Contenu commandité
Savez-vous planter chez vous?
La tournée des jardins
Savez-vous planter chez vous?
Si les jardins vivent d’amour et d’eau fraîche, la passion des jardiniers, elle, se nourrit de diverses motivations. Que ce soit par désir de plonger ses mains dans la terre, de nourrir sa région ou d’entrer en processus de création avec dame Nature, ceux qui savent planter ont énormément à raconter. Tout l’été, La Tribune sillonnera l’Estrie à la recherche de ces artisans de la terre, agriculteurs ou jardiniers amateurs, afin de mettre en lumière le fruit de leur travail et ce qui fait de la culture leur dada. Vous avez un jardinier à nous suggérer ? Écrivez-nous à l’adresse cooplatribune@gmail.com.
Partager
Les Jardins d’etc. à Bury

La tournée des jardins

Les Jardins d’etc. à Bury

Serge Denis
Serge Denis
La Tribune
Article réservé aux abonnés
Bury — Les temps sont durs pour les producteurs de fraises. C’est que la reine des fruits a quelques caprices qui en découragent plusieurs : elle est prisée par certains insectes, dont la punaise terne, et plusieurs oiseaux, dont le jaseur des cèdres. Elle supporte mal la concurrence des mauvaises herbes et se montre sensible à la sécheresse et aux pluies trop abondantes. Sans parler du gel!

Bref, il faut un brin de folie et un enthousiasme à toute épreuve pour se lancer dans cette production. Par chance, Émilie Turcotte-Côté, des Jardins d’etc., a les deux. Et en double, puisqu’elle a choisi de faire pousser ses fraises en suivant les préceptes de l’agriculture biologique. « On est une vingtaine à faire de la fraise bio au Québec », souligne la productrice maraîchère de Bury. 

« C’est très difficile. Les défis sont énormes », ajoute-t-elle en regardant son champ à quelques jours de la récolte. « Normalement, il devrait y avoir du rouge partout, mais les gels de la fin mai ont fait très mal. C’est dur de perdre des milliers de dollars en une nuit. Et on ne peut rien faire! »


« Le nerf de la guerre, c’est la mise en marché. Avant de lancer une nouvelle production, je développe toujours la clientèle avant. »
Émilie Turcotte-Côté

Agronome diplômée de l’Université Laval, Émilie Turcotte-Côté en connaît tout un chapitre sur les meilleures conditions à offrir à ce fruit chouchou des consommateurs. « J’ai eu une année record il y a deux ans. Mais l’an dernier, j’ai perdu presque 100 pour cent de ma récolte à cause d’un insecte et les fraises ont manqué d’eau. Cette année, on s’enlignait vers une saison parfaite, mais les quatre nuits de gel à la fin mai ont tout bousillé. » 

Même si elle n’a pas d’assurance-récolte, la productrice ne jette pas l’éponge pour la fraise. Elle a même préparé un troisième lopin cette année pour y faire pousser une variété plus tardive. « Mais la première année, on doit se battre continuellement contre les mauvaises herbes. On a passé un an à désherber avant de penser à produire. »

Des courges et bien d’autres choses

Heureusement, celle qui a pris la relève de la ferme bovine de sa mère en 2015 ne produit pas que des fraises. En fait, son gros vendeur, ce sont les courges, qui occupent 1,2 hectare. Elle en fait pousser de toutes les sortes, de la citrouille à la courge à spaghetti, de la butternut à la poivrée, qui se retrouvent presque toutes dans des étalages bios des États-Unis.  

« Le nerf de la guerre, c’est la mise en marché. Avant de lancer une nouvelle production, je développe toujours la clientèle avant », livre comme un secret l’agricultrice en précisant que les propriétaires de la Ferme Sanders, à Compton, lui ont offert un vigoureux coup de pouce pour démarrer et quelques bonnes adresses. « Entre autres, ils m’ont donné leur liste de clients parce qu’ils ne voulaient plus faire de la courge à spaghetti. Ils en perdaient trop. »

Chaque année, les courges constituent une des sources de revenus les plus fiables pour l’agricultrice. « Ça marche très fort. On en a manqué l’an dernier. J’ai même deux traiteurs qui font de la tarte à la citrouille et qui m’en ont pris beaucoup. » Bien recouvertes d’une pellicule de plastique blanche, elles semblent avoir résisté au coup de froid de la fin mai. 

