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Un été dans la province
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Un été dans la province
Les vacanciers comme les attractions touristiques devront s’adapter aux nouvelles réalités sociosanitaires pour l’été 2020. Comment l’industrie s’adapte-t-elle et à quoi doivent s’attendre les voyageurs? La Tribune s’est penchée sur la question.
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Offrir un nouveau regard au touriste local

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Offrir un nouveau regard au touriste local

Les vacanciers comme les attractions touristiques devront s’adapter aux nouvelles réalités sociosanitaires pour l’été 2020. Comment l’industrie s’adapte-t-elle et à quoi doivent s’attendre les voyageurs? La Tribune s’est penchée sur la question.

Le défi pour l’industrie touristique sera d’amener des visiteurs locaux à découvrir leur région sous un regard renouvelé.

La professeure à la Chaire de recherche sur l’attractivité et l’innovation en tourisme à l’Université Laval à Québec, Pascale Marcotte, estime que l’industrie touristique devra axer sur la fibre de la solidarité à l’instar de l’industrie agroalimentaire avec sa compagne d’achat local lors de la pandémie de la COVID-19.

« L’industrie touristique dans les régions du Québec comme l’Estrie, les Laurentides ou Charlevoix doit miser sur l’aspect nature et la perception de vaste terrain de jeu qu’elles représentent », estime la professeure au département de géographie de l’Université Laval.

Elle croit que les grands centres comme Montréal et Québec devront redoubler d’efforts pour attirer les Québécois afin de contrer la réticence du visiteur à se rendre vers la ville et l’absence d’attraction de masse comme les grands festivals.

Pascale Marcotte signale que la reprise post-pandémie se fera sous le signe de l’innovation pour créer une offre de service sécuritaire.

« Il y a tout l’aspect de la confiance à développer pour l’industrie touristique. Ils devront développer cette habileté à démontrer que c’est agréable et sécuritaire malgré les contraintes mises en place. Les vacances riment avec la liberté, le bien-être et le non-contrôle. L’industrie touristique doit réussir à intégrer ces notions sanitaires dans un tel contexte », signale la professeure de l’Université Laval.

Elle cite en exemple un café, qu’elle a visité récemment, qui a utilisé de vieilles fenêtres pour séparer les tables sur sa terrasse au lieu du maintenant traditionnel plexiglas. À Sherbrooke, le restaurant Auguste du centre-ville a disposé des œuvres de l’artiste Matthieu Binette, des photos de Jocelyn Riendeau et du mobilier de Raphael Zweidler entre ses tables.

« C’est une belle façon d’intégrer la mesure contraignante, mais de façon amusante », cite la professeure Marcotte.

Elle croit que certaines entreprises touristiques notamment en restauration pourraient avoir de la difficulté à se relever de cette période plus difficile sur le plan financier.

« Les entreprises touristiques qui possèdent un fonds de commerce plus important pourraient cependant tirer avantage des mesures d’aide mises en place par le gouvernement pour renouveler leurs équipements », croit Pascale Marcotte.

Expérience différente, mais intéressante

La directrice générale adjointe de Tourisme Cantons-de-l’Est Annie Langevin convient que l’expérience touristique sera différente, mais qu’elle sera néanmoins tout aussi intéressante et surtout sécuritaire sur le plan sanitaire.

« On s’attend à ce que les gens des Cantons redécouvrent leur région. On se plaît à dire qu’un résident de Bromont peut faire un très bon visiteur de la région de Lac-Mégantic », signale Annie Langevin.

Par le chemin ces Cantons, la route des vins et la route des Sommets, les Cantons-de-l’Est vont offrir leurs attraits d’abord aux gens de la région.

« Il y a de beaux attraits à découvrir en prenant les routes de campagne hors des autoroutes 10 et 55. Notre stratégie touristique va se déployer en trois phases cet été. Nous allons inviter les gens d’ici à découvrir les attraits de leur région. Par la suite, nous allons inviter les gens des régions limitrophes avant de peut-être nous tourner vers la région de Montréal vers la fin de l’été en fonction des consignes de déconfinement », mentionne Annie Langevin.

Tourisme Cantons-de-l’Est travaille avec les partenaires à favoriser les maillages afin d’offrir des escapades comme l’a proposé la ministre du Tourisme du Québec, Caroline Proulx, la semaine dernière.

« Il y a de belles formules en duo ou en trio qui vont se développer. La région demeure une destination de choix pour les activités de plein air. La réouverture des restaurants permet aussi de présenter les Cantons-de-l’Est comme destination gourmande », signale la directrice adjointe de Tourisme Cantons-de-l’Est.

