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Un déconfinement anxiogène
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Un déconfinement anxiogène
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Le déconfinement, source d’anxiété aussi

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Le déconfinement, source d’anxiété aussi

Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
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 À l’aube d’un déconfinement progressif, plus de la moitié des Canadiens se sentiraient anxieux à l’idée de revenir à une vie dite plus « normale ».

La firme Léger, en collaboration avec l’Association d’études canadiennes (AEC), a questionné 1647 Canadiens du 21 au 23 mai à cet effet. Selon les données recueillies, 52 % des répondants auraient indiqué ressentir de l’anxiété face à la levée des restrictions entourant la pandémie de COVID-19.

Aux yeux de la psychologue et professeure à l’École de réadaptation de l’Université de Sherbrooke Marie-France Coutu, ces statistiques ne sont pas surprenantes. Elles sont même tout à fait normales.

« Dans notre pays et notre province, nous avons toujours été relativement à l’abri des catastrophes qu’elles soient naturelles ou en lien avec la santé. Cela amène un grand sentiment de sécurité », explique celle qui possède une expertise sur les troubles anxieux et sur la modification des comportements.

« Au début, le coronavirus venait d’ailleurs, précisément de la Chine. On s’en préoccupait plus ou moins. Mais quand c’est arrivé ici, au Québec, c’est venu ébranler une croyance de base fondamentale en lien avec notre sécurité. »

Et la population québécoise, comme bien d’autres, a opté pour le confinement en guise de solution.

« Cela avait énormément de sens, précise Marie-France Coutu. Il y avait une menace dans l’environnement et nous devions nous protéger. Toutefois, aujourd’hui, on demande aux gens de sortir de leur bulle alors que la menace est toujours là. Le gouvernement prend un risque calculé voyant que la situation s’améliore, mais lorsqu’une croyance est ébranlée, c’est normal de voir apparaître une certaine prudence dans le comportement de certains individus. On leur demande de défaire un mécanisme de protection. »

Les gens doivent ainsi réapprendre à s’exposer.

Marie-France Coutu, psychologue et professeure à l’École de réadaptation de l’Université de Sherbrooke

Contrôler son environnement

Plusieurs solutions et ressources s’offrent aux personnes souffrant d’anxiété face à la levée progressive des mesures sanitaires, rassure Marie-France Coutu.

« C’est souvent lorsque les gens perdent le contrôle de leur environnement qu’arrive l’anxiété. Lorsqu’ils ne contrôlent pas le niveau de risque. Et à cela s’ajoute parfois la responsabilité de protéger les gens de leur entourage qui pourraient être plus vulnérables et donc plus à risque d’attraper la COVID-19. »

Pour les personnes qui auraient du mal à contrôler cette peur du risque, la psychologue suggère de franchir une étape à la fois. « Premièrement, il ne faut pas tenter de rassurer avec des mots une personne en minimisant la situation sanitaire. Cela a pour effet d’invalider la personne anxieuse. Il faut plutôt rassurer son cerveau et son corps avec des gestes. »

« Deuxièmement, les personnes anxieuses doivent réfléchir aux étapes qu’elles sont prêtes à franchir. En s’y exposant tranquillement et en respectant leur rythme, elles verront l’anxiété diminuer. Elles doivent apprendre à contrôler leur environnement dans la mesure du possible avant d’aller vers d’autres niveaux de risque. »

Intolérant à l’incertitude?

Marie-France Coutu rappelle par ailleurs que diverses ressources existent pour les personnes qui auraient davantage de difficulté à réapprivoiser leur environnement. « Le parfait contrôle n’existe pas », précise toutefois la psychologue.

« Certains individus sont intolérants à l’incertitude. Dans de tels cas, ils seront invités à consulter par exemple les programmes d’aide aux employés en attendant d’obtenir un rendez-vous avec un spécialiste. »

Dans ce contexte, la psychologue suggère d’ailleurs le livre du psychologue et psychothérapeute Robert Ladouceur Arrêtez de vous faire du souci pour tout et pour rien.

