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Une solution de l’espace pour l’internet en région
Dossiers majeurs
Une solution de l’espace pour l’internet en région
L’accès à l'internet haute vitesse en région demeure très problématique. Encore en 2020, quelque 340 000 foyers québécois n'y auraient toujours par accès. Le gouvernement Legault a même avoué que sa promesse électorale de brancher tout le Québec à l'internet haute vitesse d'ici 2022 risque fort de ne pas être respectée. À défaut de voir les grandes compagnies québécoises de télécommunication régler cette problématique rapidement, est-ce que l'excentrique milliardaire Elon Musk pourrait venir à la rescousse? Un dossier de La Tribune.
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Starlink, sauveur ou imposteur ?

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Starlink, sauveur ou imposteur ?

Simon Roberge, Initiative de journalisme local
Simon Roberge, Initiative de journalisme local
La Tribune
Plusieurs Québécois l’attendent avec impatience. Le projet Starlink a franchi une étape supplémentaire cette semaine alors que le CRTC lui a donné le feu vert pour l’obtention d’une licence. Starlink prévoit même commencer ses tests au Canada incessamment. Est-ce que ce projet est enfin la solution au problème de l’accès à l’internet haute vitesse dans les régions ? Deux spécialistes croient que oui.

Le réseau Starlink, dernier bébé du milliardaire Elon Musk, l’homme derrière la compagnie Tesla, vise à fournir l’internet à la planète entière à l’aide d’un réseau de 12 000 satellites en orbite basse autour de la Terre. Le réseau dit être en mesure d’atteindre des vitesses de 100mb/seconde.

« C’est majeur et ce qu’il faut comprendre, c’est que traditionnellement la transmission de l’internet par satellite est victime de ce qu’on appelle la latence, c’est-à-dire un délai de transmission avec les satellites géostationnaires, explique Gaston Dufour, directeur général par intérim de la Fédération des coopératives de câblodistribution et de télécommunication du Québec. Ce phénomène-là empêche d’avoir une transmission qui rencontre les normes de la haute vitesse à environ 10 Mb par seconde. »

Pour contrer ce problème, les satellites de Starlink orbiteront autour de la Terre à une distance de 550 kilomètres. À titre de comparaison, les satellites géostationnaires sont habituellement stationnés à 36 000 kilomètres de la surface terrestre.
« C’est plus rapide que la fibre optique, c’est vraiment wow! et ça va changer les choses », souligne M. Dufour.

Dans le bois

Selon Sébastien Roy, directeur du programme de génie électrique à l’Université de Sherbrooke, l’internet proposé par Starlink fonctionnerait peu importent les conditions climatiques.

« Avec les fréquences qu’ils utilisent, il paraît que la pluie n’est absolument pas un problème, mentionne-t-il. Les arbres peuvent l’être par contre. Pour assurer une couverture en continu, les satellites ont un certain angle. Si un arbre coupe la ligne de vue, ça peut nuire au signal. Mais plus il y aura de satellites, plus l’angle va s’élever et, éventuellement, elle sera à 40 degrés et les arbres seront moins problématiques. »

Le directeur du programme de génie électrique à l’Université de Sherbrooke, Sébastien Roy.

Une solution pour le gouvernement

Environ 340 000 foyers au Québec n’ont pas accès à l’internet haute vitesse. Une situation qui nuit évidemment au développement des régions qui ont de la difficulté à attirer des entreprises et des travailleurs. Ces régions se privent aussi des possibilités du télétravail.
Mais de brancher tous les Québécois est peut-être un problème qui n’a pas vraiment de solution.

« Une des grandes difficultés pour le gouvernement, c’est que l’internet haute vitesse est une cible mouvante qui change d’année en année, indique Sébastien Roy, qui a participé à des rencontres gouvernementales sur la meilleure façon de connecter les gens en région. Si tu installes une infrastructure spécialisée pour brancher trois ou quatre maisons dans le fin fond de l’Abitibi et que deux ans plus tard c’est désuet et qu’il faut recommencer, ce n’est pas attrayant. »

« Comme à l’époque où la téléphonie s’est répandue, les compagnies préfèrent brancher seulement les villes parce que les régions n’étaient pas rentables et le gouvernement a dû insister et investir pour desservir les régions », ajoute-t-il.

