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Vers un second confinement
COVID-19
Vers un second confinement
Le gouvernement de François Legault envisage de confiner à nouveau la population québécoise pour ralentir la propagation de la COVID-19. Voici plusieurs réactions régionales à cette mesure.
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Confinement: un défi majeur pour mobiliser (encore) les Québécois

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Confinement: un défi majeur pour mobiliser (encore) les Québécois

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
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À quelques heures d’annoncer de nouvelles mesures pour freiner la propagation du coronavirus, le gouvernement Legault a devant lui un défi majeur de communication pour garder les Québécois mobilisés dans cette importante lutte de santé publique.

C’est l’avis de la professeure-chercheuse à la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke et médecin-conseil à la Direction de santé publique Dre Mélissa Généreux. 

Car si elle reconnaît d’emblée que le rehaussement des mesures est inévitable d’un point de vue de lutte à la COVID-19 pour ne pas surcharger le système de santé, elle prévient qu’il faut s’attendre à des impacts psychosociaux importants sur la population, et en particulier sur les jeunes si le retour en classe passe par le télé-enseignement pour encore quelques semaines.

« On a accumulé un bagage d’une dizaine de mois où on a eu à faire des efforts, où on a eu cette sensation de perte de liberté et de stress imposés par tous ces changements. La possibilité que tout cela se prolonge encore, ça peut être inquiétant autant pour les adultes que les enfants, dit-elle. Est-ce que d’un point de vue psychosocial, ça va être bien reçu? Il y a de bonnes raisons de croire que non. Mais est-ce que c’est pour autant une mauvaise décision, je ne pense pas non plus. Il faut être réaliste. »

Selon elle, le message à marteler, c’est qu’il ne faut pas baisser les bras, qu’il faut rester solidaires, qu’on est dans les derniers sacrifices avant l’éclaircie et qu’il faut respecter les consignes pour ne pas gâcher les efforts des dix derniers mois.

Couvre-feu et cohérence

L’imposition d’un couvre-feu pourrait-elle être la mesure qui va faire déborder le vase?

« Ça vient frapper l’imaginaire, c’est certain. Je peux comprendre que les gens vont interpréter ça comme une approche un peu militaire. Couvre-feu, c’est le genre de terme qu’on utilise quand c’est grave, ou quand on veut vraiment être en mode contrôle ultime, mais dans les faits, ça ne devrait pas nous brimer tant que ça », énonce Mélissa Généreux.

« Techniquement, si on respecte les consignes, il n’y a pas grand-chose à faire passer 20 heures le soir. On devrait être chez soi. À part quelques personnes qui voudraient prendre l’air tard le soir, ça [un couvre-feu] va surtout restreindre ceux qui sortaient pour aller voir des amis, aller faire le party, ou qui ne respectaient pas les règles. Et ça, ça ne me déplaît pas. Ça envoie le message qu’on surveille et qu’on assure le contrôle un peu plus. Ne nous laissons pas impressionner par le mot. »

Alors que les voyages d’agrément durant le temps des Fêtes ont sans nul doute contribué à la démobilisation des Québécois, Dre Généreux invite aussi le gouvernement à faire preuve de cohérence dans ses directives. 

« Je comprends qu’il y a des décisions de compétences provinciales et des décisions de compétences fédérales et qu’une partie des incohérences vient de là, mais j’ai vraiment de la difficulté à comprendre. Dans un contexte où on vit d’énormes sacrifices ici, j’espère que les mesures plus répressives [annoncées mercredi] n’encourageront pas les gens à dire la seule chose qu’il nous reste, c’est de partir en voyage. Que puisque ce n’est pas interdit, que ça ne doit pas être si grave que ça. »

À la recherche d’un équilibre

Dans la foulée des enquêtes psychosociales auxquelles elle a collaboré au cours des derniers mois, Dre Généreux s’inquiète davantage à savoir si le gouvernement a bien soupesé les risques de garder les écoles fermées au-delà du 11 janvier.

