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S'ouvrir à lire
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S'ouvrir à lire
Au Collège Mont Notre-Dame, les jeunes sont invités à s'ouvrir sur le monde grâce à la lecture woke. La chercheuse et linguiste Nadine Vincent s'intéresse par ailleurs à ce mot glorifié par certains... et méprisé par d'autres.
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 « S’ouvrir à lire™ »  s’implante au Collège Mont Notre-Dame

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 « S’ouvrir à lire™ »  s’implante au Collège Mont Notre-Dame

Sabrina Lavoie
Sabrina Lavoie
La Tribune
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Femme et société, ouverture à l’autre et au monde, culture et identité québécoise, environnement : ces grandes thématiques (et bien d’autres) sont abordées en lecture au Collège Mont Notre-Dame dans le cadre du nouveau programme « S’ouvrir à lire™ » inspiré du concept américain « Read woke ».

Si plusieurs écoles américaines ont déjà adhéré au programme « Read woke », développé en Georgie par la bibliothécaire Cicely Lewis, voilà que les écoles québécoises pourront elles aussi se joindre au mouvement grâce à la version française du programme adaptée par Alain Riou, bibliothécaire au Collège Mont Notre-Dame de Sherbrooke.

Mme Lewis s’est par ailleurs entretenue avec les élèves de l’école l’automne dernier afin de présenter par vidéoconférence son programme qui vise à approfondir leurs connaissances sur différents enjeux par l’entremise de livres ciblés.

C’est en feuilletant par hasard une revue américaine que le bibliothécaire a appris l’existence de ce programme qui incite les jeunes à diversifier leur lecture. « Dans son école de 3000 élèves composée à 95 % de jeunes d’origine hispanique ou afro-américaine, Mme Lewis a constaté que ces derniers ne lisaient pas de livres écrits par des auteurs issus de leur propre culture. Ils se sentaient donc sous-représentés », raconte Alain Riou.

Il confie s’être rapidement senti interpelé par l’initiative. « J’ai contacté Mme Lewis et elle a accepté que nous collaborions en vue d’adapter son programme en français. Elle est bien heureuse de voir son projet dépasser les frontières de la langue... et moi aussi. »

Ainsi, Alain Riou a fait une sélection spéciale de romans, d’essais et de bandes dessinées répartie en plusieurs grands thèmes qu’il met à la disposition des élèves. « On veut que tout le monde y trouve son compte. »

« Si nous leur présentons des romans d’amour, c’est ce que nos élèves vont lire. Avec ce nouveau programme, elles sont amenées à découvrir d’autres ouvrages sur d’autres sujets tels que le féminisme, la place des femmes, l’ouverture à l’autre, etc. Beaucoup de thématiques pour lesquelles elles ne seraient pas attirées spontanément, du moins en lecture », indique le bibliothécaire de l’école secondaire privée pour filles.

Après avoir lu leur livre, les élèves sont invitées à participer à des échanges au sein d’un club de lecture. Elles doivent également répondre à une liste de question afin de valider leur compréhension de certains enjeux en plus de faire une brève critique de leur lecture. Elles peuvent ensuite recommander ou non le livre en question.

« S’ouvrir à lire™ » est également accompagné d’un système d’émulation afin que les élèves constatent leur progression. En quatre mois seulement, 55 élèves ont participé au programme au Collège Mont Notre-Dame, dont six ont reçu la première émulation (une épingle).

Marie-Jeanne Lépine, une élève de quatrième secondaire, s’est vue pour sa part remettre un premier chandail aux couleurs du programme pour sa seconde émulation. Les élèves peuvent ainsi gravir douze échelons, sans obligation.

Cette dernière admet par ailleurs être intéressée par les livres qui parlent de l’enjeu du racisme. « Mes intérêts se collent beaucoup à l’actualité », mentionne celle qui porte une attention particulière au débat entourant le racisme systémique et au mouvement Black lives matter.

« Le fait qu’on nous propose des livres me pousse vraiment à faire des choix différents. C’est vrai que nous avons l’habitude de choisir des romans de science-fiction. Le programme de lecture m’amène à lire sur des sujets qui au premier regard ne m’auraient peut-être pas intéressée. J’en sors grandie », admet-elle.

Alain Riou invite par ailleurs les écoles intéressées à joindre le programme « S’ouvrir à lire™ » à communiquer avec le Mont Notre-Dame à l’adresse suivante : sal@lemont.ca.

S’ouvrir au monde par la lecture

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S’ouvrir au monde par la lecture

Sabrina Lavoie
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PAROLE AUX JEUNES / La génération Z se caractérise par des valeurs qui lui sont propres. En quête de changements, de plaisir et d’expériences, les jeunes d’aujourd’hui sont engagés socialement. Ils sont prêts à révolutionner le monde.

C’est sans doute ce qui explique le succès entourant le nouveau programme de lecture du Collège Mont Notre-Dame « S’ouvrir à lire™ ». Marie-Jeanne Lépine (quatrième secondaire) et Yara Abdulrazak (deuxième secondaire) ont d’ailleurs sauté à pieds joints dans cette initiative qui les amène à « découvrir le monde ».