Sébastien Roy avance même que le gouvernement devrait regarder beaucoup plus sérieusement les initiatives comme Starlink et peut-être abandonner du même coup les investissements massifs pour brancher les Québécois.

« Je pense qu’à ce stade-ci ce n’est peut-être pas nécessaire de développer autre chose, résume-t-il. Ça va pouvoir être couvert par satellite. »
Il y a toutefois quelques inconvénients, dont celui de concentrer encore plus de pouvoir dans les géants technologiques.

« Si ça fonctionne aussi bien qu’ils le souhaitent, ça va renforcer les grands monopoles technologiques, souligne Sébastien Roy. Starlink appartient à Space X qui est une compagnie privée. Mais derrière Space X, il y a des investissements d’Alphabet, un conglomérat qui comprend déjà Google. En tassant les petits joueurs et en ayant un gros système contrôlé par un pseudo monopole, est-ce que le client est mieux servi à long terme? A priori on pourrait croire que oui, parce que pour mettre sur pied ce genre de système ça prend des moyens conséquents. Ça peut toutefois avoir des inconvénients à long terme. »

Peu de détails

Pour l’instant, il est difficile de savoir quand Starlink pourra fournir l’internet aux régions du Québec. Sur son site, on mentionne que le service sera offert aux États-Unis et au Canada en 2020 pour s’étendre au reste du monde en 2021. Il n’y a  environ que 800 satellites sur les 12 000 prévus en orbite. Pour le coût de l’abonnement, il est question de 80 $ US par mois.

Des changements dans l’industrie

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Des changements dans l’industrie

Simon Roberge, Initiative de journalisme local
Simon Roberge, Initiative de journalisme local
La Tribune
On pourrait croire que l’arrivée de Starlink annoncera la mort de plusieurs compagnies qui offrent l’internet en région, mais il en est tout autre selon le directeur général par intérim de la Fédération des coopératives de câblodistribution et de télécommunication du Québec (FCCTQ), Gaston Dufour.

La FCCTQ regroupe des distributeurs comme Xplornet, Cable Axion et des dizaines de coopératives. Ils pourront profiter de l’arrivée de Starlink selon M. Dufour.

« C’est positif parce qu’on peut utiliser Starlink pour le développement de communautés qui sont isolées, explique-t-il. Nous, les petits cablo, pouvions nous interconnecter avant avec Vidéotron, Bell, Telus, mais ce n’était pas nécessairement des ententes très faciles. Ils sont d’une taille qui leur permet d’avoir une certaine indépendance face aux plus petits qu’eux. Ça va nous permettre d’avoir des alternatives pour développer en région en collaboration avec Starlink ou d’autres entreprises. »

Selon M. Dufour, un projet de l’envergure de Starlink aura particulièrement besoin d’une présence locale. « Starlink fait affaire à travers le monde. Imaginez le service à la clientèle en 180 langues. Ce serait mieux de passer par un intermédiaire. Les grandes corporations utilisent aussi seulement les cartes de crédit et ce n’est pas tout le monde qui peut les utiliser ou être autorisé à en utiliser. De faire affaire avec une entreprise locale pour desservir une communauté, ça permettrait de s’assurer un contact local avec les clients. »

Il est toutefois certain que l’arrivée d’un nouveau joueur et surtout d’une nouvelle technologie ne se fera pas sans heurts. « Ça se peut que certains joueurs tombent s’ils ne sont pas préparés ou s’ils n’arrivent pas à s’adapter, pense Sébastien Roy, professeur à la faculté de génie de l’Université de Sherbrooke. Le moment est venu pour ce genre de système. »

« Ça va demander des investissements aux compagnies existantes pour pouvoir suivre, ajoute M. Dufour. Ça va faire rentrer tout le monde dans une certaine discipline. »

