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TDA/H : Au-delà du diagnostic
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TDA/H : Au-delà du diagnostic
Quatre personnes sur cent vivent aujourd’hui avec un trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H); un bond de géant par rapport à il y a 20 ans. Aujourd’hui encore, ce diagnostic fait mal aux personnes qui le reçoivent. Tolère-t-on moins aujourd’hui ceux qui sont appelés les « petits tannants » dans leurs classes? Nos journalistes des Coops de l’information se sont penchés sur le sujet.
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La créativité n’a pas de limites

TDA/H : Au-delà du diagnostic

La créativité n’a pas de limites

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
Il y a toujours place à l’amélioration, mais il ne fait aucun doute dans la tête d’une psychologue en milieu scolaire que les élèves le moindrement turbulents, y compris ceux ayant un trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H), ont leur place dans les rangs du système d’éducation. Concertation, prévention et flexibilité sont parmi les clés du succès, à son avis.

« Les études tendent à démontrer que plus on intervient dans la classe ordinaire, meilleures sont les chances, car l’enfant va avoir des modèles positifs. L’idée, c’est d’agir le plus possible en prévention, avoir des interventions concertées. Il s’agit aussi de sortir un peu des sentiers battus et de permettre à certains élèves, par exemple, de travailler debout à l’arrière de la classe. Certains enseignants vont l’accepter, ont plus de flexibilité et de créativité. Parfois, il peut aussi arriver qu’il y ait jumelage avec une autre classe pour que l’élève se rende dans un autre cours d’éducation physique, qu’il puisse bouger plus », affirme la Dre Fanny Trudel, psychologue œuvrant dans plusieurs écoles primaires du Centre de services scolaire des Draveurs, à Gatineau.

Affirmant qu’il y a un courant de pensée qu’elle appelle « la culture de l’identification » au sein du système d’éducation, celle qui a aussi agi comme psychoéducatrice durant une décennie insiste pour dire qu’en contexte scolaire, absolument rien n’oblige d’avoir un diagnostic pour offrir des mesures d’adaptation.

« C’est bien important, car les psychologues peuvent faire autre chose que de l’évaluation et je pense qu’on peut être encore plus utiles encore. Pour les élèves qui ont des symptômes reliés au TDA/H, on va mettre en place beaucoup de choses avant d’en arriver à l’évaluation. Celle-ci devient nécessaire seulement quand les parents souhaitent aller vers la médication. Mais avant d’en arriver là, il y a toute la portion où l’enseignant et les professionnels peuvent offrir du soutien. Il y a une panoplie d’outils à notre disposition, il y a des entreprises qui se spécialisent là-dedans. Il y a les bandes élastiques pour pattes de chaises, pour que l’élève puisse bouger sans que ça fasse de bruit, il y a des objets d’apaisement, il y a aussi des coussins gonflables (Movin’sit) pour que l’enfant puisse gigoter sas risquer de tomber, etc », explique la Dre Trudel.

Cette dernière affirme que non seulement les outils se sont raffinés au fil des ans, mais notre compréhension également. 

« Je vois des enseignants qui ont des espèces de petits cartons sur lesquels on inscrit n’importe quoi, surtout s’il s’agit des plus jeunes qui ne savent pas encore lire, et quand l’élève a besoin de bouger, ils leur en donnent un pour qu’il aille le remettre à la secrétaire, qui comprend alors que l’enfant n’avait que besoin de s’activer un peu. La créativité n’a pas de limites. Il y a aussi le temps d’écran qui peut faire en sorte d’augmenter les symptômes et de réduire le temps de concentration. Ça peut être problématique. Même chez les adultes, on est tellement habitués de zapper que la durée d’attention fond comme neige au soleil », soutient la spécialiste.

Filles versus garçons

Mme Trudel affirme qu’en raison de leurs symptômes plus apparents dans la majorité des cas, les garçons aux prises avec un TDA/H ressortent davantage du lot à l’école, alors que les filles, qui tendent à être plus lunatiques, passent parfois un peu plus sous le radar. Les filles sont surreprésentées dans la présentation inattentive prédominante, tandis que les garçons sont surreprésentés dans la présentation hyperactivité et impulsivité prédominante. 