Parmi les thèmes proposés par Alain Riou le bibliothécaire de l’école, Yara Abdulrazak indique s’intéresser particulièrement aux lectures entourant l’ouverture sur le monde et sur les réalités contemporaines. « Ça me permet d’entendre les invisibles. Ceux qui sont mis de côté par les médias et les politiciens soit à cause d’un régime de dictature ou simplement parce qu’ils représentent une minorité. »

L’adolescente confie avoir beaucoup d’empathie. « Je me mets à leur place. J’arrive à ressentir ce qu’ils ressentent. »

« Les médias sont pertinents, mais ils prennent toujours bien soin de présenter les deux côtés de la médaille. C’est comme une chicane. Chacun à son point de vue. Il faut lire davantage et faire des recherches pour bien cerner les différentes réalités. Mes récentes lectures m’ont permis de réfléchir à certains enjeux d’un tout autre œil. »

Marie-Jeanne Lépine renchérit. « Les médias se doivent de rester neutres. C’est intéressant d’avoir le point de vue d’auteurs qui ont une vision plus large de certaines réalités. Le programme de lecture nous permet d’acquérir de nouvelles connaissances et d’approfondir nos réflexions sur une tonne d’enjeux sociaux. »

Selon l’élève de quatrième secondaire, les réseaux sociaux jouent un grand rôle quant à cette ouverture sur le monde des jeunes. « Nous sommes tellement connectés. Nous avons accès à beaucoup d’informations, mais aussi à des gens qui vivent des réalités différentes. Ça nous permet de comparer et d’avoir une vision plus ouverte sur le reste du monde », mentionne Marie-Jeanne Lépine.

La jeune femme se dit tout de même reconnaissante des efforts faits aujourd’hui par les générations antérieures, notamment lorsqu’il est question d’urgence climatique. « Nous voulons nous faire entendre, car nous croyons apporter un point de vue important face à notre avenir. Mais c’est un travail d’équipe. Ensemble, on pourrait réaliser des projets bien plus concrets », croit-elle.

Alain Riou, à l’origine de l’adaptation française du programme de lecture « Read woke », se réjouit de voir émerger autant de réflexions grâce au nouveau programme de lecture implanté au Collège Mont Notre-Dame.

« Ça brasse des émotions et des opinions », remarque-t-il.

Les multiples définitions du mot <em>woke</em>

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Les multiples définitions du mot woke

Sabrina Lavoie
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De prime abord, l’expression « woke » signifie être « éveillé » face aux injustices qui pèsent sur les minorités. Si ce mot décrit à la fois ceux et celles qui militent pour une justice sociale, il sert aussi à se moquer des « jeunes gauchistes ». Un mot, mais combien de définitions?

Plusieurs chroniqueurs québécois, dont Mathieu Bock-Côté, ont réagi vivement l’automne dernier face à la censure de certains mots du dictionnaire revendiquée par la « gauche woke ».

« Elle témoigne de l’influence dans le monde intellectuel d’une nouvelle gauche sectaire venue des États-Unis. Elle intimide sur les réseaux sociaux et cherche à ruiner la réputation de ceux qui ne se soumettent pas à ses dogmes. Son arme : les accusations de racisme, de sexisme, de transphobie. On l’appelle la gauche woke. C’est une gauche religieuse », écrivait le chroniqueur.

La professeure et chercheuse de l’Université de Sherbrooke Nadine Vincent s’est d’ailleurs beaucoup intéressée à ce débat, mais d’un point de vue linguistique.

« Bien qu’il soit assez récent, le mot woke bouge beaucoup », remarque Nadine Vincent. 

« Selon la personne qui l’emploie, il change de sens. Il peut rapidement devenir très péjoratif selon qui l’utilise, avec quelle intention et selon la personne à qui il s’adresse. Comme ce fut le cas l’automne dernier. »

La chercheuse indique avoir aussi observé dans les dernières années une propension à vouloir catégoriser l’autre. Complotiste contre Covidiot, Vegan contre Carniste, Boomer contre Génération Z : « j’ai l’impression qu’on est en train de se surnommer, de se surdiviser et de se surétiqueter. Le “nous” disparait et devient très marginal. Si tous les “je” s’additionnent, on devra changer la description de la langue. »

Un dictionnaire pourrait-il rendre compte de la vision de chacun? C’est le pari que s’est lancé la chercheuse en s’intéressant à une nouvelle façon de décrire les mots polémiques à l’aide d’un dictionnaire multifacette.

« Le dictionnaire est un objet d’autorité de plus en plus contesté. Les gens veulent avoir un contrôle sur les mots. Maintenant, est-ce possible de multiplier les regards sur des mots comme woke, racisé et boomer? »

Des mots et des maux

De premiers résultats issus de ses recherches seront présentés les lundi 3 et mardi 4 mai 2021 dans le cadre du prochain congrès annuel de l’Acfas. Mais quoi qu’il en soit, Nadine Vincent espère que le chemin de la censure ne soit pas celui adopté par l’ensemble de la collectivité.

« En tant que linguiste, il n’y a pas de mots que je ne peux pas dire. Je crois qu’il faut savoir relativiser et être capable de savoir quelle sont les intentions derrière les mots. Vouloir éliminer des mots du vocabulaire, c’est faire porter aux mots les problèmes de la société. »

« Ce n’est pas en éliminant le mot racisme que le racisme va disparaître. Et bien beau l’écriture inclusive, l’équité salariale me semble d’abord prioritaire. Nous avons l’illusion qu’en réglant des questions dans la langue, nous allons régler des problèmes de société. La langue est un chariot dans le train, ce n’est pas la locomotive. Elle est à la remorque des changements de société. Nous ne changerons pas la société en changeant la langue. »

Quant au mot woke, est-ce une bataille de génération comme nous les connaissons depuis toujours? Est-ce ponctuel? Ce sont des questions que Nadine Vincent se pose.

« Nous aurons la réponse dans quelques années, mais je crois qu’il faut commencer à y prêter attention plus sérieusement. » 

Envie d’en savoir plus?

Le colloque Regards linguistiques sur les mots polémiques, pour lequel Nadine Vincent est coresponsable, sera présenté les lundi 3 et mardi 4 mai 2021, dans le cadre du prochain congrès annuel de l’Acfas, plus grand rassemblement multidisciplinaire du savoir et de la recherche de la francophonie.