« Tout est une question de recherche d’équilibre entre le risque COVID et le risque psychosocial, et par psychosocial, j’embrasse très large, explique-t-elle. Je ne parle pas juste de santé psychologique, anxiété, dépression, je parle aussi de risques de décrochage scolaire, de démobilisation de jeunes, de sédentarité extrême, d’insomnie, de problèmes de comportement ou même d’abus de substances. Tout ce qui peut découler en somme d’être isolés et de ne pas être stimulés. 

« En terme de déséquilibre, est-ce que le risque COVID dépasse le risque psychosocial à un point tel de devoir fermer les écoles encore quelques semaines, autant au primaire, secondaire, collégial, qu’universitaire, je me questionne. C’est peut-être là où je pense que le jeu n’en vaut pas la chandelle. »


« En terme de déséquilibre, est-ce que le risque COVID dépasse le risque psychosocial à un point tel de devoir fermer les écoles encore quelques semaines, autant au primaire, secondaire, collégial, qu’universitaire, je me questionne. C’est peut-être là où je pense que le jeu n’en vaut pas la chandelle. »
Dre Mélissa Généreux

Dre Généreux amène en argument que les cas déclarés en milieux scolaires sont minoritaires en Estrie, que les directions d’écoles sont agiles à les détecter et à faire ce qui doit être fait pour freiner les éclosions, que les mécanismes de contrôle qui ont été mis en place avec la santé publique depuis l’automne sont efficaces et fluides.

« De fermer les écoles, ce n’est pas tant ce qui va réduire la propagation des cas, du moins en Estrie, estime-t-elle. Mais en contrepartie on a un grand nombre de jeunes qui sont blessés psychologiquement. » 

Nouvelle enquête

Dre Généreux annonçait d’ailleurs mardi une nouvelle enquête « unique au Québec » qui sera menée en janvier auprès des élèves des universités, cégeps et « presque toutes » les écoles secondaires de la région de l’Estrie pour mesurer les impacts psychosociaux de la pandémie chez les 15-25 ans.

L’enquête réalisée à la demande du milieu scolaire sera menée par des étudiants en médecine dans le cadre d’un stage en santé communautaire, sous la supervision de la Dre Généreux, et elle compte bien en dévoiler rapidement les résultats, « pour influencer les décisions ».

« On va procéder dans la semaine du 25 janvier, quand tout le monde aura repris le beat des études, que ce soit en présentiel ou en télé-étude. Si les écoles sont fermées comme ça pourrait être le cas, je suis quand même assez inquiète de ce qu’on va mesurer », termine-t-elle.

Confinement: le secteur manufacturier craint «un suicide économique»

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Confinement: le secteur manufacturier craint «un suicide économique»

Alain Goupil
Alain Goupil
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Un autre confinement total serait « catastrophique » pour les entreprises manufacturières exportatrices du Québec, croit l’homme d’affaires et consultant en exportation Pierre Harvey. Ce dernier implore le premier ministre François Legault de faire preuve de modération dans l’application de nouvelles mesures qui pourraient être annoncées mercredi.

Alors que plusieurs spécialistes en santé publique montrent du doigt les entreprises manufacturières comme sources d’éclosion de la COVID-19, le milieu manufacturier espère que le gouvernement Legault tiendra compte des répercussions qu’aura une éventuelle « mise sur pause » comme celle du printemps dernier.

« Le remède ne doit pas être pire que le bobo », prévient Pierre Harvey, pdg de Harvey International, qui accompagne des PME québécoises et canadiennes dans leurs projets d’exportation aux États-Unis, notamment dans les États de la Nouvelle-Angleterre.