« Ça fait en sorte que l’attention des enseignants et des adultes est plus portée vers les élèves qui vont bouger beaucoup, parce qu’ils sont plus dérangeants, parce qu’ils occupent plus d’espace et prennent plus d’initiatives. Ils sont plus dans le pétrin, ils se font plus attraper que les autres, aussi, car ils n’ont pas le temps de réfléchir et de planifier. Ce sont souvent des garçons. Ce sont ces élèves-là qui vont avoir un peu plus de services au niveau des techniciens en éducation spécialisée, parce qu’ils vont vivre des conflits plus régulièrement », note-t-elle.

La Dre Trudel souligne qu’on essaie de favoriser « une communication ouverte » entre le milieu familial et le milieu scolaire. 

« Parfois, des parents vont instaurer une médication sans en parler à l’école. Je comprends jusqu’à un certain point, car ils ne veulent pas se faire influencer et avoir la perception de l’enseignant, mais en même temps, le problème à ce moment-là est qu’on ne fait que capitaliser sur la médication et non les autres interventions en amont. L’enseignant, ce sont les yeux des parents. Il pourrait par exemple dire que la médication est trop élevée, qu’il n’a plus le même petit bonhomme devant lui en classe ou encore que l’effet est de trop courte durée. Ce n’est pas simple, souvent les deux parties se sentent jugées et incomprises », raconte la psychologue.

Trouver la bonne paire de chaussures

TDA/H : Au-delà du diagnostic

Trouver la bonne paire de chaussures

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Le Dr Martin Pearson, psychologue spécialisé en traitement du trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivités (TDA/H) chez l’adulte, est lui-même atteint. Il utilise l’image de la course à pied pour illustrer la souffrance que peuvent vivre les personnes atteintes d’un TDA/H et qui ne reçoivent pas une aide appropriée.

« C’est comme courir sur un sentier de gravelle pieds nus. On va courir moins vite et moins longtemps que si on porte des bonnes chaussures. Les médicaments pour un TDA/H, c’est comme la bonne paire de chaussures. Ça aide vraiment. Mais encore faut-il prendre le bon médicament et au bon dosage, être accompagné », insiste le psychologue Martin Pearson.

La prévalence du diagnostic du trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) a fait un bond de géant depuis 20 ans.

Le diagnostic chez les enfants de 1 à 24 ans est passé de 0,9 % en 2000-2001 à 4,1 % en 2015-2016. La prévalence varie considérablement selon le sexe. Elle était respectivement de 5,3 % chez les garçons et de 2,8 % chez les filles.

Il s’agit d’un trouble neurodéveloppemental fréquent caractérisé par une difficulté à moduler les idées (inattention), les mouvements et les comportements (hyperactivité).

« Le TDA/H est un problème de santé publique qui touche un grand nombre d’enfants et d’adultes. Il peut affecter la réussite scolaire et professionnelle des personnes atteintes, ainsi que leur fonctionnement au quotidien au sein de la famille et dans la société. Des traitements existent pour réduire les symptômes du TDA/H et les gens ont besoin de plus d’informations sur ce trouble afin que les enfants puissent apprendre, grandir et s’épanouir, et ce, avec le moins d’impact possible sur leur vie », analyse le Dr Alain Lesage, médecin psychiatre, chercheur à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal et professeur à l’Université de Montréal.


« « Les médicaments pour un TDA/H, c’est comme la bonne paire de chaussures. Ça aide vraiment. Mais encore faut-il prendre le bon médicament et au bon dosage, être accompagné. » »
Martin Pearson, psychologue

Le Dr Lesage prend l’exemple de la myopie pour illustrer que chaque personne n’est pas atteinte du TDA/H avec la même intensité : certaines personnes ne voient qu’un peu flou, d’autres ne distinguent pratiquement rien sans lunettes.

« C’est exactement la même chose pour les personnes souffrant de TDA/H. Les médicaments pour le traiter sont l’équivalent des lunettes pour la myopie », mentionne le Dr Lesage.

Le TDA/H affecte la capacité des personnes atteintes à répondre aux exigences du milieu scolaire. En conséquence, les personnes atteintes sont beaucoup plus à risque de développer une dépression ou un trouble anxieux à un moment de leur vie.

