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Terre d'abondance à Compton
De village en visages
Terre d'abondance à Compton
Village agricole par excellence, Compton séduit depuis longtemps passants et créateurs avec sa riche terre et ses vallons verts. Un paysage digne de ses habitants, qui ont fait de cette municipalité de la MRC de Coaticook un lieu où on trouve de tout pour vivre  : un panier diversifié, une communauté soudée, une culture étoffée et une relève dévouée.
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Terre nourricière [VIDÉO]

De village en visages

Terre nourricière [VIDÉO]

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
On pourrait croire qu’il y a quelque chose dans l’eau ou dans l’air de Compton, pour qu’un village de 3131 habitants compte en ses limites pas moins de 142 fermes. Mais depuis qu’elles ont déposé leurs valises dans cette municipalité, Lisette Proulx et Diane Goyette ont bien compris que son secret est plutôt dans sa terre... et dans l’audace qu’elle inspire à ceux qui la foulent.
Têtes premières dans le bio

De village en visages

Têtes premières dans le bio

Jasmine Rondeau
Jasmine Rondeau
Initiative de journalisme local - La Tribune
On les a crus fous, mais ils n’ont pas hésité à sauter tête première pour développer des productions qui sont aujourd’hui emblématiques de Compton. Les Pocock-Shaheen de la Ferme Sanders et la famille Bolduc-Routhier de la Fromagerie la Station sont la preuve vivante qu’on peut voir grand... et biologique!

Aucun doute dans les environs : le couple de maraîchers Russell Pocock et Thérèse Shaheen a contribué à faire de l’Estrie une région d’avant-garde en agriculture biologique au Québec. Une influence qui a même porté fruit jusqu’aux États-Unis, où le couple trouve toujours de nombreux acheteurs. 

Lorsque M. Pocock a acheté la Ferme Sanders, en 1974, la pratique suscitait bien plus souvent l’étonnement que les encouragements. Les voisins le prenaient pour un « étrange phénomène », raconte d’ailleurs un article de La Tribune d’août 1983 qu’il a accroché bien en vue à l’entrée de la boutique.

« Dans les années 1970, on commençait à parler d’écologie, des problèmes environnementaux et des dangers des pesticides, se souvient-il. C’était le début de tout ce qu’on connaît aujourd’hui. J’ai voulu démontrer une façon de cultiver la nourriture sans utiliser ces produits-là. Je faisais partie d’un mouvement qui débutait dans ce temps-là, avec un petit groupe de personnes aussi établies dans les Cantons-de-l’Est. On se réunissait, on lisait des livres ensemble, on faisait venir des conférenciers et on voyageait pour visiter des endroits en Europe où ça se passait. »

M. Pocock, Estrien anglophone d’origine, avait senti le besoin de revenir dans les parages lors de ses études universitaires. « Les jeunes de mon âge, nous étions élevés pour être exportés. Contrairement à aujourd’hui, quand nous allions à l’école en anglais, nous n’étions pas préparés à vivre au Québec en français. » 

Il faut aussi dire que ses racines comptonoises remontaient à loin. « Mon grand-père, mes arrière-grands-parents et mes arrière-arrière-grands-parents avaient une ferme près d’où je suis. Ils font partie d’une histoire de Compton qui est peu connue, je crois. C’était un village anglophone au début. » 

Avec du recul, aucun regret ne traverse l’esprit de celui qui prend aujourd’hui soin d’une ferme de 120 acres, où sont cultivés 60 acres de légumes et de fraises en champs ainsi que 9 serres de légumes. 

Par-dessus le marché, la vision du couple a fait des petits à Compton avec le temps. Par exemple, c’est après avoir travaillé et habité à la ferme Sanders que Josée Gaudet et Jacques Blain ont fondé la culture biologique les Vallons maraîchers, à quelques pas de là. 

La Station : les descendants qui ont vu grand

Il y a déjà 25 ans que Pierre Bolduc et Carole Routhier ont relevé le défi de transformer leur ferme laitière de troisième génération en production biologique. Neuf ans plus tard, en 2004, la famille était déjà prête pour un nouveau défi : transformer son lait en un fromage biologique à la hauteur de son héritage.

