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Sherbrooke 10 ans plus tard
Benoît Laplante, urbaniste-coordonnateur, Yves Tremblay, directeur du Service de la planification et de la gestion du territoire, et Jérémy Dépault, conseiller en projets spéciaux, dressent un bilan des changements apparus dans le paysage sherbrookois au cours des dix dernières années.

Sherbrooke en incubation

L’inauguration du Centre de foires, de la Cité du parc, de la Plaza de l’Ouest, de la place Nikitotek, de trois écoles primaires, de deux nouvelles casernes de pompiers et du nouveau quartier général du Service de police de Sherbrooke ont changé le paysage sherbrookois depuis le début de l’année 2010. Pour Yves Tremblay, directeur du Service de la planification et de la gestion du territoire à la Ville de Sherbrooke, comme pour son collègue Jérémy Dépault, conseiller aux projets spéciaux à la Ville, c’est néanmoins l’ouverture du boulevard René-Lévesque qui aura particulièrement marqué la décennie, en plus de donner le ton pour les dix prochaines années.

« Le boulevard, c’est un exemple d’un changement de paradigme à la Ville : nous provoquons la transformation plutôt que d’être en réaction. On s’est fait critiquer parce qu’on proposait un boulevard à une voie de chaque côté et qu’on laissait plus de place à la mobilité active. On applique le même modèle pour la rue des Grandes-Fourches et nous n’avons eu aucune question négative », illustre Yves Tremblay. 

« Nous avons dérangé les habitudes. C’est ce que nous voulions », ajoute-t-il. 

L’objectif, c’était aussi de transformer la conception des voies de circulation pour que les citoyens qui s’y établissent se sentent au cœur d’un quartier résidentiel traversé par une rue plutôt qu’un boulevard. 

« Au-delà du boulevard, l’exercice politique n’a pas été simple. Ça devait d’abord s’appeler le boulevard Marie-Victorin et se connecter au boulevard Mi-Vallon », ajoute Jérémy Dépault.

« C’était un défi de s’asseoir avec les promoteurs privés et de leur vendre l’idée de mettre une piste cyclable au centre. Avec un boulevard à une voie, on était complètement ailleurs », confirme Benoît Laplante, urbaniste-coordonnateur à la Ville de Sherbrooke.

Juste un début

Et malgré tout le travail accompli depuis 10 ans pour restructurer le développement commercial et résidentiel, pour densifier la ville en son centre et resserrer la trame urbaine, il ne s’agit que d’un début, promet Yves Tremblay. Le Quartier Well Sud, la reconstruction de la rue Galt Ouest et la construction du pont des Grandes-Fourches en font foi.

« Nous avons révisé notre schéma d’aménagement pour que ce que nous avons écrit se traduise sur le terrain. Le prolongement de la 410 nous a permis de circonscrire la zone de développement. Nous avons lancé le chantier pour la collectivité de demain où nous nous positionnons à propos de la mobilité et du développement du territoire. Au lieu d’être à l’écoute des occasions, on veut les créer. Ce sera un changement très profond qui nous amènera à revoir toute la desserte du transport en commun. Même à l’interne, nous devons changer nos façons de réfléchir. Nous n’aurons jamais de métro comme à Montréal, mais nous pouvons répéter une efficacité qui ressemble à ça. Nous aurons les coudées franches pour réorganiser le stationnement. »

Le plus récent schéma d’aménagement a été adopté en 2014 pour remplacer celui de... 1987. Les règlements de zonage des anciennes villes ont été uniformisés pour plus de cohérence. « D’un coup, nous sommes passés des années 1980 aux années 2010 », dit Jérémy Dépault. « Nous pouvons dire que nous avons vécu la décennie de l’endiguement de l’espace urbain et nous en sommes venus à nous réapproprier des années d’étalement. Maintenant, comment pouvons-nous ajouter des commerces locaux et redessiner le transport? » 

Pour ce conseiller aux projets spéciaux, la décennie entière a servi à remodeler le centre-ville. « En 2010, les commerçants nous disaient qu’il fallait plus de stationnements. Maintenant, ils nous disent qu’il faut plus de transport en commun. En 2010, le centre-ville, c’était l’affaire d’un seul élu. Maintenant, tout le conseil municipal s’y intéresse. »

Yves Tremblay résume : le centre-ville n’est pas en revitalisation, mais en requalification. « Nous sommes en train de recréer des quartiers d’appropriation. Les villages fonctionnent parce que tous les services sont offerts à proximité... »

Ainsi les projets de promoteurs visent-ils désormais une certaine mixité. Qu’on pense à la Plaza de l’Ouest, au Renaissance, projet de résidence pour aînés sur la rue King Est, ou au projet d’Immostar sur la rue Belvédère Sud dans le district d’Ascot, le résidentiel côtoie désormais le commercial. Les bandes cyclables, aussi, se multiplient à vitesse grand V. 

« Il y a des zones de choc quand on discute avec les promoteurs qui arrivent avec leurs propres façons de faire. Ils comprennent qu’on veut aller ailleurs. Nous arrêtons de penser à la fluidité absolue pour l’automobile et nous faisons de la place à d’autres moyens de transport. »

Ce sera le cas sur la rue Galt Ouest, entre les rues Belvédère et Alexandre. La réfection des conduites souterraines offre une occasion à la Ville de se réinventer. Et le plateau Saint-Joseph dans tout ça? « Le plateau est une bouffée d’air frais pour le commerce de proximité », assure Jérémy Dépault. « Les gens trouvent compliqué de s’y rendre et se rabattent sur leur quartier. »