Robert Ladouceur et Al., Odile Jacob,1 60 pages, 12,95 $
Être bien dans sa bulle

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Être bien dans sa bulle

Sabrina Lavoie
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Et si l’envie de préserver votre bulle était plus forte que celle de festoyer? Avoir des rapports sociaux normaux après plusieurs mois d’isolement demandera en effet de l’adaptation pour certaines personnes.

Équilibre, rythme de vie moins effréné, sentiment de sécurité : ces facteurs ont fait en sorte que certains individus trouvent une part de positif dans ce confinement imposé dans plusieurs pays du monde pour contrer la pandémie de COVID-19.

Au terme de cet isolement prolongé, le Sherbrookois Gabriel Germain affirme avoir développé une forme d’agoraphobie liée principalement aux foules et aux endroits achalandés.

« Le retour à la normale me crée de l’anxiété parce que j’ai l’impression que tout le monde va aller à gauche et à droite en banalisant la situation sanitaire. On voit déjà un relâchement. Est-ce que les gens vont continuer à faire attention ou ils vont être excentriques? », s’inquiète-t-il.

« Je suis heureux de retrouver mes amis et ma famille. La proximité humaine me manque, c’est évident. Mais ce sentiment de protection autour de moi, cette bulle de deux mètres que tout le monde s’est mis à respecter, a fait en sorte que je me sente bien et paisible au quotidien. »

Si le confinement n’a pas chamboulé la vie de ce travailleur autonome qui se décrit comme « naturellement ermite », la situation pourrait être différente en matière de déconfinement. « Je devrai apprendre à rétrécir ma bulle », confie Gabriel Germain.

« Aucune chance de me retrouver dans les festivals cet été », ajoute celui qui est pourtant habitué de se retrouver sur une scène. « Je suis de ces personnes qui cherchent instinctivement les sorties lors de grands événements. Je n’appréciais pas nécessairement les foules avant la pandémie. On peut dire que le phénomène s’est exacerbé. Ma bulle personnelle s’est élargie. »

Repenser les normes sociales

Une autre Sherbrookoise, qui préfère garder l’anonymat, affirme pour sa part espérer que certaines habitudes sociales perdurent dans le temps.

« Je suis une personne très extravertie et sociale », affirme d’emblée celle qui travaille dans le milieu de l’éducation. « J’ai besoin de sortir et être en contact avec les gens. J’ai l’habitude de vivre ma vie à 100 milles à l’heure. Mais avec la pandémie, j’ai appris à me déposer. »

« Je réalise aussi qu’avant, les gens pouvaient être très irrespectueux des espaces et des bulles des autres. J’apprécie énormément qu’une certaine distance soit gardée lorsqu’un inconnu m’aborde, et ce, peu importe le contexte », raconte la Sherbrookoise.

La notion d’imputabilité rend aussi mal à l’aise la femme qui côtoie de nombreuses personnes dans le cadre de son travail. « Et si je suis malade après avoir fait une tournée dans plusieurs écoles, est-ce que j’aurai contaminé quelqu’un? Ce sont des réflexions anxiogènes. »

« Et pouvons-nous réellement tenir pour acquis que la pandémie est terminée? Le déconfinement et le bon déroulement de la vaccination me rendent heureuse. Tant mieux si la situation devient plus sécuritaire, précise-t-elle. Toutefois, j’ai peur que ce soit plutôt un incitatif pour qu’on tente de gérer et d’influencer les personnes non vaccinées à le faire. De chercher à qui sera la faute si nous devons nous reconfiner à l’automne. »

Tout comme Gabriel Germain, la jeune femme espère que les gens auront retenu certaines leçons de cette pandémie. Si ce premier rappelle les bienfaits observés quant à l’environnement et les changements de paradigmes au travail, la professionnelle de l’éducation souhaiterait que l’on repense les normes sociales en société.

« Est-ce qu’on pourrait s’arrêter, y penser, en parler? Je crains que l’on retrouve rapidement les vieilles habitudes d’avant », confie-t-elle.