Une autre spécialité d’Émilie Turcotte-Côté qui cartonne chaque année, c’est le melon d’eau. « Les gens sont souvent surpris qu’on produise des melons d’eau d’une douzaine de livres au Québec. C’est un des produits que les clients adorent. La différence est énorme entre ceux qu’on mange frais et les importés. » Semés en serre, ils viennent d’être transplantés. 

À moindre échelle, la productrice fait également pousser de nombreux légumes qu’elle écoule notamment au marché public de Dudswell, qui déploie ses étals les samedis de 9 h à midi rue Main dans le secteur de Bishopton. Elle aura certainement quelques bouquets de carottes, cultivées en serre, et de rhubarbe. Même si elle ne prépare pas de paniers bios, elle y va de sa contribution avec d’autres fermes. « Depuis cinq ans, on a une belle communauté de producteurs bios dans la région, constate-t-elle. On s’entraide. On s’encourage quand la météo nous joue des tours. On s’entraide aussi dans la mise en marché. »

« Les fleurs, c’est vraiment du bonheur »

En plus des fruits et des légumes, Émilie Turcotte-Côté fait une belle place aux fleurs dans ses espaces cultivés. « Quand j’étais jeune, ma mère faisait des grands jardins avec des fleurs. J’ai grandi là dedans avec cette passion des fleurs et de l’agriculture. »

« J’aime tout ce que je cultive ici, mais les fleurs, c’est vraiment du bonheur », s’émeut-elle les yeux brillants. Un bonheur qui se partage, de surcroit, puisqu’elle offre des abonnements adaptés aux goûts de chacun et aux plus belles offrandes de la terre. 

Les Jardins d’etc. offrent trois types de forfaits : cinq, dix ou seize bouquets au cours de l’été. « On a plusieurs points de chute à East Angus et à Sherbrooke. On peut même livrer à domicile, selon le forfait choisi », ajoute-t-elle. 

Troquer du bonheur en petits pots

La tournée des jardins

Troquer du bonheur en petits pots

Jacynthe Nadeau
Jacynthe Nadeau
La Tribune
Article réservé aux abonnés
RICHMOND — « C’est juste du bonheur tout ça », répète à qui veut l’entendre Isabelle Forcier, en présentant son nouveau bébé, le Troc-Jardin, qui fait ses premiers dans cinq municipalités de la MRC du Val-Saint-François depuis la mi-mai.

Le Troc-Jardin, c’est un meuble de bois aux allures champêtres qui, à l’instar des plus connus Croque-Livres, permet d’échanger et de partager des surplus de jardinage.

Semences, boutures, plants en fleurs, vivaces et éventuellement les récoltes s’y posent, le temps de repartir avec un autre jardinier pour le simple plaisir de partager.

« Des fois, il y a des madames Huguette et des Dominic qui se parlent à côté du Troc-Jardin, qui se donnent des trucs et qui sont tout contents. Les gens ont une grande carence en contacts sociaux, alors ça permet ça aussi », observe dans un grand éclat de rire la gestionnaire aux mille chapeaux. 

Dans la vie de tous les jours, Isabelle Forcier est directrice générale depuis 14 ans des Tabliers en folie, un organisme qui chapeaute une trentaine de groupes de cuisines collectives dans le Val-Saint-François ainsi qu’un service de dépannage alimentaire qui a pignon sur rue au centre-ville de Richmond.

Son idée de Troc-Jardin est née sur le coin de la table, en réponse à un programme de la Santé publique pour favoriser l’inclusion économique et la participation sociale.