Une menace pour le ciel étoilé

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Une menace pour le ciel étoilé

Simon Roberge, Initiative de journalisme local
Simon Roberge, Initiative de journalisme local
La Tribune
Depuis le début de l’ère spatiale en 1957, il y a eu 5560 lancements de fusées qui ont placé environ 9600 satellites en orbite, selon l’Agence spatiale européenne. De ces satellites, 5500 sont encore dans l’espace, dont 2300 qui fonctionnent toujours. Space X a déjà l’autorisation, pour le projet Starlink, de lancer 12 000 satellites. Le chiffre de 42 000 satellites a même déjà été avancé lorsque le projet sera mature.

« Au moins huit autres compagnies sont en train de mettre des satellites en orbite pour faire des réseaux internet, y compris Apple, Samsung, Amazon, etc., indique Sébastien Roy, professeur à la faculté de génie de l’Université de Sherbrooke. Le ciel va devenir très encombré assez rapidement. »
Cet encombrement soulève évidemment des enjeux concernant les risques de collision dans l’espace, mais il cause aussi plusieurs maux de tête aux astronomes, qui voient ces satellites se positionner entre eux et les étoiles.

Sébastien Giguère, coordonnateur scientifique à l’AstroLab du Mont-Mégantic, craint que le ciel étoilé soit menacé. « On est capable de travailler avec les municipalités pour contrôler la pollution lumineuse et améliorer le ciel étoilé, mais quand on arrive avec des projets comme celui-là on n’a plus beaucoup d’emprise, admet-il. Est-ce qu’on s’en va vers un ciel étoilé qui n’en sera plus un, car il y aura toujours des satellites? La question se pose. À quel point une personne, une entreprise, peut avoir un impact sur une ressource ou un spectacle aussi universel et intemporel que le ciel étoilé? »

Sébastien Giguère

Impacts sur la recherche

L’altitude de 550 kilomètres des satellites de Starlink laisse quand même une chance aux astronomes et aux photographes amateurs.
« On va voir ces satellites en début de soirée environ jusqu’à deux heures après le coucher du soleil et deux heures avant le lever du soleil, explique Sébastien Giguère. Ça crée des impacts majeurs pour les programmes de recherche qui doivent observer durant ces périodes, mais ça laisse ouvert le milieu de la nuit. »
Les satellites à plus haute altitude peuvent être visibles durant toute la nuit, ce qui complique énormément les projets de recherche.

« Il y a de grands projets de télescopes qui vont regarder une très grande portion du ciel et l’imager très fréquemment, souligne M. Giguère. Ces programmes-là sont touchés énormément. Il va y avoir des dizaines et des dizaines de satellites qui vont passer dans leur champ. »

Le rapport Satcon1, publié à la fin du mois d’août par des experts mondiaux en astronomie, énonce six recommandations pour limiter les impacts des satellites sur l’astronomie. La première est de lancer moins de satellites. Le rapport précise qu’il est improbable que cela se produise, mais qu’il s’agit de la seule solution avec un impact zéro pour  les astronomes.

Les autres recommandations sont de déployer les satellites à une altitude maximale de 600 km, de les assombrir et de contrôler leur orientation pour limiter la réflexion des rayons du soleil, d’arriver à éliminer les traces laissées par les satellites sur les images prises par les télescopes et de partager plus d’information pour que les astronomes puissent pointer leur télescope à des endroits où il y a moins de satellites.

L’internet haute vitesse chez les agriculteurs, « ça presse »

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L’internet haute vitesse chez les agriculteurs, « ça presse »

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
La situation est devenue « ingérable » pour les nombreux agriculteurs qui n’ont toujours pas accès à l’internet haute vitesse, comme Philipp Stirnimann. Pendant que la société entière passe au virtuel, celui qui a sept enfants sous son toit et une ferme laitière entre les mains n’arrivait même pas à envoyer un courriel de chez lui entre juillet et septembre.

