’a pas idée du travail qui se fait là pour réduire l’enfouissement. C’est important de le dire. Dans 20, 30, 50 ans, si on parvient à relancer notre ligne de tri des déchets domestiques et à trouver une nouvelle utilité aux trois quarts, les générations qui suivront n’auront pas à trouver des solutions aux problèmes que nous leur aurons légués. »

Robert Roy en convient sans détour, la facture refilée aux Sherbrookois et aux résidants du HSF pour relancer Valoris est trop élevée. « À 240 $ la tonne, c’est trop cher. Nous devrons rajuster ce montant à la baisse, assure-t-il. Mais si nous pouvons réussir notre pari de convertir la moitié des déchets en ressources, la rentabilité sera au rendez-vous. »

Les citoyens ont fait leurs devoirs, estime le préfet, en brandissant les dernières statistiques d’Ascot Corner, Dudswell et Weedon, qui ont récemment adopté la collecte à trois voies. La balle est dans le camp de Québec. 

Profession : recycologue

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Profession : recycologue

Serge Denis
Serge Denis
La Tribune
Bon an mal an, la MRC de Coaticook figure parmi les premières de classe au Québec pour sa gestion des matières résiduelles. La chargée de projets Monique Clément n’est pas étrangère à cette distinction.

L’ex-directrice du Conseil régional de l’environnement de l’Estrie, qui se présente aujourd’hui comme recycologue, accompagne les élus de l’endroit depuis 2006 dans leur volonté commune de réduire l’enfouissement. 

« Quand je suis arrivée, la collecte de matières recyclables était déjà bien implantée, mais il n’y avait pas de bac brun pour les résidus organiques, rappelle-t-elle. La pression est venue des deux plus petites municipalités, Saint-Venant-de-Paquette et East Hereford, d’instaurer la collecte des matières putrescibles. Au total, les deux municipalités ne comptent pas plus de 400 personnes réparties sur des territoires quand même assez vastes. Alors si c’était pour marcher là, il n’y avait pas de raisons que ça ne fonctionne pas ailleurs. »

Deux ans plus tard, les autres municipalités de la MRC emboîtaient le pas et distribuaient à leur tour des bacs bruns à toutes les portes. Résultat : plus personne ne remet en cause la pertinence de collecter le bac de déchets aux quatre semaines alors que les deux autres bacs bénéficient d’une attention plus rigoureuse. « Au début, certains nous disaient que le bac noir sentait mauvais au bout de deux ou trois semaines. On leur répondait que s’il y a des odeurs, c’est que certaines matières ne sont pas dans le bon bac. »

Aujourd’hui, la plateforme de compostage de la MRC, construite en 2007 et agrandie en 2016, peut recevoir 10 300 tonnes de matière organique par année, y compris des boues provenant des stations d’épuration et des fosses septiques. Pas moins de 95 pour cent de la matière reçue devient du compost, qui est redistribué aux municipalités ou utilisé comme remblai au site d’enfouissement s’il est de moindre qualité. 

Trois catégories

« En quelques années seulement, de 2006 à 2010, les municipalités ont réduit de moitié ce qui se retrouve à l’enfouissement, se réjouit Mme Clément. Mais on plafonne autour de 178 kg par personne depuis quelques années, comme c’est le cas partout ailleurs », regrette-t-elle du même souffle. 

Faut-il se satisfaire de ces performances? Monique Clément espère que non. Elle estime que les municipalités ont fait leurs devoirs en se donnant les infrastructures et en déployant les efforts pour faire mieux encore. Elle ajoute que les citoyens ne veulent pas revenir en arrière et assument généralement bien leur responsabilité en triant leurs résidus à la source. 

