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Surpoids et emplois : non à la discrimination
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Surpoids et emplois : non à la discrimination
Marie-Christine Lanoue était fatiguée mardi après-midi. Quand elle a publié son cri du cœur sur les réseaux sociaux lundi après-midi, elle espérait toucher d’autres personnes. Mais elle n’espérait pas que son message ait autant d’échos.
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Le CIUSSS offre trois postes à l’infirmière disqualifiée par son poids

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Le CIUSSS offre trois postes à l’infirmière disqualifiée par son poids

Marie-Christine Bouchard
Marie-Christine Bouchard
La Tribune
Marie-Christine Lanoue était fatiguée mardi après-midi. Quand elle a publié son cri du cœur sur les réseaux sociaux lundi après-midi, elle espérait toucher d’autres personnes. Mais elle n’espérait pas que son message ait autant d’échos.

« Il n’y a pas beaucoup de gens qui osent dénoncer, qui osent en parler, parce que c’est difficile », dit-elle d’une voix douce au bout du fil.

Rappelons l’histoire. Cette infirmière voulait revenir au travail après une pause à la suite de sa quatrième grossesse. Après le processus d’entrevue, sa candidature a été retenue au CIUSSS de l’Estrie-CHUS à la condition que son questionnaire médical soit approuvé. Or son indice de masse corporelle (IMC) est supérieur à 40. Même si elle est en bonne santé, cela la disqualifie pour venir prêter main-forte dans le réseau de la santé.

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Quand elle a appris la nouvelle, Marie-Christine Lanoue était outrée.

Cette passionnée de la périnatalité fait du bénévolat et est marraine d’allaitement. « Le CIUSSS va avoir un centre mère-enfant. Il veut devenir une organisation Ami des bébés. J’ai pensé que j’avais quelque chose à apporter dans l’organisation. Mais il semble que non », s’attriste-t-elle.


« J’ai coupé ça court. J’avais besoin de réfléchir. »
Marie-Christine Lanoue

Lundi sur l’heure du souper, la vidéo de Mme Lanoue a été portée à l’attention de la direction du CIUSSS de l'Estrie-CHUS par La Tribune.

« On m’a appelée dès lundi soir pour me parler. J’ai coupé ça court. J’avais besoin de réfléchir. On m’a dit qu’on me rappellerait mardi », indique-t-elle.

L’appel est venu en fin d’après-midi mardi. On lui a offert trois postes, notamment en Santé publique, qui affiche présentement un retard dans ses enquêtes.

Mme Lanoue pourra donc aller travailler au CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Mais acceptera-t-elle cet emploi de la deuxième offre?

« Je ne sais pas. J’ai un gros malaise. Il y a matière à réflexion », dit-elle.

Sa conversation de mardi après-midi lui a toutefois fait du bien. « J'ai eu une conversation enrichissante en lien avec le manquement, ou les procédures mises en place pour éviter de reproduire une telle situation », dit-elle.

Mais n’empêche que… « Sans ma vidéo, jamais le CIUSSS n’aurait révisé mon dossier. Même si on m’offre un emploi finalement, ça n’efface pas la discrimination qu’il y a eu à mon endroit et à l’endroit de toutes celles et de tous ceux qui se sont fait refuser un poste à cause de leur poids », dit-elle.

« Je suis bien décidée à porter plainte à la Commission des droits de la personne du Québec. Je veux aller jusqu’au bout », dit-elle.

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Alain Goupil
Alain Goupil
La Tribune
Les travailleurs qui se sentent discriminés à l’embauche ne devraient pas hésiter à porter plainte devant la Commission des droits de la personne du Québec, croit l’avocat sherbrookois Ariel Thibault, spécialiste du droit du travail.

C’est ce que suggère Me Ariel Thibault, avocat en droit du travail, interrogé dans le contexte soulevé par la décision du CIUSSS de l’Estrie-CHUS de ne pas embaucher une infirmière à cause de son poids.

«Les gens ne devraient pas se limiter à postuler à des emplois de peur d’être rejetés par leur condition de santé ou physique, insiste Me Thibault. La Commission est là pour analyser ce type de recours. C’est elle qui va juger si la discrimination est conforme à l’état du droit ou pas», ajoute l’avocat sherbrookois.

Me Thibault reconnaît que la Charte québécoise peut paraître contradictoire lorsqu’il s’agit de déterminer les motifs discriminatoires liés à une décision.

D’une part, l’article 10 de la Charte québécoise prévoit que personne ne peut faire l’objet de discrimination fondée notamment sur la condition sociale ou un handicap. «Est-ce que le poids d’une personne pourrait être considéré comme un handicap ou une forme de distinction protégée par l’article 10?» s’interroge Me Thibault. 