Un été presque normal à Sherbrooke?

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Un été presque normal à Sherbrooke?

L’été touristique à Sherbrooke pourrait presque être « normal ». En développant des expériences de type « roadtrip » avec les municipalités voisines, en misant sur la soif des Québécois de sortir de chez eux cet été et en concluant des partenariats avec des agences habituellement tournées vers le tourisme international, Sherbrooke croit être en mesure de tirer son épingle du jeu.

La vérité, c’est que Sherbrooke savait déjà qu’elle se passerait d’un spectacle au centre-ville pendant la saison chaude et que ses produits vedettes, comme les murales, les pistes cyclables et le corridor bleu, permettront facilement la distanciation physique. 

Lynn Blouin, directrice à la promotion-tourisme d’affaires et sportif à Destination Sherbrooke, choisit donc d’envisager l’été avec espoir, sans mettre de lunettes roses. « Tout l’événementiel fera mal parce qu’il n’y aura pas de festivals. À Upland’s, il n’est pas possible d’aller prendre le thé et il y a des limitations pour les dégustations dans les vignobles. Mais au rythme où les décisions se prennent, nous aurons une offre plus riche que ce que nous pouvions espérer il y a un mois. À moins d’un resserrement des mesures sanitaires, nous ne devrions pas trop mal nous en tirer. »

Concrètement, Destination Sherbrooke travaille avec les MRC de Coaticook et de Memphrémagog. « Nous inviterons les gens à visiter les trois territoires par le biais de trois chefs qui proposeront chacun une recette. Les gens seront invités à aller chercher les produits pour les recettes chez les producteurs agroalimentaires de la région. »

Il s’agira d’un concept de roadtrip gourmand qui viendra garnir les propositions pour des circuits routiers d’une journée. « On regroupera des roadtrips, avec deux autres territoires, sur les thèmes de la culture, de la nature et du tourisme actif. On travaillera avec Foresta Lumina et Bleu Lavande par exemple, et nous proposerons le vélo, le golf, la pêche et le corridor bleu. »

Sherbrooke essaie aussi de se frayer un chemin dans les forfaits d’Explore Québec et a conclu un partenariat avec Voyages en direct, qui compte sur les services de 2700 agents de voyage. « Ils envoient des gens partout dans le monde, en temps normal, mais la pandémie nous a permis de créer des liens que nous n’aurions pas été en mesure de tisser autrement. Les bouts de chemin qu’on a faits avec les agences, ça va rester. On essaie de prendre des canaux différents pour rejoindre les gens. »

Et oui, les hôtels sherbrookois seront ouverts. « Il n’y aura pas d’inquiétude à y avoir. Les protocoles sanitaires sont clairs. »

Mme Blouin convient que personne ne pourra prétendre encaisser les mêmes revenus que les étés précédents, mais qu’il est trop tôt dans la saison pour chiffrer des pertes potentielles qui pourraient être liées au tourisme d’agrément.

Le tourisme d’affaires et le tourisme sportif, par contre, génèrent des pertes de 5,5 M$, dont 2,6 M$ seront reportés en 2021 ou 2022. La plupart des congrès et événements ont été annulés. 

« Nous avons néanmoins innové en proposant un incitatif aux agences. Dès qu’ils arrivent à générer 50 nuitées chez nous, nous leur donnons une récompense de 1000 $. Il y a bien sûr une limite aux récompenses pour chaque agence, mais c’est une nouvelle façon d’attirer les touristes. »

Lynn Blouin choisit donc de voir le verre à moitié plein : « Il y a plus d’espoir qu’il y a un mois. »

Ruée vers les chalets

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Ruée vers les chalets

À défaut de pouvoir voyager à l’étranger cet été, les Québécois se ruent sur les chalets à louer. Sur la plateforme québeclocationdechalets.com, le nombre de réservations est trois fois plus grand que les années records de ce site créé en 2004.

« On est plus occupé que jamais », confirme son propriétaire Éric Jean, lors d’un entretien avec La Tribune.

Même son de cloche du côté de wechalet.com, dont les réservations effectuées au mois de mai correspondaient à 50 % des réservations de 2019. 

« En mai, les ventes ont explosé même si le marché était encore fermé. En juin, c’est la folie. On va probablement avoir 30 à 50 % plus de locations faites en juin seulement que pour toute notre année 2019. On est une start-up, mais on est maintenant officiellement sur la map », souligne son fondateur Dany Papineau, également joint par La Tribune.