M. Harvey rappelle que 70 % des produits d’exportation fabriqués au Québec sont destinés au marché américain. Dans cette optique, un second confinement total est impensable, dit-il. « Ce serait un suicide économique, rien de moins. »

Pierre Harvey

Selon lui, si François Legault décide d’imposer de nouvelles restrictions aux entreprises manufacturières exportatrices, il doit « le faire de façon modulée », en tenant compte des conditions beaucoup moins strictes imposées aux entreprises concurrentes du côté américain.

« Lorsqu’on regarde en Nouvelle-Angleterre par exemple, le New Hampshire n’a aucune restriction, malgré le fait qu’ils ont plus de cas qu’au Québec. Au Massachusetts, on y est allé avec des mesures plus ciblées en réduisant par exemple le nombre d’employés sur place à 25 % du personnel sur la chaîne de production », cite en exemple Pierre Harvey. « Même en Angleterre, où on vient d’annoncer un confinement total, on laisse du manufacturier fonctionner. »

Selon lui, une telle modulation pourrait très bien s’appliquer aux entreprises québécoises.

« C’est vrai que la chaîne de production peut présenter des enjeux par rapport aux éclosions, reconnaît Pierre Harvey. Mais il y a moyen, par exemple, de prioriser certaines commandes à plus court terme, avec moins de personnel, tout en faisant en sorte que les employés de marketing ou du développement des affaires travaillent à distance. »

Ce que craint Pierre Harvey, c’est qu’un confinement total permettra aux entreprises américaines de s’emparer instantanément des parts de marché que détiennent actuellement les manufacturiers québécois aux États-Unis et au Canada.

Des effets à long terme

Comme des milliers d’autres propriétaires de PME au Québec, Ian Mourant appréhende lui aussi les mesures qu’annoncera François Legault, mercredi soir.

M. Mourant a acheté l’an dernier de l’Atelier CV, situé dans l’arrondissement de Brompton. L’entreprise, qui se spécialise dans la mécanosoudure, compte neuf employés.

Plusieurs petits entrepreneurs, comme Ian Mourant, de l’Atelier CV, situé dans l’arrondissement de Brompton, appréhendent une autre fermeture de l’économie.

L’incertitude entourant une éventuelle fermeture de l’économie entraîne son lot d’inquiétude, admet l’entrepreneur.

« Déjà, le simple fait d’être entrepreneur n’a rien de sécurisant, dit-il, mais dans le contexte actuel, c’est encore pire », raconte l’homme d’affaires âgé de 46 ans, qui craint une autre mise sur pause comme celle du printemps dernier.

« C’est bien beau être sur pause, mais pendant ce temps-là, il faut continuer à payer nos bâtisses, nos comptes, nos impôts, etc. Et les revenus qui nous servent à payer tout ça ne sont plus là », dit-il en soulignant l’impact négatif de la pandémie sur la valeur des entreprises.

« Quand ton entreprise ne roule pas, ton investissement ne prend pas de valeur non plus. Certains réussissent à survivre, mais dans les faits, c’est très nocif pour l’entreprise et sa valeur. »

L’impact d’une fermeture risque aussi de se faire sentir sur le carnet de commandes à moyen et long termes, estime M. Mourant.

« Aujourd’hui, les délais de livraison sont très courts. Les clients n’ont pas le temps d’attendre. Si on ferme trois ou quatre semaines, le client qui avait commandé une pièce pour le mois de mars, va quand même vouloir l’avoir au mois de mars. Ça va créer une pression énorme sur la production », prévoit M. Mourant, qui précise ne pas en vouloir aux dirigeants politiques advenant que le gouvernement décide de fermer à nouveau les entreprises.

« Je sais que ce sont des décisions extrêmement difficiles à prendre. Je n’aimerais vraiment pas être dans leurs souliers actuellement. »

L’Association des pédiatres plaide pour un retour en classe le 11 janvier

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L’Association des pédiatres plaide pour un retour en classe le 11 janvier

Isabelle Pion
Isabelle Pion
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Le retour à l’école doit être maintenu à compter du 11 janvier, plaide l’Association des pédiatres du Québec, qui a fait connaître sa position au premier ministre François Legault et au directeur national de la Santé publique Horacio Arruda. Alors que Québec doit dévoiler mercredi les mesures du confinement attendu, l’association craint un prolongement de la fermeture des écoles à la suite du congé des Fêtes.