À l’autre bout du spectre, l’article 20 prévoit qu’une distinction, une exclusion ou une préférence fondée sur les aptitudes ou les qualités requises par un emploi est réputée non discriminatoire.

Ultimement, il s’agit d’une question de faits, dit Me Thibault. Et il existe une application différente de la loi selon que la personne est déjà à l’emploi ou dans un processus d’embauche. 

En situation d’emploi, Me Thibault rappelle que l’employeur a l’obligation de protéger son employé, quitte à l’affecter à d’autres tâches si sa condition ne lui permet plus d’accomplir ses tâches habituelles. Alors qu’à l’embauche, la Charte accorde une certaine latitude aux employeurs

«La question est de savoir s’il s’agit d’une discrimination acceptable parce que la personne n’a pas les qualités ou les aptitudes requises? Ou s’il s’agit du fait que la personne est trop à risque et que l’employeur ne pourrait pas être en mesure de la protéger? C’est très difficile de trancher, surtout dans le contexte actuel de la COVID, où la science évolue de jour en jour…»

Quoi qu’il en soit, les personnes qui s’estiment lésées dans leurs droits devraient s’adresser à la Commission des droits de la personne, insiste Me Thibault, puisque celle-ci a été créée spécifiquement pour trancher ce genre de questions.

«Il peut arriver, dans certains cas exceptionnels, que la Commission juge que la discrimination est raisonnable parce que le poste requiert certaines capacités ou aptitudes spécifiques. Les plaintes peuvent ensuite être portées devant le Tribunal des droits de la personne. Mais un refus (d’embauche) ne devrait pas, a priori, être un motif pour dissuader les gens de postuler.»

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Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
Le cri du coeur de l’infirmière Marie-Christine Lanoue, que le CIUSSS de l’Estrie a refusé d’embaucher à cause de son poids, a fait vivement réagir sur les réseaux sociaux. Et ce n’est pas un cas isolé. Une autre candidate à un poste dans le réseau de la santé, cette fois du côté administratif, a goûté à la même médecine. Une «injustice» qui doit être mise au grand jour, clame-t-elle.

Maude* fondait de grands espoirs en soumettant sa candidature à un poste en administration au sein du CIUSSS de l’Estrie. L’enthousiasme a plutôt fait place à l’indignation. «Comment peut-on baser ses critères d’embauche sur le poids d’une personne? Je ne suis pas moins compétente parce que j’ai un surplus de poids. Dans la vie, je ne suis pas malade, mais je suis plus ronde. Et puis? Vraiment, est-ce qu’on est rendu là en 2020? C’est révoltant.»

En fait, durant le processus d’embauche, Maude répondait à tous les critères d’admissibilité. Les choses se sont corsées quand est venu le temps de remplir le questionnaire médical. «Tout allait bien jusqu’à ce qu’on me demande mon poids et ma grandeur. Je dépassais juste un peu [l’indice de masse corporelle, l’IMC] maximal selon les critères du CIUSSS, soit 40. La fille qui s’occupe des dossiers d’embauche m’a dit que je n’aurais pas de poste si mon poids ne respectait pas les critères. Je n’en revenais simplement pas.»

Grâce à un subterfuge, que nous n’évoquerons pas pour préserver l’identité de notre source, elle a finalement obtenu l’emploi. «Mais de justesse. Il a fallu faire des pieds et des mains. Normalement, on m’aurait refusée», a-t-elle fait valoir.

Le CIUSSS de l’Estrie a confirmé qu’il s’agit bien d’une politique de l’organisation. « Il existe effectivement des situations où on ne peut pas embaucher des personnes avec un indice de masse corporelle (IMC) de plus de 40. C’est dans les cas où elles ont besoin de mobiliser des personnes, dans des milieux COVID positifs, ou dans des contextes où elles doivent marcher beaucoup », a indiqué en entrevue à La Tribune la porte-parole de l’organisation, Annie-Andrée Émond.

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À contre-courant

En plus de trouver complètement discriminatoire le fait d’être embauché ou non en fonction de son IMC, Maude est d’avis que le CIUSSS va à l’encontre de toute logique. «On est en pénurie de personnel depuis des années dans le réseau de la santé. Tout le monde tombe comme des mouches. Dans les hôpitaux, les CHSLD. Partout. Et là, on est prêts à dire non à des gens qui sont prêts à travailler, malgré les conditions difficiles. Vraiment, je ne comprends pas.»

Maude espérait que son cas était «une erreur». On lui a confirmé le contraire. «On m’a dit durant le processus d’embauche que c’est fréquent que l’on refuse des gens à cause de leur poids. Pourquoi le physique joue-t-il un rôle si important? Je voulais un poste en administration. Et même si j’avais voulu être infirmière, en quoi je ne serais pas capable de faire le travail?»

* Nom fictif