« C’était le projet de retraite de mes parents, raconte leur fils Simon-Pierre Bolduc, qui gère aujourd’hui les activités fromagères. Finalement, l’histoire a changé. Ils ne pensaient pas que leurs fils aimeraient vraiment ça le fromage, quand on s’est associés en 2008. Le projet de retraite s’est transformé en projet de famille et tout le monde est super impliqué. » 

« Père porteur » d’œuvres d’art

De village en visages

« Père porteur » d’œuvres d’art

Serge Denis
Serge Denis
La Tribune
Cela fait plus de huit mois que Bernard Paquet travaille à une œuvre géante qui sera installée l’an prochain devant un immeuble de Montréal que l’artiste de Compton préfère garder secret. Il ne lui reste qu’un mois de gestation avant que son atelier du chemin Louis-Saint-Laurent accouche de ce monument d’aluminium.

Celui qui se présente comme un chaudronnier d’art l’admet d’emblée : son métier demande une persévérance à toute épreuve… et un brin de folie. Ajoutons qu’il nécessite une grande dose d’humilité, puisque son nom n’apparaît qu’en petits caractères sous celui de Michel Saulnier, qui a conçu l’œuvre. Pour résumer et rester dans le domaine de la procréation, disons qu’il agit comme le « père porteur » de l’artiste qui a séduit le jury dans ce projet d’intégration des arts à l’architecture. 

« Moi je suis celui qui rend les choses possibles, explique l’artisan de 57 ans, parfaitement à l’aise avec ce rôle apparemment ingrat. J’aime travailler avec les artistes. Je me vois un peu comme un arrangeur en musique. Il arrive que le concepteur fasse appel à moi avant même de présenter sa soumission. » C’est le cas de celle qui était en train de prendre forme lors de notre passage dans l’immense atelier de Bernard Paquet, il y a deux semaines. « D’autres fois, reprend-il, il fait appel à moi après le concours et on discute ensemble des étapes de la réalisation, du budget, etc. Dans un cas comme l’autre, il est important d’établir une bonne communication avec l’artiste. »

Le chaudronnier d’art a donné vie à plusieurs sculptures de Michel Saulnier, celui qui a conçu l’ourson devant le Centre de détention Talbot à Sherbrooke. Ils ont travaillé ensemble notamment dans la réalisation de l’œuvre « Je suis là », qui représente un ourson en équilibre sur un ballon, installé devant le Centre hospitalier universitaire McGill à Montréal au terme d’une autre longue gestation à Compton. 

« J’aime beaucoup faire des animaux, confie-t-il. C’est pourquoi j’apprécie particulièrement faire des œuvres pour des artistes inuits. Ils sont toujours contents de ce que je leur présente. » Bernard Paquet compte déjà six sculptures dans le Nunavik. Celles-ci ont dû être transportées par bateau avant d’être fixées sur leur socle. « Moi j’y vais en avion; j’aime bien participer à l’installation. »

La peinture d’abord

Originaire de Québec et diplômé en arts à l’Université Laval, Bernard Paquet a d’abord exploré la peinture avant d’embrasser la sculpture. Il s’y adonne encore à l’occasion, quand le temps le lui permet. Mais la poussière accumulée sur le chevalet dans le coin de l’atelier confirme que le projet en cours lui laisse bien peu de temps libre depuis plusieurs mois. 

Il s’est fixé à Compton il y a 18 ans, autant par hasard que par amour. « Ma conjointe a commencé à enseigner à l’école Les enfants de la terre et nous aimions beaucoup le coin. On était déjà attirés par l’Estrie en raison du climat et de la mentalité des gens. C’est une région métissée avec des francophones et des anglophones qui se mélangent. Tout le monde se fréquente et se respecte. On est allés vivre dans d’autres endroits, mais on a apprécié l’accueil des gens d’ici », souligne l’artiste manifestement satisfait de son choix. 

