Contenu commandité
Un projet domiciliaire à Eastman fait réagir
Actualités
Un projet domiciliaire à Eastman fait réagir
Le nouveau projet de développement domiciliaire sur le flanc sud-ouest du mont Lily-Butters à Eastman suscite l’inquiétude des citoyens sur le plan environnemental. Le maire de la ville affirme pour sa part que le projet a été accepté par le comité d’urbanisme, et donc qu’il répond à la réglementation en vigueur.
Partager
Imaginons Eastman à la défense du mont Lily-Butters [VIDÉO]

Actualités

Imaginons Eastman à la défense du mont Lily-Butters [VIDÉO]

Mireille Vachon
Mireille Vachon
La Tribune
Article réservé aux abonnés
Le développement d’un nouveau projet domiciliaire sur le flanc sud-ouest du mont Lily-Butters à Eastman suscite l’inquiétude des citoyens sur le plan environnemental. Une cinquantaine de résidents d’Eastman et des municipalités environnantes se sont réunis dans la montagne samedi matin pour constater l’ampleur des travaux de dynamitage réalisés.

« On veut que les gens voient comment la montagne est maltraitée et cicatrisée actuellement », avance Claude Desautels, porte-parole d’Imaginons Eastman, le collectif citoyen qui a organisé le rassemblement. 

« C’est la première fois que je viens marcher ici, et ça me donne envie de pleurer, vraiment. Ce que je vois là, c’est atroce », constate Johanne Dumas, résidente d’Eastman. 

L’automne dernier, ce sont plus de six semaines de dynamitage intensif qui ont été nécessaires pour aménager les chemins qui mèneront aux huit futures habitations prévues dans la phase 1 du projet. Quelques autres constructions devraient s’ajouter dans la phase 2 du projet, environ sept selon les citoyens rencontrés. 

« Ce qu’on veut, c’est changer le modèle de développement des montagnes. On est d’accord pour faire du développement, mais un développement qui respecte l’environnement et qui ne va pas créer des flots d’érosion. Les chemins qui ont été faits, ce sont des autoroutes à sédiments. Ils vont accélérer la sortie de l’eau de toute la montagne, et à terme, on craint une certaine désertification », indique M. Desautels. 

Tous ces chemins ont été construits dans l'élan de dynamitage l'automne dernier. Avant, ce sont seulement des arbres qui occupaient cet espace sur la montagne. 

Johanne Dumas s’inquiète pour sa part de la qualité de l’eau de son puits. « On ne sait pas ce que notre eau va avoir l’air, car les travaux ont bouleversé tout l’écosystème de la montagne. Sans eau, notre propriété ne vaudrait plus rien… C’est à suivre. »

Une autre inquiétude soulevée concerne l’atteinte à la beauté du paysage. En effet, le mont Lily-Butters fait partie du paysage visuel d’intérêt supérieur établi par la MRC de Memphrémagog. Cela signifie que le versant boisé est visible sur une grande distance et contribue directement à l’identité et à la spécificité du paysage régional, d’où l’importance d’y préserver le couvert forestier sur les côtés visibles de la montagne.

« Les paysages, c’est un bien commun. Détruire des montagnes et faire en sorte que des maisons soient visibles d’un peu partout, c’est aussi détruire du bien commun », affirme Claude Desautels.

Le maire d’Eastman assure quant à lui que les futurs propriétaires devront absolument se soumettre à des études d’impact visuel, justement pour empêcher la dégradation du paysage.

Non-respect de certains règlements 

Selon les citoyens, plusieurs règlements n’auraient pas été respectés, comme la hauteur maximale de deux mètres autorisée lorsqu’un remblai ou un déblai crée un talus. À certains endroits, la hauteur s’élèverait à près de sept mètres, estime le porte-parole d’Imaginons Eastman. 

« Moi, si on n’avait pas ouvert le chemin pour se rendre à ma maison, je ne pourrais pas vivre dans ce magnifique paysage-là, donc je crois que le développement doit se faire. Mais ce qui a été fait ici, ce n’est pas conforme aux règlements », se désole Mme Dumas. 

« Il y a un bout de contradiction dans le fait de dire qu’on est verts, qu’on protège le territoire, et en même temps d’autoriser le dynamitage sans considération de la quantité, de l’épaisseur et de la longueur qui, actuellement, n’ont aucun sens. On ne peut pas être vert avec un bâton de dynamite dans nos poches arrière », conclut Claude Desautels.

À certains endroits, les déblais font beaucoup plus que les deux mètres réglementaires, affirment Claude Desautels.

Un cas parmi tant d’autres

Ce projet de développement est loin d’être le seul à initier des mobilisations citoyennes. 