« Sans faire d’étude scientifique, je pense que la population se divise en trois groupes dans son approche face aux déchets. Il y a d’abord les verts foncés, qui trient systématiquement, rincent leurs matières recyclables et remplissent leur bac brun chaque semaine. Ils composent environ 10 pour cent de la population. À l’autre bout, on retrouve 5 pour cent des gens qui se fichent complètement du bac vert, bleu, noir ou brun. Au milieu, c’est l’immense majorité de la population qui fait des efforts, mais qui va se tromper de bac à l’occasion. On peut sensibiliser ces gens-là pour améliorer les performances, mais les résultats seront limités. Est-ce que nous devrions envisager une surtaxe à la délinquance, je ne sais pas. Mais il faudra trouver une solution pour convaincre une personne de ne pas mettre un sac de golf au complet dans le bac de recyclage », illustre-t-elle en guise d’exemple vécu!

Le reste du chemin que les municipalités devront parcourir sera de mieux desservir les industries, les commerces et les immeubles comptant de nombreux logements. « C’est plus difficile, convient-elle.  

Monique Clément estime que la balle est maintenant dans le camp des gouvernements et de l’industrie. De 2015 à 2020, Québec n’a rien annoncé pour réduire l’enfouissement, déplore-t-elle. Or si on n’a pas de plan assorti de programmes précis, on n’a pas de financement pour aller de l’avant avec des nouvelles initiatives. » Le gouvernement actuel semble rompre avec ce laxisme des dernières années en menant deux initiatives susceptibles d’améliorer significativement les performances de récupération : l’élargissement de la consigne aux bouteilles de verre et de plastique et l’ajout des gros électroménagers à la liste des produits tombant sous le règlement sur la responsabilité élargie des producteurs.

La prochaine étape, croit Monique Clément, sera de forcer l’industrie à réduire l’emballage et à cesser l’utilisation de matières irrécupérables telles les plastiques de catégorie 6 et les matériaux multimatières, contenant du plastique et du carton, par exemple. « Ça prendra une volonté politique claire pour aller plus loin, fait-elle valoir. Il faudra, entre autres, trouver une solution à l’obsolescence programmée, qui produit des quantités phénoménales de déchets. La bonne nouvelle, c’est que nous avons des signaux intéressants », note-t-elle en soulignant l’interdiction de six produits de plastique à usage unique dès l’an prochain, annoncée récemment par Ottawa. 

Une dernière avenue à explorer consiste à créer un marché pour les matières récupérées. « Pour le métal, ça va bien. Tout est recyclé ici. Dans le cas du papier et du carton, nous avons aussi de bons débouchés. Mais le plastique, c’est plus difficile. Les marchés asiatiques nous ont rendus un peu paresseux », convient-elle. Mais les investissements récents de Récup Estrie afin d’améliorer la qualité du triage laissent entrevoir des jours meilleurs aux matières récupérées, croit la recycologue, consultante et conférencière à ses heures.

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Élargissement de la consigne

En janvier dernier, le ministère québécois de l’Environnement annonçait que l’industrie avait un an pour établir une consigne pour tout contenant de liquide (eau, jus, boisson sucrée ou autre) de 100 ml à 2 L en verre, plastique ou métal. La consigne proposée serait de, 25 $ pour les bouteilles de verre et de, 10 $ pour les autres. 

Règlement sur la responsabilité élargie des producteurs

En vigueur depuis 2011, le règlement sur la responsabilité élargie des producteurs vise à transférer la responsabilité de la gestion des matières résiduelles de divers produits aux entreprises qui sont à l’origine de la mise en marché sur un territoire donné, soit les producteurs, les distributeurs et les détaillants.

Ces produits sont regroupés en cinq catégories :

les produits électroniques;

les piles et les batteries;

les lampes au mercure;

les peintures et leurs contenants;

les huiles, les liquides de refroidissement, les antigels, leurs filtres, leurs contenants et d’autres produits assimilables. 

Dans chaque catégorie, une série de produits doivent faire l’objet de programmes de récupération et de valorisation par les entreprises visées qui les mettent sur le marché.