Celui qui travaille essentiellement avec l’aluminium et le laiton n’a aucun mal à s’approvisionner à Sherbrooke. L’aluminium lui parvient en plaques de 30 par 50 centimètres, environ. « Dans le milieu, on dit que je suis un peu fantasque, c’est-à-dire que je suis ouvert à des gros projets », glisse-t-il. Ces deux métaux demandent une attention toute particulière à l’étape de la soudure. Mais Bernard Paquet est un persévérant, on l’a dit. « Les sculptures, je les aime jusqu’à ce qu’elles sortent de mon atelier. Après, elles vont vivre leur vie et ne m’appartiennent plus. »

L’agriculture dans l’ADN

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L’agriculture dans l’ADN

Tommy Brochu
Tommy Brochu
La Tribune
De 1792 — année où le lieutenant-gouverneur Alured Clark ouvre à la colonisation la région du Buckinghamshire, où se trouve Compton — à 2020, une chose n’a pas changé dans la petite municipalité : l’agriculture fait toujours sa force.

Les premiers à peupler le Canton de Compton sont des Américains, parfois des loyalistes voulant demeurer sous le régime britannique. Ensuite, selon le président de la Société d’histoire de Compton, Jean-Marc Lachance, à compter des années 1820, plusieurs Britanniques s’installent dans les Eastern Townships.  « Compton s’impose comme carrefour au sud de Sherbrooke, exprime M. Lachance. Établissement de quelques grands propriétaires terriens et de fermes d’élevage de haut niveau, comme Matthew Henry Cochrane, Benjamin Pomroy, Herbert Dudley Smith, etc. Conséquence de la Révolution industrielle et du cadre géographique du canton, Compton se caractérise par son agriculture. Waterville, le hameau Moe’s River et, dans une moindre mesure, le hameau de Hillhurst développent leur caractère industriel. » 

Le village se développe ensuite, après l’arrivée du chemin de fer Sherbrooke-Compton-Coaticook-États-Unis en 1853. En 1860, on compte huit magasins, deux hôtels, sept églises de plusieurs confessions et une vingtaine d’écoles de rang. 

S’impliquer pour mieux se bâtir

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S’impliquer pour mieux se bâtir

Tommy Brochu
Tommy Brochu
La Tribune
Sensibiliser les enfants à l’importance de s’impliquer dans la communauté, tout en leur inculquant des valeurs leur permettant de bâtir leur personne : c’est la mission que se sont donnée Danielle Goyette et Benoît Bouthillette. Les deux membres du club Lion de Compton s’occupent des Lionceaux, de jeunes bénévoles de 9 à 12 ans.

L’an dernier, 18 jeunes faisaient partie des Lionceaux. « Le partage est au cœur des valeurs du Lionisme. On veut leur inculquer des valeurs d’engagement citoyen », disent-ils, soulignant le travail des enseignantes Karyna Bilodeau et Geneviève Hallée et de la responsable de l’animation Jordane Masson.

Pour faire partie du groupe, les enfants doivent écrire une lettre de motivation. « On veut savoir pourquoi ils veulent venir dans les Lionceaux. [...] Si on en a certains qui sont un peu plus âgés, on va aller avec eux, car on sait qu’ils ne resteront pas aussi longtemps », exprime Mme Goyette, indiquant que les enseignants collaborent dans le choix des futurs membres du groupe.  

Les réunions se déroulent une fois par mois. Une valeur thématique par rencontre est abordée. « Un jeu est associé à ça, décrit M. Bouthillette, ajoutant que le but est de donner la parole à tout le monde. On les fait parler sur ce que c’est pour eux. Le mois suivant, on leur demande comment ils l’ont intégré dans leur mois. C’est étonnant ce qu’ils nous sortent parfois. »

Les rencontres portent avant tout sur l’implication. « Qu’est-ce qu’on va faire dans la communauté? On est allé voir les personnes âgées au manoir, on est allé porter des chocolats qu’on a faits aux garderies, toutes les années, on va faire une fête des aînés au Manoir, où on fait danser et chanter les personnes âgées, etc. » indique Mme Goyette, qui rappelle que les Lionceaux s’occupent également du ménage dans le parc des Lions.

« On en a vu progresser certains, c’en est presque bouleversant », exprime-t-elle, citant l’exemple d’une jeune très gênée qui a fini par faire du porte-à-porte pour la Campagne du pain partagé. 

