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Un conseil qui lave son linge à huis clos
Sherbrooke
Un conseil qui lave son linge à huis clos
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Autopsie d’un chaos municipal

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Autopsie d’un chaos municipal

Jonathan Custeau
Jonathan Custeau
La Tribune
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La microgestion et le manque de structure au conseil municipal de Sherbrooke ont mené au débat chaotique de lundi dernier à propos de la limite de vitesse sur le chemin Blanchette, croient plusieurs élus. Si certains estiment qu’il n’aurait pas été nécessaire de suspendre la séance du conseil municipal et de décréter un huis clos pour que les élus fassent le point, d’autres plaident une nouvelle fois pour une plus grande efficacité.

« Ça démontre que des dossiers prennent une ampleur disproportionnée parce qu’on veut plaire à tout le monde. On cherche trop souvent l’unanimité alors qu’une majorité suffit. On aurait pu simplement passer au vote », croit Vincent Boutin.

Le conseiller du district des Quatre-Saisons soulève l’hypothèse que les élus ne sont pas habitués que des amendements soient proposés au moment d’adopter une résolution. « La procédure n’est pas si claire. Personnellement, je ne sentais pas qu’on avait besoin d’aller à huis clos pour ça. Ça envoie le message qu’on n’est pas capables de s’entendre en public. On était rendus dans un degré de détails trop pointu. Arriver du jour au lendemain pour changer la vitesse dans une rue sans consulter nos fonctionnaires serait un désaveu pour eux. On ne peut pas se gouverner sur du senti. »

« Ça envoie le message qu’on n’est pas capables de s’entendre en public. » Vincent Boutin

M. Boutin, initialement favorable à la résolution de réduction de vitesse, a inscrit sa dissidence après le huis clos. « J’avais un problème avec la notion de précédent que ça créait d’accorder la priorité à ce dossier. »

Danielle Berthold, qui avait la première soulevé le risque de créer un précédent, juge que Nicole Bergeron a pris la bonne décision d’interrompre la séance pour que les élus reprennent leurs esprits. « Elle a très bien fait, Nicole, sinon tout le monde aurait continué de parler en même temps. On s’en allait nulle part. »

Mme Berthold maintient néanmoins sa position. « On vient de créer deux classes de citoyens : ceux qui chialent et qui veulent court-circuiter les politiques en place et ceux qui acceptent qu’il y un ordre et un processus à suivre. Là, les arrondissements vont tous adopter des résolutions en désignant leurs dossiers comme prioritaires. Je ne sais pas comment nos services vont gérer ça. On enlève de la crédibilité à notre administration. »

La conseillère du district de Desranleau dit qu’elle n’aurait jamais osé ajouter le mot « prioritaire » à une résolution concernant un de ses projets. « Sinon, on aura un système à deux vitesses. Ce sera à celui qui crie le plus fort.

« Et même si on veut changer la limite rapidement, les nouveaux panneaux ne peuvent pas être posés avant un mois parce qu’il faut d’abord une signalisation pour prévenir de nos intentions », précise Mme Berthold. 

« On vient de créer deux classes de citoyens. » Danielle Berthold

Microgestion

Marc Denault avait dénoncé lundi que le conseil donnait dans la microgestion. « On doit améliorer notre efficacité. On devrait pouvoir gérer une assemblée en deux ou trois heures. » Lundi, comme le conseil précédent, la séance a duré plus de quatre heures.

« Si le dossier avait été dans un arrondissement qui n’est pas présidé par la présidente du conseil, je ne suis pas certain que ça se serait passé de la même manière. Je ne prête pas de mauvaises intentions à Mme Bergeron, mais il y a des gens plus susceptibles que d’autres. Il aurait été plus approprié de dire qu’il y a urgence d’agir plutôt que de demander de traiter le dossier en priorité. »

M. Denault estime que certains dossiers devraient être traités ailleurs qu’au conseil municipal. « Je ne crois pas que nous étions obligés d’amener ce débat au conseil municipal. Pourquoi traitons-nous chaque dossier trois, quatre fois? Je ne crois pas que les gens ont envie d’entendre parler de problèmes d’arrêts au conseil. C’est vraiment de la microgestion. »

« On doit améliorer notre efficacité. » Marc Denault

La personne qui parle le plus fort

Évelyne Beaudin y voit un symptôme d’un dysfonctionnement général à la Ville. « Il existe des situations où le huis clos est justifié. Cette fois-ci, ce n’était pas un dossier de nature confidentielle. Si le conseil avait été en personne, je ne pense pas qu’on aurait suspendu la séance. Ça ne fait que s’ajouter aux entorses démocratiques provoquées par la pandémie. La seule et unique motivation pour suspendre la séance était de sauver la face. »