Mais attention, disent les spécialistes, il n’y a pas que les médicaments qui doivent être utilisés. Les personnes atteintes de TDA/H, leurs parents et leurs enseignants doivent travailler à trouver des stratégies d’adaptation. Dans certaines situations, celles-ci seront suffisantes pour empêcher les personnes de souffrir à cause de leur trouble.

« Il y a des gens qui ont trouvé plein de bonnes stratégies d’adaptation et celles-ci peuvent fonctionner longtemps », dit M. Pearson.

Les exemples sont multiples : agenda, mémos, endroits stratégiques pour déposer certains objets, codes de couleurs, etc.

Une maladie chronique?

Il y a 20 ans, les enfants n’étaient plus suivis par un médecin et arrêtaient de prendre la médication quand ils atteignaient l’âge adulte et quittaient les bancs d’école. Conséquence : beaucoup de jeunes adultes continuaient de souffrir tout au long de leur vie.

« On pense de plus en plus que c’est une maladie chronique », indique le Dr Lesage, qui a notamment participé à la rédaction d’une brochure sur la Surveillance du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité au Québec pour de l’Institut national de santé publique du Québec.

Au Québec, 4,4 % des adultes seraient atteints d’un TDA/H, soit environ 190 000 personnes. Toutefois, la moitié de ces gens l’ignoreraient.

« Dans un système où on travaillerait à la ferme toute notre vie, il n’y aurait pas d’enjeux à être TDA/H. Mais dans un système où on veut aller à l’école, dans un système où on a besoin d’être attentif, dans un système où il faut respecter plusieurs règles sociales, c’est plus difficile », mentionne le Dr Alain Lesage.

Alors, que peuvent faire les adultes aux prises avec un TDA/H?

« Quand on s’occupe bien du TDA/H, on peut avoir un impact sur le parcours de vie des personnes atteintes : éviter l’abus de certaines substances, des dépendances, moins de traumatismes (accidents et suicides)… La maladie est là, mais on la diagnostique mieux, on la traite mieux. On évite un plus haut taux de mortalité, la prison, même. Ce sont des traitements qui changent des vies », assure le Dr Lesage.

Et il n’est jamais trop tard pour consulter. « J’ai déjà posé un diagnostic à une personne de 78 ans », soutient le psychologue Martin Pearson.

Le réservoir de la volonté

TDA/H : Au-delà du diagnostic

Le réservoir de la volonté

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) regroupe dans un même diagnostic deux caractéristiques qui peuvent pourtant sembler fort différentes : le déficit de l’attention et l’hyperactivité.

En effet, ce sont les mêmes portions du cerveau, celles de l’aire préfrontale, qui s’occupent à la fois de stimuler l’attention et la vigilance de l’enfant, et à la fois de lui permettre de s’auto-contrôler et de gérer son impulsivité. 

« Pour moi, ce sont des troubles différents. Mais les deux diagnostics ont été mis ensemble parce que chez les tout petits, ça se ressemble : quand tu bouges beaucoup (hyperactif), tu es moins attentif (déficit de l’attention) », explique le Dr Francis Livernoche, un pédiatre du CIUSSS de l’Estrie-CHUS spécialisé en pédiatrie sociale.

Peu importe que la personne soit TDA/H de type inattentif, hyperactif-impulsif ou type mixte, toutes ont un trait commun. « Ce qui unit toutes ces personnes, c’est un trouble de l’engagement. Être TDA/H, c’est avoir un déficit de la motivation », indique le Dr Martin Pearson, psychologue spécialiste en TDA/H chez l’adulte.

« Je dis souvent que la volonté, ce n’est pas un muscle : ça ne s’entraine pas. La volonté, c’est un réservoir. Une personne atteinte d’un TDA/H dépensera quatre fois plus d’énergie qu’une personne non TDA/H pour se motiver à accomplir une tâche qu’elle trouve plate. Quand ton devoir de maths te demande quatre fois plus d’énergie qu’à une personne non TDA/H, ça se peut que tu décroches plus vite parce que ton réservoir est vide », indique-t-il.

Le cerveau des personnes avec un TDA/H travaille donc différemment puisqu’il s’agit d’un trouble neurodéveloppemental. « Ce n’est pas parce qu’on n’est pas assez intelligents, qu’on est paresseux ou qu’on ne fait pas d’efforts », ajoute M. Pearson.