En cinq minutes et trois coups de crayon, Isabelle Forcier et ses deux acolytes des Tabliers en folie ont créé le concept et dessiné l’espèce de grosse cabane d’oiseaux qui a ensuite trouvé son nid à Saint-Denis-de-Brompton, Stoke, Richmond, Windsor et Valcourt; soit les cinq municipalités où les Tabliers en folie ont déjà un réseau actif de cuisines collectives.

« On voulait que le Troc-Jardin appartienne à la communauté et qu’elle se l’approprie », explique Isabelle Forcier. 

« Moi je m’occupe de l’animation et de la page Facebook, parce que je vais aussi faire la promotion d’outils éducatifs. Le but, c’est de rejoindre des gens qui ne connaissent pas le jardinage ou qui ont envie d’en faire, mais qui ne savent pas par où commencer. C’est dans ce sens-là qu’on a bâti le projet. »

Dominic Côté a trouvé au Troc-Jardin tout le nécessaire pour se partir un petit potager chez lui. « L’année prochaine, je vais agrandir c’est sûr », confie-t-il.

Embellir son chez-soi

À Saint-Denis-de-Brompton, le concept a vite trouvé écho dans les rangs du comité Ville nourricière. Stessy Chenail, Isabelle Loignon et Monique Chaput, trois bénévoles impliquées depuis plusieurs années à promouvoir l’échange printanier de plants et de graines, y ont vu une belle occasion pour ceux qui viennent de construire ou d’acheter leur maison d’embellir leur terrain sans devoir y investir beaucoup d’argent. 

« Grâce à cet échange, il est possible de remplir ses plates-bandes de fleurs et d’arbres. Nous y voyons aussi une bonne occasion de partager nos surplus, nos connaissances et nos trucs de jardinage! »

À Richmond, Dominic Côté s’est tout de suite senti interpellé. 

« Je me suis fait un petit coin de jardin dans ma petite cour pour voir ce que ça donnerait, raconte-t-il, mais l’année prochaine je vais agrandir c’est sûr. »

« Ça fait 11 jours et les plantes ont déjà doublé de grandeur! »

Client fidèle des Tabliers en folie où on lui a aussi confié la mission de prendre soin des bacs à légumes qui jouxtent le bâtiment, Dominic a trouvé dans le Troc-Jardin des plants de tomates, de piments et de concombres blancs ainsi que des oignons et des brocolis pour son potager.

« J’ai pris des vivaces aussi, deux ou trois plantes, une hémérocalle, je pense, selon ce qui était écrit sur le pot, et une autre qui dit que ça va donner des fleurs rouges ou roses! Il me reste à faire des boutures de fraises et à aller me chercher des branches de framboisiers dans le bois », énumère-t-il, en racontant comment procéder à la bouture selon les recherches qu’il a effectuées sur internet.

Les Tabliers en folie se sont toujours intéressés au jardinage et à l’autonomie alimentaire. L’organisme a d’ailleurs tenu pendant huit ans un jardin communautaire. « On a toujours eu un intérêt à montrer qu’une pomme, ça ne pousse pas à l’épicerie », énonce Isabelle Forcier.

À Windsor et à Valcourt, les Troc-Jardin ont d’ailleurs été installés à proximité des jardins communautaires locaux. Et on raconte que des citoyens ont profité de quelques vivaces qui y ont été déposées pour fleurir le terrain des HLM du voisinage.

La période propice aux plantations étant presque terminée, les Troc-Jardin feront place pour l’été à du contenu éducatif. Avant d’ouvrir grandes les portes et les tablettes pour les surplus de courgettes et de tomates quand arrivera le temps des récoltes.

« Après ça, je parlerai de ce qu’on peut faire pousser à l’intérieur. Et au printemps, s’il reste du financement, je vais essayer de bâtir d’autres Troc-Jardin pour répondre à des citoyens d’autres villes qui m’ont approchée pour en avoir un », promet Isabelle Forcier.