Mme Beaudin, qui semblait en voie d’inscrire sa dissidence lundi s’est finalement ralliée. « Tout le monde était rendu trop loin dans ses émotions. Dans le chaos, c’est la personne qui parle le plus fort qui gagne. C’est ce qui arrive quand on n’a pas de règles communes claires. J’ai assisté à plusieurs débats qui se sont terminés avec l’argument qu’il était tard et que tout le monde était fatigué. Comme on ne veut pas remettre en question nos façons de faire, j’ai seulement lâché prise. C’est une démonstration typique de l’inefficacité de nos prises de décision. »

« C’est une démonstration typique de l’inefficacité de nos prises de décision. » Évelyne Beaudin

Claude Charron a inscrit sa dissidence dans le dossier pour éviter de créer un précédent. « J’ai bien aimé le fait qu’on ait pris une pause. Il y a des choses qui ne se disent pas quand on est en public. On s’éduque à huis clos. En ce moment, on s’enfarge dans les procédures. »

Enfin, Pierre Avard trouve « assez particulière » la façon de gérer les contrepropositions au conseil. « Comme ça n’arrive pas souvent, c’était chaotique. Il faut arrêter de trébucher sur les mots. Il ne faut pas que les dossiers se règlent à celui qui crie le plus fort. »

« En ce moment, on s’enfarge dans les procédures. » Claude Charron
« Il fallait un temps pour respirer », plaide Bergeron

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« Il fallait un temps pour respirer », plaide Bergeron

Jonathan Custeau
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La présidente du conseil municipal, Nicole Bergeron, se défend d’avoir cherché à dérober les discussions du conseil municipal de l’attention du public. Elle estime qu’il était nécessaire de suspendre la séance de lundi pour que tous reprennent leurs esprits. Elle convient aussi que certaines règles élémentaires pourraient être rappelées aux élus.

« C’est la prérogative de la présidente de suspendre l’assemblée. C’est vrai que ce n’est pas quelque chose que j’ai utilisé auparavant. Il ne faut pas oublier que des gens autour de la table étaient en réunion depuis une douzaine d’heures. Il fallait un temps pour respirer. C’est un peu comme quand un entraîneur demande un temps d’arrêt pour que ses joueurs regroupent leurs esprits. J’ai senti que c’était nécessaire », explique Mme Bergeron.

La présidente du conseil convient qu’il n’est pas nécessaire que les décisions soient prises à l’unanimité. « Nous en étions rendus à un débat sémantique. Si c’était à refaire, je referais la même chose. L’objectif était que nous arrivions à nous entendre sur une façon de procéder. Même pour la greffière, c’était difficile de suivre. Nous en étions rendus à trois amendements. »

Le contexte virtuel vient peut-être un peu envenimer les débats. « C’est un peu plus difficile de maintenir l’ordre. Les gens lèvent la main et pensent que c’est leur tour de parler. Je suis le conseil à deux écrans pour avoir mes documents sur un et prendre les tours de parole sur l’autre. C’est plus facile en présentiel, mais au moins, on fonctionne encore. »

Pour Mme Bergeron, l’idée n’était pas de cacher de l’information. « Personne n’a intimidé personne. On essayait de se donner une façon de procéder. »

La présidente assure ne pas avoir mis de pression parce que le dossier concerne l’arrondissement qu’elle préside. « C’était une recommandation unanime de l’arrondissement. C’est le conseil qui dispose et qui peut changer des choses. Si on était passés au vote, peut-être que je me serais abstenue de voter dans les circonstances. »

Nicole Bergeron insiste sur l’importance de la notion de respect des tours de parole pour assurer l’ordre. « Je pourrais demander qu’on ferme tous les micros au besoin, mais j’espère que je n’aurai pas à le faire. Avant d’en arriver à ça, écoutons-nous. Il est vrai que parfois, le rappel des règles élémentaires peut valoir la peine. Oui, nous pourrions rappeler les procédures pour proposer et adopter des amendements. » 

Dossier prioritaire ?

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Dossier prioritaire ?

Jonathan Custeau
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Lundi soir, suivant une recommandation du conseil d’arrondissement de Brompton-Rock Forest-Saint-Élie-Deauville, le conseil municipal devait se prononcer sur sa volonté de réduire de 70 km/h à 50 km/h la limite de vitesse sur le chemin Blanchette, dans le secteur de la base plein air André-Nadeau. Si tous les élus semblaient s’entendre sur l’importance d’y assurer la sécurité des citoyens, c’est l’aspect prioritaire à donner au dossier, selon la recommandation, qui ne faisait pas consensus. Danielle Berthold, entre autres, craignait que des dossiers actifs depuis des années soient retardés par l’ajout de ce projet « prioritaire ».

Le débat s’est prolongé principalement sur la formulation de la recommandation pendant 47 minutes avant que la présidente, Nicole Bergeron, suspende la séance publique pendant 15 minutes. Les élus ont alors discuté à huis clos. 

Au retour de la pause prise à l’abri du regard des citoyens et des médias, Danielle Berthold, Claude Charron et Vincent Boutin ont inscrit leur dissidence. Mme Berthold et Pierre Tremblay, qui avaient proposé des amendements pour chercher le consensus, ont abandonné leurs propositions respectives.