Mardi, lors de son assemblée générale annuelle, la Fédération de l’Union des producteurs agricoles-Estrie a adopté une résolution d’urgence afin de faire pression sur les gouvernements et intervenants publics ou privés pour accélérer l’installation de l’internet à large bande et de la couverture cellulaire en région rurale. Résolution qui avait été précédemment votée dans les sept syndicats locaux, et qui devrait être adoptée en tant que résolution extraordinaire au congrès annuel de l’UPA au début décembre. « Ça presse. Il faut que ça se fasse », martèle Philipp Stirnimann, qui est aussi le président de l’UPA de Coaticook.

Les frustrations sont multiples chez le producteur de Saint-Edwige, et particulièrement depuis l’arrivée de la pandémie. Difficile de remplir son mandat syndical, de payer ses factures, de gérer ses commandes et même de faire fonctionner ses équipements avec ses services actuels.  

« J’ai des robots de traite, et ils doivent être connectés à l’internet. Il y a constamment des mises à jour. Quand il y a un problème, il faut que la compagnie puisse aller voir à distance. Il y a tellement de problèmes que je ne peux même pas tout énumérer. Même mes travailleurs guatémaltèques de l’an dernier voulaient partir parce qu’ils n’étaient pas capable de garder contact avec leurs familles. »

Pour ce qui est de la couverture du réseau cellulaire, celle-ci n’est que très partielle, et nulle à l’intérieur des bâtiments, ajoute-t-il.
En tant que père, M. Stirnimann se montre tout aussi inquiet : « nos deux plus vieux commencent à suivre des cours de conduite théoriques et tout est en ligne. Ils ne sont pas capable de suivre. »

Un producteur qu’il représente, dont le médecin-spécialiste se situe à Montréal, vit la même détresse. « Il doit le rencontrer une fois par mois pour se faire prescrire des médicaments spéciaux. Avec la pandémie, c’était rendu des consultations virtuelles, sauf qu’il n’a pas accès à l’internet. Il a réussi à téléphoner, et la secrétaire ne le croyait même pas! »  

Coupé du monde

Actuellement, les services internet offerts dans les régions rurales peuvent se montrer très limités en terme de rapidité, de données disponibles et de budget. Chez lui, M. Stirnimann fait actuellement affaire avec le réseau micro-onde de Xittel, qui a été mis sur pied il y a plusieurs années en collaboration avec la MRC. 

La vitesse de téléchargement maximale est de 5 mb/s. « Notre antenne est branchée sur une tour. C’est une technologie déjà dépassée. Il y a toujours des techniciens qui viennent parce que ne ça marche pas. L’an dernier, l’antenne de l’entreprise de ma conjointe n’a pas fonctionné de novembre à mars. Chez nous, ça n’a pas fonctionné de juillet jusqu’à la fin septembre. Et je paie 300 $ par mois pour ça. »

Bell Canada, qui a acheté Xittel en 2018, confirme que « certains clients de Saint-Edwige ont connu des interruptions de service dues à des problèmes d’équipement de réseau qui doivent être remplacés. »

« Malheureusement, l’équipement se trouve sur un vieux silo endommagé et les techniciens de Xittel n’ont pas pu accéder au site en toute sécurité (le silo est l’une des rares structures hautes de la région et a été choisi il y a de nombreuses années comme site de communication, mais il est depuis tombé en ruine) », répond-on à La Tribune.

Après de récentes discussions avec le propriétaire du silo et la MRC, le silo endommagé serait en cours de réparation. On estime que l’équipement de communication modernisé devrait être installé début novembre.

L’an dernier, la MRC de Coaticook estimait que près de 2982 bâtiments n’étaient pas branchés à un service internet câblé à haut débit. Un projet de fibre optique avec Fibrile télécom devait brancher tous ces oubliés d’ici mars 2021. Il n’a cependant pas été possible de connaître l’état d’avancement du projet auprès de la MRC. « On trouve que ça n’avance pas assez vite », commente pour sa part M. Stirnimann.