Dans la missive, les pédiatres, dont la Dre Marie-Claude Roy du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, font valoir que les écoles ne constituent pas les principaux lieux d’éclosion et que la grande majorité des éclosions en milieu scolaire comptent cinq cas et moins. En outre, ces cas sont majoritairement le reflet de la transmission communautaire.

« L’Association des pédiatres du Québec réaffirme que la lutte primordiale et acharnée contre la COVID-19 ne doit pas se faire au détriment de toute une génération de jeunes qui ont droit au maintien d’une éducation de qualité en présentiel et, en cas de besoin, à l’aide et aux services appropriés et adaptés au contexte, ainsi qu’aux activités parascolaires essentielles à l’expérience pédagogique », peut-on lire dans la lettre qui s’adresse également au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.

Outre Dre Roy, ses collègues Marc Lebel, président de l’Association, le Dr Jean-François Chicoine et la Dre Sasha Dubrovsky s’inquiètent des impacts majeurs « déjà perceptibles sur le parcours académique et développemental des enfants, de même que l’impossibilité de faire progresser les apprentissages en mode virtuel pour les 6-12 ans ». Ils s’inquiètent aussi sur les conséquences « actuellement dramatiques sur la santé mentale, la motivation et la réussite scolaire des adolescents ». 

Grande détresse

En entrevue à la fin novembre avec La Tribune, la Dre Marie-Claude Roy observait à quel point les adolescents sont nombreux à se présenter en grande détresse dans les salles d’urgence des hôpitaux estriens.

Elle disait ne jamais avoir vu autant de cas de détresse et de cas aussi sévères, alors que le nombre de jeunes en état de détresse, aux prises avec des troubles alimentaires ou avec des idées suicidaires est plus élevé que jamais. 

Les adolescents sont très nombreux à se présenter « en grande détresse » dans les salles d’urgence des hôpitaux estriens. Le nombre de jeunes en état de détresse, aux prises avec des troubles alimentaires ou des idées suicidaires est plus élevé que jamais. 

« Je n’avais jamais vu autant de cas de détresse et des cas aussi sévères », s’alarmait alors la pédiatre Dre Marie-Claude Roy. L’Association a préféré ne pas accorder d’entrevue.

Rappelons que les élèves du primaire et du secondaire devaient retourner physiquement à l’école à compter du 11 janvier, en alternance une journée sur deux à la maison dans les zones rouges.

Le « retour » prévu cette semaine devait s’effectuer principalement à distance, avec des travaux à réaliser et du soutien pédagogique. Or, en raison du nombre de cas élevé de COVID-19 dans toute la province, Québec doit divulguer mercredi son plan de confinement, selon La Presse. La rentrée hivernale est pour le moment prévue le 11 janvier à l’Université de Sherbrooke et la semaine suivante au Cégep de Sherbrooke: il faudra voir l’impact de l’annonce sur les calendriers des établissements collégiaux et universitaires. Avant les Fêtes, des voix s’élevaient à l’UdeS pour que l’institution, qui mise le plus possible sur le présentiel, se montre plus flexible avec les cours en ligne.        

Le Partage Saint-François ne souhaite pas un confinement forcé pour les itinérants

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Le Partage Saint-François ne souhaite pas un confinement forcé pour les itinérants

René-Charles Quirion
René-Charles Quirion
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S’il n’en tient qu’à la direction du Partage Saint-François de Sherbrooke, l’expérience du printemps 2020 de confiner les personnes itinérantes à l’intérieur des murs de l’organisme ne doit pas être répétée.