Déficit de l’attention

Parlons un peu plus du déficit de l’attention. Celle-ci se définit généralement comme la capacité à maintenir son attention afin de mener à bien une tâche. Elle se décline en trois types, l’attention soutenue, sélective et partagée.

« C’est très dur d’objectiver l’inattention. Quelle est la différence entre le normal et l’anormal? » se questionne le Dr Francis Livernoche, spécialiste de la pédiatrie sociale.

« Dans une société de stress, de performance, de notifications, c’est de plus en plus dur d’être attentif à une seule chose à la fois. Dans notre société, le nombre de diagnostics risque encore d’augmenter parce que les gens ont de la misère à se concentrer sur une chose. La vraie question à se poser, c’est : pourquoi cet enfant est-il inattentif? Est-ce que c’est de l’anxiété? Se passe-t-il quelque chose à la maison? Est-ce qu’il aurait simplement besoin de bouger plus? » ajoute le Dr Livernoche.

Hyperactivité

Ensuite, il y a le volet hyperactivité : chez les TDA/H, on peut parler de bougeotte des idées ou de bougeotte physique.

Encore là, estime le pédiatre sherbrookois, on diagnostique probablement trop tôt ou sans chercher suffisamment la cause derrière la problématique.

 « Il y a une banalisation du diagnostic de TDA/H, qui doit vraiment amener un trouble de fonctionnement et une souffrance », estime le Dr Francis Livernoche, qui pratique la pédiatrie sociale directement dans des écoles.

« Selon une étude, les enfants qui viennent juste d’avoir leur cinq ans à la rentrée à la maternelle ont tendance à être surreprésentés dans le diagnostic de TDA/H. Entre un enfant qui a cinq ans à la rentrée et un autre enfant qui aura bientôt six ans, c’est 20 % de sa vie que le plus jeune n’a pas encore vécu! Ces études laissent donc suggérer qu’il y a une maturation normale qui doit se faire », indique le pédiatre social.

« En bas de cinq ou six ans, moi je prescris des médicaments uniquement s’il y a des comportements agressifs ou violents qui amènent à une exclusion sociale à la maternelle. Mais ça prend aussi des interventions en psychoéducation », insiste-t-il.

« Une autre étude montre que 50 % des symptômes liés au TDA/H, particulièrement l’hyperactivité, sont partis à l’adolescence », ajoute le pédiatre.

Le TDA/H est effectivement plus diagnostiqué aujourd’hui. Est-il diagnostiqué trop tôt, trop tard, adéquatement? Les avis divergent sur la question.

Mais un élément fait consensus chez tous les spécialistes consultés : les personnes qui souffrent doivent aller chercher de l’aide et des conseils absolument.

 « Il y a une énorme stigmatisation dans notre société contre la médication chez les enfants. C’est vu comme si c’était quelque chose de pas bon. Les parents ont longtemps été stigmatisés quand ils donnaient des médicaments aux enfants. Maintenant, les choses ont changé, il y a des associations de parents. Il faut aider les parents à se sentir plus à l’aise face au TDA/H. Il reste toujours une souffrance des parents. Il reste des stigmas. Et des stigmas, ça se combat par l’éducation », insiste le Dr Lesage.

Isabelle Légaré
Le Nouvelliste
Isabelle Légaré
Antoine le TDAH et futur prof

Isabelle Légaré

Antoine le TDAH et futur prof

CHRONIQUE / Ça s’est passé il y a quelques semaines, dans une école primaire comme on en trouve un peu partout. Debout devant la classe de 4e année, Antoine Faulkner n’a pas mis de temps à identifier le « TDAH » du groupe. Le garçon n’arrêtait pas de parler, de bouger et de perturber le bon déroulement du cours. Le suppléant est intervenu. Il s’est reconnu en lui.

« Qu’est-ce qui se passe? Pourquoi tu déranges tout le monde? Tu te prives de travailler en équipe en faisant cela. »

La réplique de l’écolier ne s’est pas fait attendre et ne l’a pas surpris. 

