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Tournée à Saint-Venant-de-Paquette
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Tournée à Saint-Venant-de-Paquette
La Tribune découvre Saint-Venant-de-Paquette, le plus petit village de l’Estrie.
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Un petit quelque chose de Gaulois [PHOTOS]

De villages en visages

Un petit quelque chose de Gaulois [PHOTOS]

Chloé Cotnoir
Chloé Cotnoir
La Tribune
98 personnes. C’est la population totale de Saint-Venant-de-Paquette selon le dernier recensement du gouvernement. C’est le plus petit village de l’Estrie, assurément parmi les plus menus au Québec.

À la fin des années 90, son nom apparaît sur la triste liste des villages dévitalisés du Québec. Les municipalités qui figurent sur ce recensement ont généralement moins de 1000 habitants, comptent un nombre important de personnes âgées, attirent peu de nouveaux venus et ont perdu plusieurs de leurs services de proximité : école, épicerie, station-service, dépanneur, bureau de poste, caisse populaire, etc...

Le début du 20e siècle était pourtant plein de promesses pour la petite localité nichée dans le creux des Appalaches. 

On y trouvait alors un moulin à scie, un magasin général, une forge, une meunerie, une boulangerie, une beurrerie, une cordonnerie et un couvent, entre autres. 

Mais l’exode de sa population combiné à la fermeture de ses entreprises a transformé ce petit village prospère en un minuscule hameau comprenant un restaurant, un musée-église et un sentier de poésie [voir texte en page 20].

Quelques descendants des familles fondatrices peuplent toujours cette municipalité, que l’on nomme parfois poétiquement « La tourterelle de l’Estrie ». 

Maire du village depuis 15 ans, Henri Pariseau est lui-même issu d’une lignée purement paquettevillienne. 

Brodeur littéraire

Villages en visages

Brodeur littéraire

Chloé Cotnoir
Chloé Cotnoir
La Tribune
Les yeux de Marc-André Inkel brillent lorsqu’il raconte une anecdote sur son village. « C’est de l’histoire ça! » lâche-t-il avec le même enthousiasme après chacune de ses histoires qu’il partage sans hésitation.

« La mémoire du village ». C’est ainsi que ses concitoyens le décrivent. Lui se décrit plutôt comme un « écriveux ». « Je ne suis ni un écrivain ni un poète. Je suis un écriveux », rigole le septuagénaire. Passionné de lecture et d’écriture, d’histoire et de généalogie, Marc-André Inkel s’est amusé au fil des ans à retracer l’histoire de Saint-Venant-de-Paquette. 

« Quand j’ai acheté ma maison en 1980, le monsieur qui habitait là avait tous les registres de la paroisse et il m’a tout laissé. J’ai lu, j’ai lu! » explique-t-il. 

C’est ainsi qu’il a parfait ses connaissances sur l’église du village, dont la construction s’est achevée en 1887. 

Rapidement, il plaide pour qu’elle devienne un musée. En 1984, un musée d’arts et d’objets religieux est ouvert dans ses tribunes. « Au début, on riait de moi. On me disait que personne n’allait venir jusqu’ici, on est bien trop loin! »

Les sentiers de la mobilisation [VIDÉO]

Villages en visages

Les sentiers de la mobilisation [VIDÉO]

Serge Denis
Serge Denis
La Tribune
« Je dois beaucoup, beaucoup au territoire que j’habite. Depuis 1973, c’est mon point d’ancrage. J’y vis en permanence depuis 1997, mais c’est ici que j’ai écrit toutes mes chansons, des Séguin au Retour à Walden. »

Richard Séguin n’avait que 21 ans quand il a adopté Saint-Venant-de-Paquette pour en faire son lieu de création. Originaire de Pointe-Saint-Charles, le secteur des raffineries de Montréal, il y a trouvé un refuge « près de la nature et loin des rumeurs de la ville », glisse-t-il au cours d’un généreux entretien téléphonique. 

Le mot s’est vite passé à travers les musiciens les plus en vue des années 1970 voulant que l’inspiration a installé une niche féconde sur les flancs des montagnes appalachiennes. En plus des quatre albums des Séguin, qu’il composait avec sa sœur jumelle Marie-Claire, et des 12 disques solos qui suivront, Richard Séguin y verra naître bon nombre de classiques québécois autour d’un feu de camp, dont quelques-uns de Michel Rivard et le monumental album double L’Heptade d’Harmonium.   