« C’était l’horreur lors du dernier confinement. Nous ne pouvons pas tirer grand-chose de positif de cette expérience où un employé a été blessé et où il y a eu des risques de contamination à l’hépatite et même au VIH. Confiner des gens avec des problèmes de toxicomanie et de santé mentale contre leur gré crée davantage de crises que ça fait du bien. Il y a eu plusieurs gestes de violence et des menaces parce que les gens que nous voulions aider ne voulaient pas rester ici. Je ne veux pas faire revivre une telle situation à mon équipe. Si une loi nous l’impose, nous n’aurons pas le choix de nous plier. Il faut cependant chercher à offrir les services de première ligne sans obliger notre clientèle à être enfermée », soutient le directeur général du Partage Saint-François Sébastien Laberge. 

Lors de la première vague de la pandémie de la COVID-19 en Estrie, 50 personnes habituées à être libres de leurs allées et venues et devant composer avec des problèmes de consommation, de santé mentale ou les deux, sont restés confinés du 7 avril au 8 mai.

« Il faut comprendre que les gens qui fréquentent notre refuge présentent souvent des problèmes de consommation. C’est impensable de les confiner sur une base quotidienne. Certains utilisent des drogues injectables et doivent ainsi être forcés au sevrage. Ce n’est vraiment pas une bonne idée de les forcer au confinement contre leur gré », estime le directeur général du Partage Saint-François.

Sébastien Laberge signale qu’un nouveau confinement n’entraînera pas de modifications majeures dans les services essentiels offerts par le Partage Saint-François.

« Nous respectons au maximum les consignes sanitaires dans le refuge. Avec la fermeture des commerces, notre clientèle se retrouve très peu en contact avec le reste de la population », indique M. Laberge.



« Il faut comprendre que les gens qui fréquentent notre refuge présentent souvent des problèmes de consommation. C’est impensable de les confiner sur une base quotidienne. Certains utilisent des drogues injectables et doivent ainsi être forcés au sevrage. Ce n’est vraiment pas une bonne idée de les forcer au confinement contre leur gré. »
Sébastien Laberge, directeur général du Partage Saint-François

Ce dernier signale que peu importe la température, rien n’est agréable pour une personne de vivre dans la rue.

« Que ce soit une froide nuit de pluie d’automne, une journée à 30 degrés sans endroit pour boire ou des nuits à -20 degrés Celsius, les conditions ne sont pas plus faciles. Nos lits vont rester ouverts. Le refuge n’est même pas plein toutes les nuits », indique M. Laberge.

Concernant la mise en place d’un possible couvre-feu, Sébastien Laberge croit que la clientèle itinérante n’ira pas s’exposer aux policiers.

« Ce sont des gens qui sont dans leurs abris loin des regards. S’ils ne causent pas de problème et qu’il n’y a pas de plainte, ils ne recevront pas de constat d’infraction bien qu’ils en reçoivent de toute façon pour bien d’autres choses », signale le directeur général du Partage Saint-François.

Le directeur de La Chaudronnée François Lemieux croit aussi que son organisme pourra continuer à offrir des repas pour emporter à la clientèle marginalisée.

« Nous avons pu rouvrir notre salle à manger quelques semaines lorsque nous étions en zone orange. Mais nous avons repris les repas pour emporter. Le vendredi, nous ajoutons un repas congelé pour la fin de semaine », indique M. Lemieux.

Deuxième confinement : les agricultrices retiennent leur souffle

Agroalimentaire

Deuxième confinement : les agricultrices retiennent leur souffle

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
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La présidente des Agricultrices de l’Estrie, Yolande Lemire, met sa patience à l’épreuve depuis mardi matin, alors qu’elle apprenait dans La Presse qu’un nouveau confinement total serait annoncé mercredi. Celle-ci espère qu’on aura tiré des leçons du printemps dernier et qu’on accordera aux familles agricoles l’accès aux services de garde d’urgence, cette fois.