En janvier dernier, le gouvernement actuel annonçait qu’il étendait cette règlementation aux gros électroménagers, dont tous les appareils de réfrigération et de climatisation, qui produisent des quantités importantes de gaz à effet de serre. Ces ajouts entreront en vigueur le 5 décembre.

Produits de plastique à usage unique interdits

Au début d’octobre, le premier ministre fédéral, Justin Trudeau, annonçait que six produits de plastique à usage unique seront bannis à la grandeur du pays à la fin de 2021. Il s’agir des pailles, des bâtonnets à mélanger le café, aux sacs d’épicerie, des supports à canettes de bière ou de boisson gazeuse, des ustensiles et des récipients alimentaires difficilement recyclables.

Cascades toujours à la page

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Cascades toujours à la page

Serge Denis
Serge Denis
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Le polystyrène reste un mal-aimé de tous les centres de tri. Ce sous-produit du pétrole peu couteux sert de barquette dans le commerce au détail, de verre ou d’emballage dans la restauration rapide, de rembourrage pour les envois fragiles et de support pour les appareils électroniques. Les débouchés sont rares et son élimination, extrêmement difficile.

La multinationale du papier et du carton Cascades a déjà miné considérablement le règne polluant de ce polymère bon marché. On lui doit une percée majeure dans l’emballage avec des supports en carton recyclé et recyclable, de contenants de même nature pour tenir le café et les hamburgers au chaud et comme rembourrage en papier tissu. Voilà que l’entreprise annonçait le mois dernier qu’elle s’attaque aux contenants à fruits, légumes, viandes et autres produits vendus en épicerie avec sa barquette conçue dans les laboratoires de Kingsey Falls et entièrement composée de fibres végétales et recyclables.

« Le défi, pour la conception de cette barquette, était de créer une pellicule végétale qui la rendrait imperméable », souligne Hugo D’Amours, vice-président, communications, affaires publiques et développement durable chez Cascades. « Il faut constamment trouver les bons ingrédients, image M. D’Amours. Ce n’est pas la même recette quand on fait du papier hygiénique ou du papier de bureau ou du carton. »

La réponse du marché déterminera si cette première nord-américaine se traduira par un succès commercial. « Le prix est compétitif, assure M. D’Amours, et nous constatons que les transformateurs et les consommateurs sont de plus en plus nombreux à réclamer des emballages verts. » La production est déjà commencée au Québec, ce qui fera de Cascades un acheteur encore plus important de matières récupérées.

 Globalement, Cascades utilise 84 pour cent de fibres recyclées dans ses procédés de production, souligne-t-il. Dans la mesure du possible, nous tentons de nous approvisionner au Québec. D’une part, les coûts de transport sont élevés; d’autre part, nous croyons qu’il faut soutenir l’économie circulaire. »

Bonne nouvelle : les matières interceptées dans les centres de tri sont de meilleure qualité qu’auparavant et les experts de Cascades suivent la situation de près. « Il y en a qui ont de très bons équipements. D’autres ont encore des défis importants à relever, avance Hugo D’Amours, en se gardant bien d’en nommer. Notre but est toujours de trouver la matière première le plus près possible de nos usines. À Lachute, par exemple, nous sommes juste à côté d’un centre de récupération où nous pouvons prendre une bonne partie de notre matière première. C’est la situation idéale pour nous, mentionne-t-il. » 

« Cascades était d’abord un récupérateur, c’est devenu un recycleur », reprend le vice-président, en rappelant les origines de l’entreprise créée par les frères Bernard et Laurent Lemaire en 1964, quand ils achètent leur premier moulin à papier abandonné depuis huit ans pour y produire du papier récupéré par l’entreprise familiale, qui trie déjà les rebuts domestiques à Drummondville. Leur cadet Alain se joint à eux peu après pour participer à la formidable croissance qui ne s’est jamais essoufflée depuis. Aujourd’hui, Cascades compte quelque 11 800 employés répartis dans plus de 90 usines en Amérique du Nord et en Europe.