« De toute façon, je ne veux pas travailler en équipe... Je ne suis pas bon à l’école... Personne ne m’aime... Je vais redoubler... »

Plus jeune, le remplaçant s’est aussi traité de nul, de poche et autres qualificatifs témoignant d’une estime de soi à zéro. 

Antoine aurait pu garder ce mauvais souvenir pour lui et demander à l’élève de s’atteler à la tâche sans délai et avec sérieux. Il lui a plutôt révélé ce secret qui n’en est pas vraiment un.

« Tu sais, je n’ai jamais vraiment été bon à l’école, j’ai toujours dû bûcher plus que les autres pour avoir des résultats moyens. »

Tout naturellement, Antoine lui a parlé de son propre trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité, une problématique à laquelle s’ajoutent une dyslexie et une dysorthographie, deux grands mots pour désigner des difficultés d’apprentissage de la lecture et de l’écriture. 

« Moi aussi j’ai un TDAH! », a confié un enfant témoin de la scène. « Moi aussi! », a renchéri un autre. 

Il n’en fallait pas plus pour que le suppléant saisisse l’occasion de transmettre à toute la classe une leçon qui ne fait pas appel aux connaissances, davantage à sa propre expérience.

« Regardez où je suis rendu dans la vie. Je suis à l’université pour moi-même enseigner! Il n’y a personne de nul dans la vie. On a chacun nos faiblesses et nos forces. Ici, je ne vois que des gens qui doivent persévérer plus que d’autres. Vous êtes tous bons! Moi, je crois en chacun de vous, même si je ne vous connais pas. »

Le petit garçon turbulent s’est mis à pleurer doucement. De soulagement et avec reconnaissance. 

Cette journée-là, le suppléant portait son chandail préféré, avec ce message personnalisé sur le devant: « Fier d’être TDAH ». 

Âgé de 22 ans, Antoine Faulkner étudie à l’Université du Québec à Trois-Rivières pour réaliser son rêve : enseigner au primaire et donner de l’espoir.

C’est bien parti. 

Je vous l’ai présenté pour la première fois il y a un an, dans une chronique où l’étudiant originaire de Repentigny m’avait raconté l’histoire derrière « La page TDAH ».

Ils étaient alors quelque 75 000 personnes à le suivre sur Facebook. Antoine compte aujourd’hui près de 120 000 abonnés. 

Parmi eux, des jeunes et des adultes qui vivent avec le TDAH, des parents et des enseignants. 

Antoine Faulkner n’est pas là pour donner des conseils. Il préfère nous partager sa vision du quotidien avec les quatre lettres qui sont officiellement entrées dans sa vie à l’âge de 8 ans.

Le jeune homme use d’humour et de sensibilité pour aborder un sujet qui ne fait pas toujours rire, mais qu’il s’efforce de dédramatiser et de normaliser. 

« Longtemps, je ne voulais pas parler de mon TDAH. Je me sentais seul... » 

Enfant et adolescent, Antoine prenait une médication qui l’aidait à contrôler son hyperactivité et à mieux fixer son attention. En vieillissant par contre, au moment d’amorcer ses études collégiales, les effets indésirables ont pris le dessus sur les bienfaits.

Perte d’appétit, baisse d’énergie et de moral, impression de ne pas être « lui-même »...  

« Je pense que je n’avais pas le bon dosage. » 

Le cégépien n’a pas poussé plus loin la réflexion. Il a pris la décision de cesser la médication. Du jour au lendemain.

« Impulsivement », sourit Antoine en sachant pertinemment que cette réaction est typique d’une personne TDAH.

Sur ce, une précision s’impose ici. Le jeune homme n’est pas contre la prise de médicaments pour traiter les symptômes. Il est formel. 

Très populaire sur Facebook, Antoine Faulkner a créé «La page TDAH» pour démystifier une réalité qui touche plusieurs personnes, jeunes et moins jeunes.

« Ça a quand même sauvé mon parcours scolaire, primaire et secondaire. »

Mais à 18 ans, après dix années à devoir consommer sa dose journalière de psychostimulants afin de mieux cohabiter avec le TDAH, Antoine a eu envie de se regarder aller du coin de l’œil, de vérifier s’il pouvait s’en passer. 

Jusqu’à preuve du contraire, c’est le cas. Ce qui ne veut pas dire que le TDAH ne fait plus partie de lui. 