« On se montre patientes pour tout de suite. On a l’expérience du mois de mars et je souhaite beaucoup qu’on s’en serve. Je suis certaine que beaucoup de recommandations ont été faites et qu’elles seront prises en compte », exprime la productrice laitière de Compton, rappelant que lors du premier confinement, en plus de ne pas pouvoir recevoir de visiteurs — et donc d’aide — à domicile, les agriculteurs ne faisaient pas partie de la liste des travailleurs essentiels ayant accès aux services de garde d’urgence.

Cette situation a suscité beaucoup de détresse dans les familles, en plus de présenter un danger pour la sécurité des enfants, déplore la Fédération des agricultrices du Québec. 

Selon un sondage réalisé par le regroupement entre le 27 mai et le 8 juin 2020 auprès de 300 familles agricoles ayant des enfants d’âge préscolaire, 76 % des productrices ont été obligées d’amener les enfants à la ferme pendant le premier confinement. Cinquante et un pour cent d’entre elles ont aussi dû réduire leur temps de travail à la ferme. En comparaison, 32 % des hommes avaient fait de même.

Le syndicat avait ainsi conclu qu’un deuxième confinement sous les mêmes paramètres représenterait « des impacts financiers et psychologiques importants pour les familles ».  

Mme Lemire rappelle d’autant plus que les agriculteurs ont tout intérêt à se montrer prudents et à respecter les consignes sanitaires. « Si j’attrape la COVID et que je la partage avec les employés à la ferme, je suis pénalisée et je me retrouve seule à m’occuper de mon troupeau », image-t-elle. 

Du côté du cabinet du ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, André Lamontagne, on indique que plus d’information sera disponible lors du point de presse de François Legault demain, mais que « le ministre Lamontagne est tout à fait conscient que la garde des enfants est un enjeu pour les producteurs agricoles » et qu’« il fait les représentations nécessaires auprès des autorités concernées ».

Selon le cabinet du ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, il n’est « pas prévu pour le moment » de restreindre l’accès aux services de garde 0-5 ans. Comme c’est déjà le cas pour certaines périodes du congé prolongé des Fêtes, seuls les services de garde en milieu scolaire seraient réservés à une liste de travailleurs essentiels, dont les agriculteurs ne font pas partie. Les discussions avec la Santé publique étaient cependant toujours en cours, mardi après-midi.

« TOUJOURS DES RISQUES D’ACCIDENT »

En septembre dernier, alors que la deuxième vague s’apprêtait à frapper de nouveau, la productrice d’œufs Caroline Fillion déplorait d’ailleurs les conditions dans lesquelles elle a dû traverser le confinement du printemps 2020 : celle-ci devait amener ses enfants de 3, 5 et 6 ans au travail. 

En septembre dernier, alors que la deuxième vague s’apprêtait à frapper de nouveau, la productrice d’œufs Caroline Fillion déplorait d’ailleurs les conditions dans lesquelles elle a dû traverser le confinement du printemps 2020, alors qu’elle devait amener ses enfants de 3, 5 et 6 ans au travail.

« On travaille sept jours sur sept. On n’en a pas de congé. D’habitude, la semaine, on peut prendre de l’avance pour certaines tâches de la fin de semaine. Là, avec les enfants qui sont toujours avec nous, on manquait de temps. Et il y a toujours des risques d’accident. Mon plus jeune, directement en partant, il s’est pris le pouce dans une porte de l’éleveuse. Et je sais que je ne suis pas la seule qui a vécu un accident », avait alors confié à La Tribune l’entrepreneure à la tête des fermes avicoles Fillannoeuf et Hubëlie, à Saint-Sébastien-de-Frontenac. 

Si la même situation est répétée, « ça veut dire à tous les agriculteurs : “arrangez-vous pour nous nourrir, mais vous n’êtes pas essentiels.” », analysait-elle, mardi, après avoir appris la nouvelle. 