Sans surprise, ce sont les résidences aux abords d’un point d’eau qui suscitent le plus d’intérêt. 

Selon Éric Jean, l’Estrie et les Laurentides sont les régions qui enregistrent le plus de locations. La Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine s’en tirent bien, note-t-il.

Dany Papineau constate de son côté que les séjours s’annoncent plus longs qu’à l’habitude. 

« Certains hôtes ont décidé de louer pour la saison ou aux mois. D’autres qui louaient des séjours de deux jours ont décidé d’offrir plutôt des séjours de sept jours pour compenser tout le temps nécessaire pour répondre aux exigences de la santé publique », explique-t-il, en précisant que c’est maintenant « de trois à quatre fois plus long faire le ménage entre deux locations ».

Un délai de 24 heures après le nettoyage des unités est également imposé avant la relocation à un autre groupe.

« Malgré ces mesures, il y a vraiment eu un soupir de soulagement du côté de nos hôtes quand le gouvernement a donné le feu vert à la location », soutient M. Papineau.

Un marché en croissance

Le Québec compte quelque 15 000 annonces de résidences en location offrant des séjours en campagne, réparties sur différents sites, selon le fondateur de wechalet.com.

Depuis l’ouverture de son site en 2004, Éric Jean constate un engouement de plus en plus fort pour ce type de voyage. Tellement que la demande est plus grande que l’offre à son avis. 

La présence de plusieurs lacs et montagnes fait de la province un marché propice à la location de chalet été comme hiver.

« C’est un marché quatre saisons avec les montages de ski, comparativement à l’Ontario par exemple qui n’a pas de montagne de ski », précise Dany Papineau.

Pour cet été, les deux entrepreneurs estiment qu’il reste bien peu de disponibilités autour des lacs québécois. 

« Les personnes qui veulent planifier des vacances et louer quelque chose doivent s’y mettre rapidement parce qu’il reste seulement quelques places ici et là pour les mois de juillet et août », avertit Éric Jean, dont la plateforme héberge près de 1800 adresses. 

Des entreprises touristiques en mode adaptation

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Des entreprises touristiques en mode adaptation

 Comment s’adaptent les entreprises avec cette saison touristique très spéciale? Petit tour d’horizon.

Camions de cuisine de rue et accès aux champs de lavande gratuitement : c’est de cette façon que Bleu Lavande lance cette saison touristique toute spéciale. Celle-ci a pu prendre son envol le 19 juin. 

« Adaptation : c’est le mot pour beaucoup d’organisations », lance la directrice générale de l’entreprise de Fitch Bay, Nathalie Nassari. 

Les champs de lavande ont l’avantage d’être vastes et de donner une marge de manœuvre dans l’accueil des visiteurs. L’expérience sera différente cette année. Les activités d’animation n’auront pas lieu tout comme les cours de yoga. En revanche, les gens pourront profiter du site gratuitement. 

« On ouvre nos champs gratuitement pour que les gens puissent en profiter. C’est une opportunité d’inviter les foodtruks locaux de la région. On a vu ça comme une occasion de faire goûter les saveurs de l’Estrie », dit-elle en ajoutant que les gens peuvent aussi pique-niquer comme par le passé.  

La boutique, elle, demeure ouverte. « Elle est très grande. Ça nous a permis de la scinder en deux. On a transformé la billetterie en caisse rapide pour que les gens n’aient pas à attendre. » 

Bleu Lavande a aussi lancé une campagne de financement pour les Banques alimentaires du Canada avec la vente d’un désinfectant en édition limitée pour les mains. Un dollar sera remis à l’organisme pour chaque bouteille vendue. 

Le kayak a la cote

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Le kayak a la cote

Si l’on se fie aux ventes massives de kayaks et de vélos, c’est par les corridors cyclables, les lacs et les rivières que va s’articuler le tourisme local au cours de l’été.

Pendant que se développe la location de kayak sur le lac des Nations, les commerces de ventes de vélos, de kayaks et d’équipements de plein air sont littéralement pris d’assaut.

« J’ai vendu presque tout mon inventaire de kayaks au moment où habituellement, à la mi-juin, nous commençons à en vendre. La saison a commencé bien plus tôt. Nous n’avons presque plus de kayaks, alors nous avons dû en commander. Nous constatons qu’il y a plusieurs nouveaux adeptes de ce sport », soutient Jean-François Poirier de la boutique Atmosphère à Sherbrooke.

Même phénomène chez Momo sports où l’inventaire de kayaks diminue de façon importante. C’est à coup de deux et même quatre embarcations que les adeptes quittent le magasin depuis plusieurs semaines.