Parce que le bonheur de jardiner, c’est aussi plaisant de le propager.

Célébrer l’abondance et le partage

La tournée des jardins

Célébrer l’abondance et le partage

Émilie Pinard-Fontaine
Émilie Pinard-Fontaine
La Tribune
Article réservé aux abonnés
Sherbrooke — Pour Caroline Laramée, jardiner est plus qu’un passe-temps, c’est un mode de vie. Jardinière depuis plus de 30 ans, celle qui dit « être tombée dedans quand elle était petite » aime créer un écosystème où l’abondance et la beauté peuvent être partagées.

« Pour moi, jardiner c’est la création d’une œuvre d’art in situ en cocréation avec Terre-Mère. Ce qui est important, c’est d’être en connexion avec la nature, c’est là que je me ressource, c’est là que je médite », exprime-t-elle.

Celle qui se considère comme une jardinière intuitive et contemplative mentionne tout de même que ce ne fut pas toujours le cas.

« Au départ, je manquais de confiance pour le jardinage, chaque graine était soucieusement plantée en espérant que chacune produise et dès qu’il y avait un insecte sur un plan, c’était la fin du monde parce que je ne voulais pas en perdre. Mais maintenant ce n’est plus dans cette optique-là, maintenant j’en sème amplement », précise-t-elle.

Il faut dire que Caroline Laramée est une grande déménageuse et qu’elle a chaque fois eu le désir de faire un potager. Avec les essais, les erreurs et les nombreuses années de pratiques et de travail sur elle-même, son approche a évolué.

« Je me rends compte que maintenant j’ai plus d’assurance, ce qui fait que j’ai un grand lâcher-prise. Toute l’abondance, la beauté et la générosité de Terre-Mère sont là. Je m’inspire de ce qu’elle me donne, de ce qu’elle fait, je fais du pouce là-dessus et je trouve ça extraordinaire! », s’exclame-t-elle.

Si elle aime cultiver les légumes que ses parents cultivaient dans sa jeunesse tels que les tomates, les concombres et les haricots, Caroline aime par-dessus tout « intégrer des plantes vivaces et des fines herbes » afin de créer un écosystème et d’attirer les oiseaux et les petites bêtes dans son potager.

Créer des ponts

En 2009, Caroline Laramée était à l’avant-garde avec son premier jardin en façade de sa maison.

« À la maison que j’avais achetée, le sud-est était à l’avant et en arrière il n’y avait pas de terrain. Le potager, il fallait qu’il soit en devanture de maison et ç’a fait jaser beaucoup », mentionne-t-elle.

« On s’était organisé pour mettre quand même beaucoup de fleurs vivaces, de rendre ça attrayant aussi pour l’œil », poursuit-elle.

Malgré une plainte officielle d’un voisin, ce jardin lui a surtout permis de faire connaissance avec la majorité de son voisinage. 

« Les gens marchaient, on jardinait à l’avant de la maison et ils nous [posaient des questions]. On leur expliquait qu’on voulait être en ville pour être à proximité de tous les services, mais en même temps on voulait jardiner pour se nourrir et pour que ça nous coûte moins cher », explique-t-elle.

En outre, les voisins ne sont pas en reste puisque Caroline a toujours adoré partager.

« Un moment donné quand la nature décide de favoriser les tomates ou les concombres et qu’on en a en abondance, on ne fournit plus à les transformer et à en manger, alors on a le goût de les partager. J’ai même des plants de tomates en avant, je les appelle mes tomates partage. Une fois qu’elles sont mûres, les gens peuvent venir en cueillir, elles sont là pour ça », précise-t-elle.

Encore aujourd’hui, quelques déménagements plus tard, Caroline utilise son terrain en façade pour jardiner.

« Un potager, tout ce que ça crée pour moi au niveau artistique, au niveau alimentaire et environnemental, tout le sens que ça me donne, je ne peux pas retourner à la pelouse et tondre ça toutes les semaines », lance-t-elle.