Rappelons que La Presse dévoilait mardi matin que le Québec serait à nouveau mis sur pause dès samedi. Le gouvernement de la CAQ devrait faire l’annonce mercredi de la fermeture complète des écoles, des bureaux, du secteur de la construction et du secteur manufacturier. Seuls les commerces de première nécessité demeureront ouverts.

Le monde de l’immobilier modernisé prêt au deuxième confinement

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Le monde de l’immobilier modernisé prêt au deuxième confinement

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Le premier confinement aura permis au secteur de l’immobilier d’acquérir l’ensemble des connaissances nécessaires pour affronter un prochain confinement complet.

Lors de l’annonce du premier confinement complet, le monde de l’immobilier était marqué par un sentiment d’insécurité et de peur. Alors qu’un deuxième confinement de ce type est envisageable, cette même industrie se dit cette fois confiante et prête à poursuivre ses activités dans un tel contexte sanitaire. David Bourgon, président de la Chambre immobilière de l’Estrie et du Centre-du-Québec, croit que le secteur immobilier s’est réinventé et modernisé dans la dernière année ce qui le laisse optimiste pour la suite des choses.

« Dans l’éventualité d’un bref confinement complet, il n’y aura pas d’impact négatif sur le marché immobilier en Estrie », estime M Bourgon.

Certains seront tout de même plus touchés dans l’éventualité d’un deuxième confinement complet. Les acheteurs et les vendeurs liés par des contrats de vente non finalisés pourront s’attendre à des délais plus longs. Les parties devront trouver des solutions temporaires avec l’aide de leur courtier afin de contrebalancer les effets d’un confinement complet comme l’explique Maxime Pothier, courtier immobilier agréé et dirigeant et copropriétaire de l’agence Century 21 à Magog. « Il est du devoir du courtier de rassurer et de sécuriser la transaction », ajoute-t-il.

Plus de 4000 inscriptions immobilières étaient en vigueur en décembre 2020 au Québec. Parmi ces propriétés sur le marché, celle de la Sherbrookoise Amélie Boissonneau y figure. Depuis que Québec envisage un deuxième confinement, cette mère de trois enfants se pose beaucoup de questions quant à la vente de sa propriété dans un tel contexte. « Bien que cela puisse sembler risqué, la vente de ma maison sera l’opportunité pour ma famille et moi de réaliser nos rêves », affirme cette Sherbrookoise.

Les technicités des ventes immobilières seront certainement alourdies si un deuxième confinement est déclenché. Il n’en reste pas moins que le monde immobilier est encouragé par la montée des ventes immobilières en 2020 et par l’engouement généralisé à l’endroit des Cantons-de-l’Est. Viatka Sundborg

Mickaël Bergeron
La Tribune
Mickaël Bergeron
Confinement sous pression

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Confinement sous pression

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CHRONIQUE / Je ne sais pas si vous regardez encore les graphiques sur la pandémie. La courbe de contamination est deux fois plus élevée que lors de la première vague et on est loin de l’aplatir. Ça ne va pas du tout et on ne peut pas attendre après la vaccination. Sauf que la population est tout autant sur le bord de craquer. À qui François Legault peut-il demander un effort supplémentaire? Un sacrifice de plus?

Pour donner une idée, au sommet de la première vague, le Québec tournait autour de 800 nouveaux cas par jour. Cette moyenne correspond aux plus bas chiffres quotidiens depuis début octobre, et encore! Depuis la mi-décembre, c’est plus de 2000 cas par jour. En proportion, il y a moins de décès, mais il y en a encore. Plus de 300 dans les sept derniers jours. Plus de 1300 personnes hospitalisées, près de 200 en soins intensifs. Disons-le franchement, la pandémie est hors de contrôle. Le gouvernement Legault ne peut pas rien faire. D’où les annonces prévues ce soir.

Entre vous et moi, je serais pour un confinement plus strict. Vraiment plus strict. Sauf que c’est plus facile à dire qu’à faire. Parce que ça ne va pas bien dans les chaumières non plus.

