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Sherbrooke, ville olympique
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Sherbrooke, ville olympique
La deuxième tentative fut la bonne, pour la candidature olympique de Montréal. Réunis aux Pays-Bas le 12 mai 1970, les membres du Comité international olympique (CIO) confirment que les XXIes Jeux olympiques se dérouleront à Montréal, en 1976. Montréal a coiffé Moscou au fil d’arrivée, par 41 voix contre 28, au deuxième tour de scrutin. À partir de ce moment s’amorce un jeu de coulisse qui fera de Sherbrooke, quelques années plus tard, une ville olympique. Récit d’un pan important de l’histoire sportive sherbrookoise.
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Roger Frot n’a même pas hésité une seule seconde. Pour lui, c’était l’évidence même. Dès l’instant que les Jeux olympiques ont été octroyés à Montréal, le 12 mai 1970, son idée était faite. Sherbrooke devait accueillir des matchs du tournoi de football (soccer).

La réputation de M. Frot n’était déjà à l’époque plus à faire, dans le petit monde du soccer au Québec.

Français d’origine, il fut parmi les huit mordus de soccer, Français et Belge, qui en 1970 ont mis sur pied l’Association régionale de soccer de l’Estrie (ARSE). Frot sera élu président et contribuera à solidifier le développement de ce sport naissant en région.

Un atout qu’il pourra par la suite faire valoir auprès des plus hautes instances.

« Lorsque Montréal a obtenu les Jeux, j’étais alors président de l’Association régionale de l’Estrie (ARSE), en plus de siéger au conseil d’administration de la Fédération de soccer/football du Québec. Je connaissais beaucoup les gens du soccer, à tout niveau, pour les avoir rencontrés dans plusieurs événements. Quand on a su que les Jeux olympiques allaient se dérouler à Montréal, je me suis organisé pour que Sherbrooke puisse entrer », a dit en souriant celui qui est maintenant âgé de 85 ans.

« J’étais déjà impliqué beaucoup à la conférence des organismes régionaux de loisir du Québec (CORLQ). Tout ça mit l’un dans l’autre, je me suis organisé pour qu’on puisse avoir les Jeux olympiques. J’ai fait pas mal d’aller-retour pour ça, en me rendant aux bureaux du COJO (Comité organisateur des Jeux olympiques). En plus du soccer, le COJO nous a demandé si on pouvait accueillir des matchs de handball. C’est là que j’ai parlé du Palais des sports comme possible lieu de compétition », s’est-il rappelé.

« Je n’ai pas fait ça pour l’honneur. J’ai démarré le soccer à Sherbrooke, ça allait de soi de vouloir le développer davantage. On a été une des premières régions à faire un tournoi provincial de soccer intérieur, la première ville au Québec. Même chose pour le soccer féminin. On a été la première ville à démarrer le soccer féminin au Québec. On était donc reconnu partout au Québec pour notre expertise. »

Un comité de travail se créa rapidement pour faire avancer le dossier. La Ville de Sherbrooke y a été présente dès le départ.

« On a mis sur pied le comité organisateur des Jeux olympiques de Sherbrooke. J’ai été soutenu par la Ville de Sherbrooke, par Richard Fabi, par le maire Marc Bureau, qui fut maire de 1970 à 1974 et qui nous accompagné à Montréal lors de nos discussions avec le COJO. Rock Roy, l’ancien doyen de la faculté d’éducation physique de l’Université de Sherbrooke, Georges Allard, Paul-Émile Grenier, étaient aussi impliqués. »

Roger Frot a également multiplié les rencontres et entretiens avec Walter Siebert, qui était responsable du tournoi de soccer pour les Jeux olympiques.

Walter Sieber a dirigé pendant plus de 20 ans le Comité olympique canadien (COC). Il fait partie de la commission des programmes du Comité international olympique (CIO) qui étudie les candidatures olympiques, en plus d’agir comme conseiller spécial à la toute puissante FIFA, qui dirige le soccer mondial.

« Je le connaissais bien. Il a tout fait pour aider notre candidature, il était venu à Sherbrooke, pour voir l’aménagement des terrains, et les modifications à faire au Palais des sports. Je travaillais aussi étroitement avec Pierre Charbonneau, qui était le vice-président sport du COJO. C’était très motivant », a-t-il précisé.