Antoine sait qu’il doit mettre les bouchées doubles dans ses études, qu’il a tendance à procrastiner avant de remettre des travaux, qu’il se laisse facilement distraire par l’écureuil qui passe devant la fenêtre et ainsi de suite.  

La pandémie et les cours en ligne n’aident en rien. Sortir de chez lui, faire la route jusqu’à l’université, rencontrer les profs et côtoyer les autres étudiants, ça lui manque beaucoup. 

Le contact humain favorise les apprentissages. C’est encore plus vrai pour Antoine qui, seul devant son écran, a de la difficulté à rester concentré.

« C’est mon plus grand défi... » 

Tout autour de lui est source de distraction.   

« La maison est un endroit propice pour faire des activités personnelles comme écouter des films, jouer à des jeux vidéo ou aller sur les réseaux sociaux. »

L’école à distance exige de faire appel au sens de l’organisation, un concept qui n’est pas inné chez les personnes TDAH, concède l’étudiant qui multiplie les stratégies pour y arriver. 

Entre un stage et des journées de suppléance, ses notes d’examen ne sont pas toujours à la hauteur de tous ses efforts. Ça le décourage parfois, mais il s’accroche à son rêve d’enseigner, particulièrement aux enfants qui se sentent différents des autres dans une classe. 

Antoine est persuadé d’y avoir sa place. 

« Je veux montrer aux élèves que des gens incompétents, ça n’existe pas lorsqu’on persévère. »

Le TDA/H en bref

TDA/H : Au-delà du diagnostic

Le TDA/H en bref

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune

De lourdes conséquences possibles au TDA/H

Les conséquences d’avoir un TDA/H peuvent être lourdes, très lourdes, voire mortelles pour les personnes qui souffrent d’hyperactivité et d’impulsivité notamment.

Il y a des chiffres à l’appui. Entre 1996 et 2012 au Québec, 83,9 jeunes sur 100 000 hommes atteints de TDA/H sont morts entre l’âge de 1 et de 24 ans.

En comparaison pour la même tranche d’âge et durant les mêmes années, il y a eu un taux de décès de 16,8 jeunes hommes non atteints de TDA/H.

Les suicides et les traumatismes liés aux accidents de voiture sont les principales causes de la mort de ces jeunes.

« Être impulsif, c’est dangereux derrière un volant à 18 ans. Ces jeunes vont appuyer sur l’accélérateur plus vite, et ils ont moins d’expérience pour en assumer les conséquences. Le suicide sera aussi un geste impulsif, moins réfléchi, parce que les problèmes d’impulsivité et d’inattention sont toujours là », explique le Dr Lesage.

« Partout dans le monde, des études montrent que le tiers de gens dans les pénitenciers ont un diagnostic de TDA/H. Ça veut dire qu’il y aurait beaucoup de gens que l’on pourrait aider à se réhabiliter », soutient le psychiatre Alain Lesage. 

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L’origine du TDA/H ?

Le TDA/H est fortement héréditaire : les gènes jouent un rôle majeur sur le développement de ce trouble. La génétique serait responsable d’environ 75 % des cas de TDA/H. Certains facteurs environnementaux non partagés (dont les complications pendant la grossesse, à la naissance ou peu après la naissance) contribuent au développement du TDA/H dans 10 à 25 % des cas. 

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Les trois types d’attention

  • L’attention soutenue : la capacité à maintenir son attention de façon continue afin de mener à bien une tâche;
  • L’attention sélective : la capacité à sélectionner une source d’informations en laissant tomber toutes les autres. Par exemple, l’élève écoute l’enseignant malgré le bruit que font d’autres élèves;
  • L’attention partagée : l’habileté de traiter simultanément plusieurs sources d’information. Par exemple, l’élève écoute l’enseignant et écrit des notes ou la mère de famille qui cuisine et surveille ses enfants en même temps. 

Besoin d’en savoir plus?

Voici deux livres en guise de références recommandés par les médecins et psychologues consultés dans ce dossier :

  • Mon cerveau a besoin de lunettes (une version pour adulte et une pour les enfants), par la Dre Annick Vincent, médecin psychiatre
  • Le TDA/H raconté aux enfants, par Ariane Hébert, psychologue