Le plus beau projet des Lionceaux? L’Apprenti, une pièce de théâtre présentée à Noël l’an dernier. « On a écrit la pièce durant l’été avec quatre Lionceaux. Ensuite, les décors ont été montés par eux. Il y a juste les costumes qu’on a achetés. Et ils ont appris les textes et ont joué », mentionne Mme Goyette, alors que son conjoint renchérit: «C’était une idée folle de jouer une pièce de théâtre l’hiver, dehors, avec sept décors! »

« Le but était que cette pièce devienne une tradition, dit Mme Goyette. On veut que l’Apprenti devienne le Casse-Noisette de Compton. »

Récemment, pour contrer l’isolement engendré par la COVID-19, des Lionceaux ont tourné des vidéos pour les envoyer aux personnes âgées. « Certains ont chanté d’autres ont dansé, raconte le couple. On a monté une vidéo d’une vingtaine de minutes et on l’a envoyée au Manoir de chez nous pour leur souhaiter joyeuses Pâques. Ils avaient mis une télé dans la cafétéria où ça roulait », dit-elle, ajoutant que quelque chose sera également fait pour l’Halloween.

Un écrin historique où rayonne la culture

De village en visages

Un écrin historique où rayonne la culture

Karine Tremblay
Karine Tremblay
La Tribune
Construite il y a près de deux siècles, au début des années 1840, la Maison des Arts St-Laurent a du cachet et de l’histoire.

« C’est le premier maire de Compton, Arba Stimson, qui l’a fait bâtir et c’est l’une des rares résidences patrimoniales de Compton. Elle fait partie de ce que les architectes appellent une maison « à loggia », en raison de l’arche qui surplombe le balcon. On trouve seulement une quarantaine de bâtiments de la sorte dans les Cantons-de-l’Est et le long de la rivière qui sépare le Vermont et le New Hampshire », expliquent Bernard St-Laurent et Patricia Pleszczynska.

Le couple a transformé la maison familiale en centre de diffusion culturelle il y a deux automnes. 

« La demeure appartenait à mes parents, ils l’ont achetée au début des années 1940 lorsqu’ils se sont mariés, raconte M. St-Laurent. C’était toujours bourdonnant d’activités à l’intérieur. Lorsque ma mère a déménagé dans une maison de retraite, on a loué la résidence pendant quelque temps, on l’a réparée, rénovée, et puis on s’est demandé ce qu’on faisait avec l’endroit. » 

L’idée de faire vivre les lieux autrement a fait son chemin. 

« Patricia pensait depuis longtemps à l’idée d’avoir une petite galerie, poursuit-il. Avec la maison vide, on a vu l’opportunité de créer quelque chose. »

Tous deux ont été épaulés dans leurs démarches par une communauté engagée.

« On a eu la chance de rencontrer un groupe de personnes très actif à Compton. Ce noyau, qui est à l’origine de la création des Comptonales, était emballé à l’idée de voir naître un espace où l’art et la culture seraient mis de l’avant. On connait beaucoup la région pour son côté agroalimentaire, mais on sait moins que plusieurs créateurs résident dans le coin. Et tous ces artistes n’avaient pas vraiment d’espace pour exposer à même le village », souligne Mme Pleszczynska. 

Art tous azimuts

Ouvert périodiquement, selon le calendrier des activités qui y sont prévues, le joyau du chemin Hatley accueille cours de peinture, ateliers, lancements de livre et expositions. 

« On orchestre aussi de temps en temps des événements spéciaux pour les élèves de l’école Louis-St-Laurent, avec des activités de médiation. On souhaite que la Maison fasse rayonner les arts et rejoigne tout le monde, des plus petits aux plus grands. »

L’agenda des prochains mois est toutefois rempli de cases blanches.   

« L’espace est de toute beauté avec ses planchers en bois franc luisants comme un lustre, cette lumière qui vient de partout et les grandes portes françaises qui donnent sur le balcon couvert d’une vigne. Mais aussi magnifique que soit notre galerie, elle n’est pas bien grande, alors pour l’instant, tout est sur pause étant donné la pandémie », mentionne Patricia Pleszczynska. 

On sait néanmoins déjà qu’une deuxième édition du projet Cultures croisées (sur le thème de l’art, la terre et les racines) devrait prendre place dans l’écrin historique l’an prochain. 

Artistes choisis et artisans du milieu agricole ont été tout récemment jumelés; les créations qui émaneront de la rencontre de leurs univers seront exposées dans un an, à l’automne 2021.