Malheureusement pour lui, coup de théâtre, peu de temps avant les Jeux. Il apprend qu’il doit céder sa place.

Encore aujourd’hui, Roger Frot en ignore les raisons.

« Pierre Charbonneau, avec qui je travaillais beaucoup, est décédé, l’année avant les Jeux. Et ensuite, j’ai appris par Jacques O’Bready (maire de Sherbrooke à partir de 1974), qu’on me remerciait beaucoup, que j’avais fait beaucoup de travail, mais que c’était André Lachance qui allait être le directeur pour les JO à Sherbrooke. Ça a fait un choc. Ça a coupé court. » Roger Frot a tout de même assisté aux compétitions, notamment les matchs de la France, à Sherbrooke, et même à Ottawa.

Les retombées de la présentation de ces deux disciplines à Sherbrooke se sont fait sentir pendant les 40 dernières années, dit-il.

« Une nouvelle génération de joueurs, mais aussi de joueuses en a émergé. Je pense à André Gagnon, à Jean-Pierre Boucher, à Richard Pierre-Gilles ou d’entraîneur comme Jacques Duquette, et jusqu’à Josée Bélanger, qui a gagné la médaille de bronze avec le Canada aux Jeux olympiques de Rio, en 2016. En 1976, le soccer était moins populaire qu’il ne l’est aujourd’hui. Mais je crois qu’on a contribué à faire connaître le sport, tout en aidant la ville à obtenir des infrastructures », a dit Roger Frot.

Un devoir de mémoire

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Un devoir de mémoire

Trois matchs de soccer internationaux, 11 rencontres de handball, les projecteurs du monde entier se sont tournés vers Sherbrooke, l’espace d’un instant, en 1976, quand la Reine des Cantons-de-l’Est fut la seule ville, à l’exception de Montréal, qui a accueilli deux disciplines sportives de la 21e Olympiade. Un souvenir que doit chérir la ville et ses habitants, croit André Lachance.

C’est par un concours de circonstances que celui qui dirigeait alors le Centre culturel de l’Université de Sherbrooke s’est retrouvé à la tête de l’UNOP (Unité d’opération olympique de Sherbrooke), moins de deux ans avant la présentation des Jeux olympiques de Montréal, en 1976.

André Lachance est sauté dans un train en marche, qui a quitté la gare dès que Montréal a obtenu officiellement les Olympiques, le 12 mai 1970, à Amsterdam.

S’il a finalement hérité du poste de direction de l’UNOP, c’est par souci culturel qu’il voulait d’abord et avant tout s’impliquer.

« Il y a des gens à Sherbrooke, qui avaient alors des entrées importantes en soccer notamment, et qui se sont mis à rêver qu’on pouvait accueillir des matchs de soccer. Le COJO (Comité organisateur des Jeux olympiques) avait d’ailleurs annoncé qu’il y aurait une décentralisation des jeux. Je ne suis pas à l’origine de ça », précise-t-il d’entrée de jeu.

« J’étais au Centre culturel, à l’époque. Et je croyais, à tort ou à raison, que le Centre culturel avait un rôle à jouer à ce sujet. On parle du sport, mais jamais du programme culturel qui accompagne les Jeux olympiques. J’ai donc décidé que Sherbrooke recevrait et organiserait aussi sa part d’activités culturelles, même si c’était pas dans l’entente avec COJO. »

Sans en avoir discuté ni avec les membres du conseil municipal ou avec la direction de l’Université de Sherbrooke, André Lachance a rencontré Yvon Desrochers, qui était à la tête du volet culturel pour les Jeux olympiques, à Montréal. Un homme qu’il connaissait.

« Je l’ai rencontré, sans en parler à la ville ni à l’Université, et je suis allé lui vendre ma salade. Il a accepté d’identifier avec moi des activités qui pourraient être produites au Centre culturel pendant les Jeux à Sherbrooke. Il a accepté de payer une bonne partie des coûts que ça représentait. Il manquait des montants, alors je me suis présenté à la ville, et on a accepté de payer la différence. »

Satisfait de la tournure des événements, M. Lachance ne s’attendait pas à recevoir un autre coup de fil de Montréal, moins de deux ans avant les Jeux.