Rappelons que plus tôt en mai, Imaginons Eastman réclamait un moratoire dans les projets de construction de quatre zones récréotouristiques aux abords du mont Orford, tandis que le mont Owl’s Head a lui aussi vécu un « saccage environnemental », selon Memphrémagog conservation. 

L’important projet de développement du Domaine Stukely crée également des remous à Bonsecours, la municipalité voisine d’Eastman. 

« On est venu ici constater ce qui pourrait se produire chez nous, mais qu’on ne veut vraiment pas voir arriver », ont indiqué Louis-Philippe Auger et Joannie Bouthillette, deux Bonsecourois qui s’opposent au projet du Domaine Stukely. 

Projet domiciliaire au mont Lily-Butters : feu vert de la municipalité

Actualités

Projet domiciliaire au mont Lily-Butters : feu vert de la municipalité

Mireille Vachon
Mireille Vachon
La Tribune
Article réservé aux abonnés
Le maire d’Eastman, Yvon Laramée, assure que le projet de développement immobilier au mont Lily-Butters a longuement été analysé par le comité consultatif d’urbanisme (CCU) de la municipalité avant d’être accepté, et qu’il répond donc à la réglementation en vigueur.

« Ce projet-là est allé de l’avant, car l’aspect réglementaire a été respecté », affirme le maire Yvon Laramée. 

Le dossier est d’ailleurs sur la table depuis longtemps. Le promoteur des environs de Montréal, Yves Charbonneau, que La Tribune n’a pas réussi à joindre, a même dû faire plusieurs ajustements avant de voir son projet accepté par le CCU. Notons que tous les terrains bénéficiaient déjà de droits de construction. 

« Est-ce qu’il peut y avoir eu des erreurs de la part de l’inspecteur, des évaluations, du comité d’uranisme? Je ne sais pas. Mais je sais que le comité composé de neuf personnes issues de toutes les sphères a passé le dossier au peigne fin avant d’émettre une recommandation favorable. S’ils ont recommandé de le faire, je présume que ç’a été fait selon les normes de la réglementation. Et normalement, lorsqu’il y a une telle recommandation, on prend une décision en ce même sens », indique M. Laramée.  

En ce qui concerne les remblais et les déblais, c’est assez « subjectif », selon le maire. « Le règlement stipule jusqu’à deux mètres, mais ça peut arriver qu’on autorise plus que ça et qu’il y ait des dérogations », ajoute Yvon Laramée, qui ne croit toutefois pas que la Ville ait donné de dérogations dans ce cas-ci. 

Pour la crainte des citoyens concernant les fossés qui pourraient accélérer l’érosion, le maire indique que le promoteur n’aurait pas encore terminé les travaux d’enrochement.

« On comprend les inquiétudes des citoyens, mais ce n’est pas le premier dossier qui suscite des revendications, et ce n’est probablement pas le dernier non plus. Mais à un moment donné, quand un citoyen veut faire un projet de développement et qu’il a le droit légalement, on ne peut pas l’en empêcher. »

Yvon Laramée ne peut toutefois pas nier qu’il y aura probablement d’autres travaux de dynamitage dans la montagne, car plusieurs propriétaires risquent de se retrouver face à face avec du roc lors de la construction.

Plusieurs citoyens d'Eastman et des municipalités environnantes se sont réunis samedi au mont Lily-Butters. 

Études d’impact visuel

Aux gens qui s’inquiètent de voir des maisons et des routes dans la montagne, le maire dit que les propriétaires des maisons qui s’implanteront dans la montagne seront obligés de se soumettre à une étude d’impact visuel et qu’ils auront énormément de travail à faire pour préserver le corridor visuel d’intérêt supérieur. 

« Tant et aussi longtemps qu’ils n’auront pas démontré que la maison ne sera pas visible, ils n’auront pas le droit de bâtir comme bon leur semble. Il y aura une hauteur maximale, des restrictions pour les couleurs, pas le droit de toitures réfléchissantes, etc. Ils devront se fondre avec l’environnement autour et faire tout pour ne pas être visibles. Et ça, M. Charbonneau le savait dès le départ », soutient Yvon Laramée. 

La Ville tend à améliorer la réglementation en ce qui concerne la construction en montagne. « On s’ajuste constamment pour essayer de minimiser les impacts. On est toujours là-dedans. On a même apporté plusieurs améliorations dans la réglementation, notamment en réduisant les contraintes d’inclinaison des pentes de 15 % à 12 %. »

« Je pense qu’en montagne, des projets comme ça avec du dynamitage, il n’y en aura plus tant que ça », termine-t-il.