« Les gens investissent dans des équipements de qualité pour que leur expérience soit agréable. Si les gens achetaient un ou deux kayaks pour la famille dans le passé, ils équipement tout le monde cette année. Nous avons eu la chance de recevoir des kayaks provenant de commerces en difficulté afin de pouvoir augmenter notre inventaire. Sans cela, nous serions déjà en pénurie pour cette année », explique Michel Poisson, du Momo sports de Sherbrooke.

Cet engouement pour le kayak, l’agence de voyages Mercedes de la rue King Ouest l’a senti. 

Le directeur des opérations David Martel a lancé le projet de location de kayaks sur le lac des Nations, en plein centre-ville de Sherbrooke.

« Étant donné que la vente de voyages est au ralenti et qu’il n’y a plus de vols ou de location de voitures à l’étranger, nous avons lancé une activité estivale où nous louons des kayaks à Sherbrooke. Nous offrons même un tour guidé sur le lac des Nations avec une interprétation de l’histoire. Le kayak est un sport de distanciation idéal et l’on s’assure de la désinfection de tout l’équipement », explique David Martel.

La situation géographique de l’Agence Mercedes sur la rue King Ouest avec la rue Esplanade dans la cour arrière permet de descendre les embarcations directement sur le lac. 

« Nous louons les embarcations à l’heure. Ça pourra permettre aux gens de découvrir cette activité au cœur de Sherbrooke. On s’est adapté en lançant une activité relaxante », signale David Martel.

Vélo

Les commerçants d’équipements de plein air remarquent aussi une vente des vélos haut de gamme.

« Les vélos avec assistance électrique se vendent très bien. Ce sont des achats dont le prix varie de 3000 $ à 10 000 $. Étant donné que les gens ne peuvent voyager vers l’Europe ou l’Asie, ils semblent investir dans des équipements qui vont durer longtemps », signale Michel Poisson, de Momo sports.

« Nous vivons le même phénomène que tous les commerces de roulottes ou de vélos. Les gens n’hésitent pas à dépenser l’argent prévu pour leur voyage ou leurs vacances aux États-Unis afin de bien s’équiper. Les vélos haut de gamme sont très populaires », ajoute Jean-François Poirier de chez Atmosphère.

L’épopée de Capelton se réinvente

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L’épopée de Capelton se réinvente

 L’Épopée de Capelton profite de la relance post-pandémie pour se réinventer.

Dès ce samedi, c’est en famille avec des tours quasi privés que les visiteurs pourront découvrir la mine de cuivre Capelton à North Hatley. Ils évolueront dans le circuit sous terre en se relayant d’un guide à l’autre qui assurera l’interprétation du site minier ouvert en 1863. 

« C’est une formule que nous avions déjà essayée au début des années 2000. Cette formule qui assure la distanciation permettra aussi d’assurer une plus grande fluidité lors de la visite », croit la coordonnatrice de l’Épopée de Capelton, Geneviève Vallières.

Terminées les visites en groupe de 25 personnes avec un seul guide.

Au lieu de se rendre à la mine dans une charrette, collés les uns sur les autres, les visiteurs vont embarquer à l’arrière d’une camionnette aux vingt minutes, une famille à la fois.

Toutes les mesures sanitaires de désinfection seront assurées par l’équipe de l’épopée de Capelton.

« Par la force des choses, nous avons développé une nouvelle façon de découvrir le complexe minier. Nous sommes ouverts depuis 25 ans, alors il était temps de faire évoluer notre produit. Nous croyons que cette nouvelle formule va perdurer dans le temps. Nous allons donner une couleur différente, mais en misant sur la vraie expérience sous terre que nous offrons depuis toutes ces années », signale Geneviève Vallières.

Cette attraction touristique privée va aussi changer de raison sociale pour devenir une organisation à but non lucratif (OBNL) au cours des prochains mois. La piste d’hébertisme sera améliorée et l’activité le Tour du prospecteur où les enfants se lancent à la recherche de grains d’or dans le ruisseau s’ajoute à la visite sous terre.

Si l’Épopée de Capelton reçoit environ 20 000 à 25 000 visiteurs par année, Geneviève Vallières s’attend à en accueillir le tiers de ce nombre cette année. Elle invite les visiteurs à réserver afin d’éviter l’attente avant la visite. « Nous avons perdu les visites scolaires de mai et juin. Heureusement que nous avons de l’aide gouvernementale. Nous travaillons aussi avec des partenaires pour offrir des forfaits », indique Geneviève Vallières.