« Sans que j’ai posé ma candidature, on m’a proposé la direction de l’UNOP. Je ne connaissais rien, aux sports, tout en mentionnant qu’il y avait déjà un comité en place (voir autre texte). Je n’ai jamais su qui m’a proposé pour ce poste, c’est particulier. »

André Lachance se laisse tenter. Pendant un an et demi, il a travaillé sept jours sur sept, cumulant son emploi au Centre culturel et à l’UNOP.

L’apport des militaires

La sécurité fut un élément fondamental dans toute la logistique entourant l’organisation des Jeux, tant à Montréal qu’à Sherbrooke.

Les attentats commis à Munich en 1972 (des membres de l’équipe olympique d’Israël ont été pris en otage et assassinés par un groupe terroriste palestinien, NDLR), ont forcé la mise en place de mesures de sécurité beaucoup plus serrées, à Montréal.

« À mon arrivée à l’UNOP, la majorité du travail était fait. Je devais ensuite m’assurer que tout se déroulait bien. La sécurité était très très importante, après Munich en 1972. Le COJO avait décidé d’insérer des militaires dans l’organigramme. Ainsi, mon directeur adjoint a été nommé par le COJO, et c’était un militaire, un capitaine, qui m’accompagnait partout, il travaillait avec moi. Il s’occupait de la sécurité, de façon plus précise. Le capitaine Jacques Morency et les militaires de l’armée canadienne étaient très présents au sein de plusieurs fonctions », a précisé André Lamarche. Une vingtaine de militaires ont ainsi élu domicile à Sherbrooke, le temps de la préparation et la présentation des Jeux à Sherbrooke. 

Un souvenir bien précis, 50 ans plus tard

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Un souvenir bien précis, 50 ans plus tard

Souvent, j’ai essayé de me représenter ce à quoi pouvait ressembler une période de 50 ans. Même lorsqu’on célèbre son cinquantième anniversaire de naissance, on n’en réalise pas vraiment la durée puisqu’on ne se souvient guère des premières années. Imaginez 50 ans de mariage, 50 ans dans la même maison ou 50 ans chez le même employeur; pas facile d’en réaliser toute la portée.

Quand, il y a quelques jours, Sébastien Lajoie, mon ex-confrère et responsable de la section des sports à La Tribune, m’a souligné qu’il y a 50 ans, soit le 12 mai 1970, le Comité international olympique (CIO) avait octroyé les Jeux olympiques de 1976 à la ville de Montréal, j’ai eu un choc… 

Même une claque en plein visage parce qu’il me reste un souvenir bien précis de cette journée-là et que je dois maintenant admettre que 50 ans ont passé depuis ce début d’après-midi où je marchais entre la maison, rue Assomption dans l’est de la ville, et le Séminaire de Sherbrooke où je complétais ma première année de cégep.

C’était aussi l’époque où dans ma tête commençait à se préciser ce que j’aimerais faire dans la vie. Cette annonce des Jeux olympiques de 1976 tombait à point pour ce grand adolescent (à cette époque la majorité n’arrivait qu’à 21 ans) qui rêvait à une carrière dans le monde des sports à la radio. Oui, à la radio parce que l’étudiant du Séminaire de Sherbrooke n’appréciait pas vraiment les travaux de composition que lui commandaient ses profs de français, de latin et de grec… puisqu’il fallait bien passer par là dans le cours classique devenu le secondaire en cours de route.

Je me souviens très bien, marchant sur la rue King Ouest, entre le pont Aylmer et la rue de la Cathédrale, m’être mis à rêver aux Jeux olympiques, m’imaginant derrière un micro décrivant les exploits réalisés par les plus grands athlètes de la planète. Une source inépuisable de rêves… 

Pourquoi ce moment est-il toujours demeuré aussi clair? Je ne saurais répondre sinon que c’est peut-être là qu’a pris forme mon destin, là que s’est ouverte la voie de ce qui serait l’essentiel du travail qu’on me demanderait d’accomplir pour gagner ma vie des 50 années suivantes… et plus je l’espère.