Et si l’ex-citadin a adopté Saint-Venant sans réserve, l’inverse est tout aussi vrai. Quand le maire apprend que le village est désigné comme étant « dévitalisé » en 1998, il convoque tous les citoyens à une rencontre pour trouver une nouvelle façon de survivre et grandir, en adoptant cette formule devenue un mantra : il faut renoncer à renoncer. « Il nous a dit que toutes les idées devaient être mises sur la table pour relancer notre communauté. »

C’est à ce moment que l’auteur, compositeur et interprète lance son projet de sentier poétique, qui rendrait hommage à la richesse de la forêt de l’endroit et aux poètes du Québec. « Les gens ont embarqué tout de suite, se souvient-il. C’est vite devenu un projet collectif. Il y avait une des doyennes du village qui avait des liens de famille avec des profs de l’ITA (Institut de technologie agroalimentaire) de Saint-Hyacinthe qui construisaient chaque année des structures avec leurs élèves et ne savaient pas quoi en faire à la fin de l’année. » 

Mobilisation

Sans tarder, des volontaires se sont avancés pour aller chercher un premier pavillon de cèdre à Saint-Hyacinthe pendant que d’autres déployaient leur machinerie afin d’aménager l’endroit où il serait installé. « Les Amis du patrimoine étaient propriétaires de l’église et on s’était déjà mobilisés dans le passé pour la restaurer et en faire un lieu pour des rassemblements et des spectacles, rappelle Richard Séguin. En plus, il y avait 11 acres de forêt tout autour à notre disposition. »

Typique du Québec rural d’une époque révolue, la tradition des bis était relancée à la manière de Saint-Venant. « Ç’a toujours été un travail collectif », insiste le chanteur, qui se décrit comme un « gars de gang ». Deux ou trois fois par été, le village réunit une trentaine de personnes pour donner vie aux Sentiers poétiques. « On se retrouve habituellement avec une vingtaine de volontaires du village. Sur une population d’une centaine de personnes, c’est très bon », souligne-t-il. Les autres proviennent de Sherbrooke, Montréal ou d’ailleurs. 

« Ces bis durent habituellement une fin de semaine. On commence par une remise en état des lieux après l’hiver, puis on donne deux jours pour de nouveaux aménagements et on finit la saison par une préparation en vue de l’hiver. Chaque fois, c’est une surprise de voir tout ce monde-là arriver avec ses compétences propres et son enthousiasme. »

Saint-Venant-De-Paquette c’est aussi...

Villages en visages

Saint-Venant-De-Paquette c’est aussi...

Chloé Cotnoir
Chloé Cotnoir
La Tribune
La première caisse populaire en milieu rural

C’est à Saint-Venant-de-Paquette qu’a ouvert la toute première caisse populaire en milieu rural, en septembre 1907.

Alphonse Desjardins s’est d’ailleurs lui-même déplacé dans ce coin des Cantons-de-l’Est pour l’occasion. La succursale a fermé ses portes en 1974, après tout près de 67 ans d’existence. 

Un coup de coeur de David Goudreault

David Goudreault ne possède pas de maison à Saint-Venant. Il n’appartient pas non plus, de près ou de loin, à une lignée issue de ce petit hameau. Pourtant, il en parle avec le même attachement qu’un Inkel ou un Pariseau du coin. « Là où se tient la poésie québécoise, c’est chez nous. Saint-Venant, c’est un peu chez nous par la bande », explique-t-il. 

 À la barre de la Grande nuit de la poésie depuis 2016, l’auteur, slameur et poète a trouvé dans ce petit village un endroit où exprimer sa folie. Et des complices avec qui « faire vibrer la poésie jusqu’au sommet des montagnes ». 

« Saint-Venant-de-Paquette, c’est le meilleur des deux mondes. On y retrouve une soif de culture comme on peut voir en ville, avec des gens extrêmement travaillants comme on en retrouve dans les champs », image-t-il.  

Repoussée pour les raisons que l’on connaît, la Grande nuit de la poésie sera de retour l’an prochain. 

Promet-on un retour grandiose? « Grandiose sera un euphémisme », lance en rigolant le sympathique poète.