Détresse à la maison

En seulement deux heures sur Facebook, j’ai recueilli plus de 100 témoignages de parents au bout du rouleau, qui en arrachent, sur le bord de craquer. En les lisant, j’ai eu le motton à quelques reprises.

Les situations et les enjeux varient un peu, selon une situation monoparentale ou non, l’âge des enfants, le nombre d’enfants, l’occupation professionnelle, le revenu familial, mais il y a un élément qui revenait : la pression de devoir tout faire.

Je paraphrase un des commentaires reçus : « Te sentir poche comme parent qui ne stimule pas assez son enfant et avoir peur pour son développement. Te sentir poche comme travailleuse parce que tu dois t’occuper de ton enfant. Te sentir poche comme partenaire parce que tu rattrapes ton retard du boulot dans ton temps libre et que tu n’as donc pas de temps pour ton couple. Te sentir poche parce que tu n’as pas le temps de prendre soin de toi. Avoir l’impression d’arriver à ne rien faire. »

Autrement dit, on demande quelque chose d’impossible. On demande d’accumuler dans le même espace-temps le travail, l’éducation des enfants, la gestion des enfants en dehors de l’éducation, s’endurer entre les quatre mêmes murs sans pause, continuer à faire du sport et écouter des spectacles en ligne, cuisiner, etc.

Et là, je ne parle même pas des défis techniques. Ce ne sont pas toutes les familles qui ont plusieurs ordinateurs. Tu fais comment pour gérer l’éducation à distance, les réunions en ligne et tout le reste avec un seul ordinateur ou quand ta connexion Internet n’est pas bonne?

Je ne parle pas non plus du défi de l’espace. Deux adultes et deux enfants dans un 5 et demi, mais qui vont au travail ou à l’école, ont des sorties, c’est différent que les quatre qui sont toujours là et qui ont besoin d’espace pour travailler et étudier!

Ni des cas particuliers. Un enfant qui a un handicap ou une maladie qui demande un soutien particulier , un soutien qui disparaît avec l’éducation à distance et que le parent ne peut pas remplacer.

S’adapter au confinement

Après avoir lu tout ça, je me suis demandé : se donne-t-on vraiment les moyens de « réussir » ce confinement?

On gagnerait, collectivement, à ralentir la cadence. Accepter d’en faire moins pour diminuer la pression.

On a beau vouloir que nos enfants n’aient pas de retard dans leur éducation, la réalité c’est que la plupart ne pourront pas, dans les circonstances, atteindre les objectifs habituels, même en brûlant les parents et les profs.

Dans un tel contexte, peut-on vraiment s’attendre à ce qu’un parent puisse vraiment donner du temps plein à son employeur sans craquer?

Et si, collectivement, on acceptait de diminuer la pression? Accepter qu’on ne puisse pas livrer les mêmes projets avec les délais habituels, qu’on ne puisse pas produire autant de biens, qu’on ne puisse pas tout faire.

Comme État, le gouvernement peut revoir les objectifs en éducation et réfléchir au rattrapage les années suivantes, créer un soutien financier pour permettre une conciliation travail-famille-confinement, se donner les moyens de se confiner.

Le coût d’un tel soutien financier serait moindre que le coût des burn-out, des dépressions, des crises d’anxiété, des contaminations, etc.

Comme citoyennes et citoyens, on peut aussi être plus compréhensifs avec les profs et avec les entreprises.

Tout le monde se sent à bout de souffle, alors pourquoi continuer à se mettre autant de pression? Au lieu de demander aux gens de s’adapter dans leur confinement pour en faire autant, on devrait plutôt adapter notre mode de vie au confinement.

On n’a pas les moyens de perdre du monde, on n’a pas la capacité de s’ajouter du temps dans une journée, mais on a toute la richesse nécessaire pour combler des pertes de revenus.