Au milieu de l’été de cette année-là, une petite annonce publiée dans La Tribune attira mon attention : on recherchait un « journaliste sportif » à La Tribune. Les démarches faites et complétées, j’entrais à la section des sports de La Tribune le 30 août pour une carrière qui, après quelques détours dont une expérience unique de 32 mois au Comité organisateur des Jeux olympiques (COJO) de Montréal 1976, allait se terminer 44 ans plus tard là où elle avait commencé.

Je n’ai pas eu à décrire des exploits sportifs diffusés sur la planète entière lors des Jeux olympiques de Montréal, mais mon destin a voulu et, surtout, m’a permis de vivre ces Jeux de l’intérieur, de participer à leur réalisation même si mon rôle n’a jamais été déterminant, de vibrer aux exploits de ces merveilleux athlètes, d’en côtoyer quelques-uns et surtout, d’écrire une page de ce qui fut l’un des hauts faits de ma carrière… un peu comme je l’avais rêvé en ce début d’après-midi, du 12 mai 1970!

Ces 32 mois au COJO Montréal 1976 m’auront fait passer de l’autre côté de la mission journalistique, celle où on transmet l’information pour qu’elle soit diffusée dans les grands et petits médias. Je précise petit parce qu’en plus de participer à la rédaction des communiqués officiels du COJO Montréal 1976, mon rôle me demandait également de produire le Presto, l’hebdomadaire interne du COJO, afin d’informer tous les employés.

Puis, arrivèrent les deux semaines des Jeux olympiques pendant lesquelles on m’avait assigné au centre de presse principal où on avait droit à la diffusion de toutes les compétitions. La cérémonie de clôture ne signifiait pas nécessairement la fin de l’expérience puisqu’il restait une participation à la rédaction du rapport officiel des Jeux de Montréal qui me garda à l’emploi du COJO jusqu’en mars 1977, à mon retour à La Tribune, à Sherbrooke.

« Un des plus grands moments dans l’histoire de Sherbrooke »

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« Un des plus grands moments dans l’histoire de Sherbrooke »

« Souvent, les gens me demandent quel est l’événement le plus grandiose que j’ai couvert dans ma carrière de journaliste, et chaque fois, je réponds les Jeux olympiques. Il n’y a rien qui se compare à ça. Il n’y a rien de plus gros que les Jeux olympiques, et on a eu ça chez nous ».

Mario Goupil était un jeune journaliste de 22 ans de La Tribune, lors des Jeux olympiques de 1976 à Montréal. Il n’a rien raté, ou presque, de la 21e olympiade.

« J’ai adoré couvrir ça; c’était big! J’ai couvert les cérémonies d’ouverture et de fermeture au Stade olympique à Montréal. C’était normal qu’entre les deux, je sois emballé par l’idée de couvrir les Jeux chez nous. Ceux qui ont vécu les cérémonies d’ouverture n’ont pu qu’être transportés par l’atmosphère des Jeux. C’était grandiose. »

L’impact historique de l’événement pour Sherbrooke est là, assur-t-il.

« Ça se situe assurément dans les faits d’armes les plus importants de l’histoire sportive de Sherbrooke. On a reçu les meilleurs athlètes au monde dans deux disciplines sportives, c’était quelque chose dans le temps. Et ça nous a fait découvrir deux sports qui étaient, on va se le dire, moins populaires, moins connus, chez nous. À l’époque, le handball, c’était connu pratiquement seulement à East Angus, qui était la capitale québécoise de ce sport. Ça avait propulsé ces sports dans la région par la suite. Le handball a été très fort en région, par la suite », s’est remémoré M. Goupil.

« Le soccer était à l’époque plutôt pratiqué par les Français d’origine, ce n’était pas le sport planétaire qu’on connaît aujourd’hui. Par contre, je dirais que la présentation de ces deux disciplines à Sherbrooke a permis une certaine intégration sociale. C’était des sports méconnus, des athlètes méconnus, on a appris à les connaître, de même que ceux qui pratiquaient ces sports chez nous. Plusieurs d’entre eux sont devenus des fers de lance pour ces sports dans la région par la suite », a indiqué Mario Goupil.